Paris juge «inacceptable» la baisse proposée du budget de la PAC

Paris s'oppose à la réduction des aides aux agriculteurs. [Shutterstock]

La France a jugé mercredi « inacceptable » la proposition de la Commission européenne de baisser de 5% le budget de la PAC sur la période 2021-2027 et a averti qu’elle se battrait pour modifier les équilibres.

L’Union européenne se prépare à renégocier son budget à long terme, un bras de fer toujours extrêmement long et porteur de crises qui doit cette fois-ci déboucher sur un accord avant les élections européennes de mai 2019 afin d’assurer la continuité des paiements à partir du 1er janvier 2021.

Pour compenser le départ du Royaume-Uni de l’UE et financer de nouvelles priorités, comme les dépenses en matière de migration et d’asile, la Commission a mis sur la table une proposition de réduction de 5% du budget de la Politique agricole commune (PAC), en euros courants.

« Ce n’est pas un massacre », estime Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. L’annonce a cependant fait réagir.

La France, principale bénéficiaire des aides agricoles, « ne peut accepter cette proposition, la PAC étant non seulement la politique la plus ancienne et la plus intégrée de la construction européenne, mais surtout une politique porteuse d’enjeux stratégiques de sécurité et de souveraineté pour l’Union européenne », écrit le ministère français de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert, dans un communiqué.

Paris tente une coalition pour protéger la PAC

Le ministre de l’Agriculture français tente de fédérer les autres pays agricoles pour éviter le recul de 5 % des aides PAC envisagé dans le budget 2021-2027 de l’UE.

 

Pour lui, une proposition qui entraînerait une baisse « drastique, massive et aveugle » des subventions agricoles européennes est « inenvisageable ». Selon les calculs du Monde, la baisse des subvention sera d’environ 3,9 % en France, soit plus de 50 milliards d’euros sur sept ans.

« Si nous voulons répondre aux attentes des consommateurs et plus largement des citoyens, il nous faut préserver le revenu des agriculteurs et donc maintenir un budget de la PAC à la hauteur de cette ambition », déclare-t-il, fidèle à la politique traditionnelle de la France en la matière.

[Graphique de notre partenaire, La Tribune]

Pour Paris, ajoute-t-il, ces propositions ne constituent que le point de départ des négociations qui vont s’engager.

Exprimant sur RTL sa « très forte déception », la présidente de la FNSEA, syndicat majoritaire dans la profession agricole en France, en a appelé au chef de l’État.

Emmanuel Macron « doit se mobiliser vraiment » d’ici le Conseil européen des 25 et 26 mai, a déclaré Christiane Lambert. « Il ne peut pas rester insensible à l’appel des agriculteurs. Il a été élu sur un projet européen et il serait le président de la baisse des budgets ? Nous ne voulons pas le croire. »

« Hold up »

La France a indiqué qu’elle était prête à accepter une augmentation du budget européen et qu’elle y prendrait sa part à condition, notamment, que l’on modernise les politiques et que l’on supprime tous les rabais accordés à différents pays.

Pour les députés européens Les Républicains Michel Dantin et Angélique Delahaye, il s’agit d’un « hold up » sur le budget agricole européen et d’une bombe à retardement.

Ils estiment dans un communiqué qu’avec une réduction de 3,6 milliards euros dès la première année, le budget passant à 40,5 milliards d’euros en 2021 contre 44,1 milliards d’euros en 2020, « la PAC sera amputée de plus de 100% de sa part liée au coût du Brexit (estimée à 2,7 milliards d’euros) ».

La Commission se défend en présentant la réduction budgétaire comme « modérée » et assure que la politique d’aide aux régions les plus pauvres de l’UE subira la même baisse.

« Ces politiques seront modernisées afin de garantir qu’elles puissent rester efficaces avec moins de ressources et même appuyer de nouvelles priorités », ajoute l’exécutif européen dans sa proposition, évoquant notamment l’environnement.

Avec 365 millions d’euros sur un total de 1.135 milliards d’euros prévus pour la période 2021-2027, la PAC resterait en outre la principale bénéficiaire, ajoute-t-elle.

Les aides directes seraient préservées mais plafonnées ou rendues dégressives en fonction de la production afin de privilégier les petites et moyennes exploitations. Leur versement serait en outre conditionné au respect de stricts critères de respect de l’environnement.

Les États membres seront par ailleurs mis à contribution pour « co-financer » et co-gérer les aides au développement rural.

Les agriculteurs français veulent muscler la gestion des risques dans la future PAC

Les outils de gestion des risques destinés à stabiliser les revenus des agriculteurs sont une priorité pour les représentants des agriculteurs français. Mais leur développement pourrait être freiné par le recul du budget de la PAC.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.