Pesticides : agriculteurs bio et apiculteurs exigent des mesures en urgence

L'Union nationale de l'apiculture française alerte sur l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs dans le cadre du déploiement des insecticides néonicotinoïdes. [Stefano Carella/Shutterstock]

Alors que les traitements d’automne sont en cours, les agriculteurs bio s’inquiètent de la contamination de leurs cultures aux herbicides. Du côté des apiculteurs, qui viennent d’enregistrer la pire récolte de miel qu’ait connu l’apiculture française, c’est la révision de la réglementation sur les insecticides qui suscite de vives craintes pour l’avenir de la filière.

Les débats sur les pesticides n’en finissent pas. Au niveau européen, le très controversé glyphosate fait actuellement l’objet d’une consultation publique en vue de sa possible ré-autorisation l’an prochain.

En France, de nouvelles tensions viennent d’éclater autour du prosulfocarbe (le deuxième herbicide le plus utilisé en France après le glyphosate) et des néonicotinoïdes (des insecticides interdits en France en 2018 puis ré-autorisés l’an dernier dans le cadre de la crise de la jaunisse qui frappait la filière des betteraves).

Prosulfocarbe : douze préfets saisis pour une interdiction en urgence

Alors que l’an dernier, le prosulfocarbe avait contaminé 14 récoltes de sarrasin biologique pour une valeur de 80000 euros, le début des traitements d’automne a suscité de vives réactions de la part de la filière bio.

« Très volatile », cet herbicide serait « l’un des pesticides les plus présents dans l’air, aussi bien en termes de fréquence que de concentration », affirment la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB), la Fédération des organisations économiques 100 % bio Forébio et l’ONG Générations Futures dans un communiqué commun publié à la mi-octobre.

Chaque année, de nombreuses cultures sur lesquelles il n’est pas utilisé s’en trouveraient contaminées – sur les cultures bio concernées l’an dernier, les résidus trouvés avaient dépassé jusqu’à cent fois les limites maximales autorisées, rappellent les organisations.

Pour éviter des nouvelles contaminations – et donc destructions – de cultures biologiques, la FNAB, Forébio et Générations Futures viennent ainsi de saisir douze préfectures de département. Leur demande : une interdiction « immédiate et temporaire » des produits à base de prosulfocarbe, interdiction qui peut être actée par arrêté préfectoral en cas de risque « exceptionnel et justifié » généré par l’utilisation de produits phytopharmaceutiques.

Néonicotinoïdes : la ré-autorisation d'insecticides "tueurs d'abeilles" au cœur des clivages

Les ministres de l’Agriculture et de l’Alimentation ainsi que de la Transition écologique ont à nouveau autorisé l’emploi de néonicotinoïdes dans la filière des betteraves. Une décision contestée qui soulève à nouveau la question des alternatives à ces produits dans le long terme. Décryptage.

Néonicotinoïdes : un nouveau « plan pollinisateurs » pas assez protecteur ?

Côté apiculteurs aussi, l’inquiétude règne face aux pesticides. Si l’année « désastreuse » que vient de vivre la filière, avec une récolte de miel trois fois inférieure à celle de 2020, serait en première ligne due au « bouleversement climatique », l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) craint également le résultat de la révision de la réglementation qui encadre l’usage agricole des pesticides vis-à-vis des abeilles.

À l’heure où la publication d’un nouveau « plan pollinisateurs » est attendue suite à la consultation publique qu’avait mené le gouvernement en juin dernier, l’UNAF alerte sur l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs dans le cadre du déploiement des insecticides néonicotinoïdes.

Une préoccupation qui ne serait pas suffisamment prise en compte dans le cadre de la révision, selon la filière : dans un communiqué commun publié le 21 octobre, l’UNAF, le syndicat national d’apiculture (SNA) et l’association Terre d’abeilles dénoncent ainsi un projet d’arrêté « moins protecteur encore que celui en vigueur ».

Les défenseurs des pollinisateurs disent craindre une « énième manœuvre politique » sous la « pression des firmes agrochimiques ». Or, le « très vif intérêt que suscitent la préservation des abeilles et ses enjeux agro-environnementaux, alimentaires et sanitaires devrait guider le gouvernement français », soutiennent les organisations.

Pour rappel, l’initiative citoyenne européenne « Sauvons les abeilles et les agriculteurs » avait recueilli plus de 1,2 million de signatures à travers l’Union européenne fin septembre. À travers cette initiative, les citoyens européens signataires demandaient notamment une réduction de 80 % de l’utilisation de pesticides de synthèse d’ici à 2030 et de 100 % d’ici à 2035.

Alors que l’Assemblée nationale vient de demander au gouvernement, en début de ce mois, de faire de la sauvegarde des abeilles la « grande cause nationale 2022 » et que la France présidera le Conseil de l’UE à partir de janvier, l’exécutif français « devrait saisir l’opportunité de cette nouvelle réglementation pour réconcilier, enfin, agriculture et apiculture », selon l’UNAF, le SNA et Terre d’abeilles.

Des demandes en urgence à la suite incertaine

Demandes qui risquent néanmoins de rester sans réponse immédiate. Les défenseurs des abeilles déplorent « n’avoir jamais été reçus ni par le ministre de l’Agriculture, ni par la ministre de la Transition écologique ». Reste à attendre l’arbitrage final que doit rendre le premier ministre.

Les organisations appellent Jean Castex à ne pas signer le nouveau « plan pollinisateurs » sans y avoir intégré leurs revendications et dont elles sollicitent un rendez-vous à Matignon « dans la plus grande urgence ».

Côté agriculture biologique, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, interrogé par notre partenaire Ouest-France, dit vouloir lancer un groupe de travail pour revenir sur la question de la gestion du risque de contamination aux pesticides et « proposer des solutions répondant aux besoins des agriculteurs bio » pour les cas « les plus complexes ».

Les décisions des préfectures saisies en urgence sur la question de l’interdiction du prosulfocarbe – actuellement aussi en cours de réévaluation au niveau européen en vue d’une ré-autorisation au-delà du 31 octobre 2022 – sont attendues dans les semaines qui viennent.

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