Pesticides : des récoltes bio contaminées au prosulfocarbe

Très volatile, le prosulfocarbe contamine régulièrement des cultures non ciblées, notamment en agriculture biologique. [Fotokostic/Shutterstock]

Des cultures biologiques ont été contaminées au prosulfocarbe en France, a révélé Le Monde ce mardi (15 juin). Des résidus de l’herbicide auraient été retrouvés dans des récoltes bio à des niveaux jusqu’à 100 fois supérieurs à la limite autorisée.

Troisième produit phytosanitaire le plus utilisé en France, après le glyphosate et le soufre, le prosulfocarbe fait des ravages dans les rangs des agriculteurs bio : selon des révélations du Monde, nombreux d’entre eux se trouvent contraints à détruire leurs récoltes devenues invendables à cause d’une contamination par cet herbicide destiné au traitement des cultures conventionnelles de céréales et de pommes de terre.

Jugé comme « nocif en cas d’ingestion » et « toxique pour les organismes aquatiques » par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), le prosulfocarbe crée des controverses depuis plusieurs années déjà.

En 2017, des analyses menées par l’Anses à la suite d’un signalement en 2016 démontraient que l’herbicide était retrouvé sur des productions non traitées – lesquelles étaient donc « rendues impropres à la commercialisation ». En cause, la grande volatilité de ce produit qui se répand en effet rapidement par voie de dérive de pulvérisation ou par volatilisation « suivie d’un dépôt direct par contact ou après précipitation ».

Face à ce constat, l’Anses avait renforcé les restrictions concernant l’emploi de cet herbicide en 2018 : elle interdisait notamment le traitement avec du prosulfocarbe à moins de 500 mètres d’une culture non cible avant la fin des récoltes sur cette dernière.

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UFC-Que Choisir cite notamment les villes de Château-Gontier (Mayenne), Langres (Haute-Marne) pour les pesticides et Berck (Pas-de-Calais), Chinon (Indre-et-Loire) pour les nitrates.

Une règlementation jugée pour autant insuffisante par les écologistes : en décembre 2020, Charles Fournier et Benoît Facheux, respectivement porte-parole et président du groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire, avaient demandé de suspendre complètement l’autorisation du prosulfocarbe. Leur demande se fondait sur des résultats de contrôles menés en 2019 par la Direction Générale de l’Alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture. Il s’avérait que l’herbicide était régulièrement retrouvé sur des cultures pour lesquelles il n’était pas autorisé.

Un « enjeu fort pour la santé publique » selon les deux écologistes qui fustigeaient alors qu’il « n’est pas acceptable que les contaminations aériennes mettent en péril l’activité de producteurs qui n’utilisent pas le prosulfocarbe, en particulier ceux qui sont en agriculture biologique ».

Suite aux révélations du Monde, la Fédération nationale d’Agriculture biologique (FNAP), l’association de protection de l’environnement Générations futures et la coopérative Biocer  demandent également la suspension de l’autorisation. Actuellement en cours de réévaluation, l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du prosulfocarbe reste pour le moment valable jusqu’en octobre 2021.

Le prosulfocarbe n’est en outre pas le seul pesticide en France à susciter des controverses. En février, la réautorisation des néonicotinoïdes dans la filière betterave par les ministres de l’Agriculture et de la Transition écologique, pourtant interdits en France comme au sein de l’Union européenne depuis 2018, avait provoqué de vives critiques de la part des associations de protection de l’environnement.

L’eurodéputé Eric Andrieu (S&D) a, lui, condamné « l’inconséquence de l’Union européenne » en matière de pesticides en avril dernier, alors que l’UE continue de fabriquer des pesticides interdits dans son sein pour les vendre à des pays tiers – dont certains produits sont ensuite importés sur le marché européen.

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