Pesticides : la réglementation allemande comporterait des lacunes importantes, selon un rapport

Depuis son entrée en fonction, la nouvelle ministre allemande de l’Environnement Steffi Lemke s’est prononcée en faveur d’une réduction significative des niveaux de pesticides et a annoncé des mesures allant dans ce sens. [Shutterstock]

Le cadre juridique allemand pour l’utilisation des produits phytosanitaires comporte des lacunes importantes, selon un rapport présenté mercredi (12 janvier) par un groupement d’associations.

D’après les conclusions présentées dans l’Atlas des Pesticides (Pestizidatlas), un rapport publié par la Fondation Heinrich Böll, l’organisation environnementale BUND et le Réseau d’action contre les pesticides en Allemagne (Pesticide Action Network), l’utilisation de pesticides dans le monde aurait augmenté de 80 % depuis 1990.

« Nous devons de toute urgence inverser la tendance », a déclaré Barbara Unmüßig, directrice exécutive de la Fondation Heinrich Böll, lors de la présentation du rapport. « Les politiques européennes et allemandes en sont désormais responsables », a-t-elle ajouté.

Au niveau de l’UE, la stratégie phare « de la ferme à la fourchette» vise à réduire de moitié le nombre de pesticides utilisés et les risques qui y sont associés d’ici à 2030. Selon Olaf Bandt, président de l’organisation environnementale BUND, il s’agit déjà d’un pas en avant.

« Mais, en Allemagne, le gouvernement de feu tricolore [composé des sociaux-démocrates (SPD), des Verts et des libéraux (FDP)] aurait dû dire immédiatement : “Nous soutenons cette initiative et nous faisons même plus que cela” », a également déclaré M. Bandt.

À ce jour, l’Allemagne pourrait, au mieux, se voir attribuer une note « médiocre » pour ses actions dans ce domaine, a-t-il ajouté.

Le nouveau ministre de l’Agriculture allemand, Cem Özdemir, aurait dû, par exemple, améliorer le Plan stratégique national du pays pour la mise en œuvre de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE dès son entrée en fonction afin d’inciter davantage à réduire l’utilisation des pesticides, a poursuivi M. Bandt.

Pour atteindre les objectifs de réduction fixés par l’UE, il manque à l’Allemagne une « feuille de route claire », a également expliqué Mme Unmüßig. « M. Özdemir et le gouvernement fédéral doivent progresser sur ce point », a-t-elle ajouté.

Dans son accord de coalition, le gouvernement a déclaré vouloir « réduire considérablement l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et promouvoir le développement d’alternatives respectueuses de la nature et de l’environnement ».

Ainsi, l’agriculture biologique, qui se pratique sans pesticides de synthèse, sera davantage encouragée. Le gouvernement de coalition poursuivra le développement de son plan d’action national pour la protection des végétaux, qui exposera les projets de l’Allemagne pour limiter les risques liés aux pesticides.

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Durcissement des procédures d’homologation

Depuis son entrée en fonction, la nouvelle ministre allemande de l’Environnement Steffi Lemke s’est prononcée en faveur d’une réduction significative des niveaux de pesticides et a annoncé des mesures allant dans ce sens.

« Nous avons besoin d’une réduction significative si nous voulons stopper la disparition des insectes », avait déclaré Mme Lemke aux journaux de la Funke Mediengruppe fin décembre. « Nous ne devons pas perdre cette bataille qui concerne une partie très cruciale de notre écosystème », avait-elle ajouté.

Pour y parvenir, Mme Lemke souhaite, entre autres, renforcer les procédures d’homologation des pesticides. Toutefois, selon Frank Hüesker du Centre Helmholtz pour la recherche environnementale et Robert Lepenies de l’Université de Karlshochschule à Karlsruhe, ce n’est pas le meilleur point de départ pour une réduction efficace de l’utilisation des pesticides.

Dans une étude récente, les deux politologues ont conclu que c’est la mise en œuvre des réglementations déjà existantes sur l’utilisation et les risques des pesticides qui posait le principal problème aujourd’hui.

« La directive sur une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable propose déjà des solutions à ce sujet. Avec celle-ci, les États membres s’engagent également à la mettre en œuvre », a expliqué M. Lepenies à EURACTIV Allemagne. « Toutefois, bien que nous ayons les lois, il semble politiquement et économiquement impossible de les faire appliquer », a-t-il ajouté.

Dans le cadre de la stratégie de la ferme à la fourchette, la Commission européenne souhaite réviser cette directive européenne sur une utilisation durable des pesticides adoptée en 2009 et qui vise à réduire les risques liés à l’utilisation des pesticides sur la santé humaine et l’environnement.

Des structures rigides

Selon les deux chercheurs, l’échec de la mise en œuvre de la réglementation sur les pesticides peut en grande partie être attribuée à des structures rigides et difficilement adaptables, et ce même si la réglementation venait à être modifiée.

M. Hüesker a expliqué qu’il s’agissat notamment des infrastructures de distribution des pesticides, des incitations économiques à l’achat et de la position des décideurs politiques et de l’administration. La mise en œuvre de certaines réglementations controversées serait en outre délibérément ou inconsciemment retardée au niveau administratif.

Selon lui, les intérêts publics et privés devraient être mieux séparés dans ce domaine afin de garantir une mise en œuvre efficace des exigences légales relatives à l’utilisation des pesticides.

Les incitations à une utilisation responsable des pesticides pourraient également être assurées par une taxe tenant compte de la consommation et du risque que présente le produit en question, selon M. Hüesker.

Le Danemark a mis en place une taxe sur l’utilisation des pesticides combinée à des incitations financières pour réduire l’utilisation des pesticides. Le pays a obtenu de bons résultats et a atteint une réduction de 40 % des pesticides utilisés, a expliqué Mme Unmüßig lors de la présentation de l’Atlas des pesticides.

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