Petits mais puissants, les micropolluants affectent durablement les écosystèmes aquatiques

Si certaines substances se dégradent assez bien, comme l’hormone œstradiol, d’autres continuent de contaminer les écosystèmes, parfois même après plusieurs décennies. C’est le cas des PCB, classés toxiques et cancérogènes, qui malgré leur interdiction depuis 1987 sont toujours présents dans les cours d'eau français. [shutterstock_DedMityay]

Une étude menée par l’INRAE revient sur la présence de micropolluants à la sortie des stations d’épuration. Si le manque de données sur le sujet rend toute évaluation exhaustive compliquée, leurs répercussions sur l’environnement restent incontestables.

Pesticides, hydrocarbures, résidus de médicaments, hormones… Pas facile pour les stations d’épuration de venir à bout de ces substances. Appelés « micropolluants » en raison de leur concentration très basse – de l’ordre du micro au nanogramme par litre d’eau –, ces molécules émises par les activités humaines finissent inéluctablement dans nos cours d’eaux. Mais, ces teneurs infimes peuvent-elles avoir une incidence sur les écosystèmes aquatiques et in fine la santé humaine ? Des chercheurs de l’INRAE se sont penchés sur cette question. Leur étude publiée lundi 30 novembre dans la revue Water Research met au jour les « impacts potentiels significatifs » de ces molécules.

Données lacunaires

L’enquête démarre comme un constat d’échec. Après avoir recensé pas moins de 286 micropolluants, parmi ceux classés prioritaires par l’Union européenne et ceux issus des études scientifiques, les chercheurs de l’INRAE n’en ont finalement analysé qu’un tiers : « Le manque de données brutes et d’informations sur les effets de ces substances sur le milieu aquatique nous a contraint à nous focaliser sur 88 molécules », explique à Euractiv France Dominique Patureau, chercheuse au laboratoire de biotechnologie de l’environnement à l’INRAE.

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40 % des masses d’eau superficielles de l’UE sont contaminées par des niveaux de mercure mettant en danger les oiseaux et les mammifères marins. Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement. 

Même restreinte à une dizaine de substances, l’étude aboutit à des résultats majeurs, notamment en ce qui concerne leur empreinte sur l’environnement. Selon les calculs des chercheurs, ces micropolluants sont potentiellement responsables de la disparition d’une espèce aquatique tous les dix ans. Parmi les responsables : les pesticides, comme la cyperméthrine (une molécule présente dans les bombes insecticides), des hormones, comme l’œstrogène, ou encore le très répandu antibiotique « amoxicilline ».

« Toutes ces molécules se retrouvent dans nos cours d’eau du fait des activités humaines », martèle Dominique Patureau. « Les pesticides proviennent bien sûr des terres agricoles, via l’épandage de produits phytosanitaires. Les hormones et résidus de médicaments viennent pour une grande part directement de ce que nous, humains – mais aussi les animaux d’élevages et même les animaux domestiques – consommons… » En clair : nous ne métabolisons pas l’ensemble des substances que nous ingérons, une grosse partie est généralement rejetée…pour finir aux toilettes.

Des molécules qui n’auraient « jamais dû être mises sur le marché »

Si certaines substances se dégradent assez bien, comme l’hormone œstradiol, d’autres continuent de contaminer les écosystèmes, parfois même après plusieurs décennies. C’est le cas des PCB, aussi appelés polychlorobiphényles. Classés comme toxiques et cancérogènes, ils sont interdits en France depuis 1987, d’où la surprise des chercheurs qui en ont retrouvé dans les effluents des stations d’épuration : « Ce sont des substances rémanentes, qui se dégradent très mal. Elles n’auraient jamais dû être mises sur le marché », indique la scientifique.

Quel impact sur l’homme ? Si les effets des micropolluants sur les milieux aquatiques sont indéniables, ceux sur la santé humaine sont moins évidents. Selon l’étude, l’impact potentiel sur la santé humaine reste relativement faible : « Après tout, nous ne sommes pas constamment immergés dans les cours d’eau comme le sont d’autres espèces. Nous ne buvons pas non plus l’eau telle qu’elle sort des stations d’épuration. » Pour autant, les chercheurs de l’INRAE se montrent prudents, pointant à nouveau un manque cruel de données sur le lien entre les micropolluants rejetés dans nos rivières et la santé humaine.

La France lutte déjà contre la pollution de ses cours d’eau. Depuis 2017, l’usage des produits phytosanitaires dans l’ensemble des espaces publics a été interdit. Dans le cadre de son nouveau plan Ecophyto II+, le gouvernement français entend également réduire l’usage des produits phytopharmaceutiques de 50 % d’ici à 2025. Une nécessité selon Dominique Patureau, car « une fois dans la nature, les déceler et mesurer leur impact est une autre affaire ». Et une affaire qui a un coût : selon le plan micropolluants 2016-2021 du ministère de l’Environnement, le coût d’élimination d’un kilogramme de pesticides dans l’eau pour produire une ressource potable est estimé entre 60 000 et 200 000 euros.

Nouvelles preuves des liens entre nitrates et agriculture en Allemagne

Alors que l’Allemagne serre les vis de sa réglementation sur les engrais après s’être fait retoquer par la Commission européenne pour des niveaux excessifs de nitrates dans la nappe phréatique, une nouvelle étude a lié cela à l’agriculture. L’exécutif retirera-t-il sa plainte contre Berlin ? Un article d’Euractiv Allemagne.

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