PFUE : 37 ONG françaises demandent à Emmanuel Macron de faire interdire le glyphosate en Europe dès 2023

Les ONG estiment que « la France, qui va endosser la présidence tournante de l’UE en janvier 2022, peut et doit jouer un rôle moteur et sans ambiguïté pour faire interdire le glyphosate en Europe ». [GERARD BOTTINO/Shutterstock]

La coalition d’organisations de la société civile a lancé une pétition exigeant que la France prenne position contre une nouvelle autorisation du pesticide dans l’UE ce jeudi (14 octobre). La mobilisation intervient alors que deux consultations en vue d’une possible ré-autorisation du glyphosate sont actuellement en cours au niveau européen.

« La dangerosité du glyphosate est acquise », affirme François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, l’une des 37 organisations à avoir lancé, ce jeudi (14 octobre), une pétition commune adressée à Emmanuel Macron.

Les ONG pointent les travaux du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) – qui, en 2015, avait classé le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme – et de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), venu renforcer cette analyse par un rapport publié en juin dernier.

Malgré ces études, « on n’est pas à l’abri d’une mauvaise surprise » en 2022, regrette Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch : si l’autorisation du glyphosate au niveau européen – accordée en 2017 pour cinq ans malgré les controverses, déjà à l’époque – doit expirer le 15 décembre 2022, une nouvelle ré-autorisation n’est pas à exclure.

Dans un rapport de juin 2021, le groupe d’évaluation du glyphosate (Assessment Group on Glyphosate, AGG), formé par la France, les Pays-Bas, la Hongrie et la Suède, avait effectivement jugé que le pesticide « répond aux critères d’approbation » européens.

Ce rapport fait actuellement l’objet de deux consultations, menées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (European Food Safety Authority, EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (European Chemicals Agency, ECHA) : ouvertes aux contributions jusqu’au 22 novembre, elles doivent permettre aux deux agences de prendre position, courant 2022, sur le rapport de l’AGG et l’évaluation des risques associés au pesticide.

C’est sur la base de ces travaux, et en concertation avec des gestionnaires des risques des 27 États membres, que la Commission européenne devra ensuite trancher sur la question de la ré-autorisation du glyphosate.

« Mais le risque dans le dossier de réhomologation du glyphosate est que, comme par le passé, les agences européennes écartent [les données scientifiques du CIRC et de l’Inserm] et s’appuient plutôt sur les études produites par les industriels, souvent contestables », alerte François Veillerette.

Une éventualité que les ONG souhaitent écarter : l’interdiction du glyphosate devrait « être évidente pour protéger la santé humaine et l’environnement », estime Karine Jacquemart, qui soutient que « le rôle de la France va être essentiel » dans ce dossier.

Sortir des pesticides et de la dépendance protéinique : les promesses d'Emmanuel Macron

A l’occasion du Congrès mondial de la nature qui se déroule à Marseille cette semaine, le président s’est engagé sur une sortie accélérée des pesticides et de la déforestation importée. Le ministre de l’Agriculture rappelle, lui, la « responsabilité collective » dans ces dossiers.

Passer des promesses aux actes

Alors que le président français avais déclaré, lors du Congrès mondial de la nature à Marseille, le 4 septembre dernier, vouloir « porter une initiative de sortie accélérée des pesticides » au niveau européen dans le cadre de la présidence française du Conseil de l’UE, à partir du 1er janvier 2022, les auteurs de la pétition appellent M. Macron à s’engager sur une interdiction du glyphosate en Europe dès la fin de 2022.

Si M. Macron avait déjà promis l’interdiction du pesticide en France en 2017 – « promesse non tenue », comme le rappelle la coalition des ONG -, les organisations exigent désormais des actes, soutenant que « la France, qui va endosser la présidence tournante de l’UE en janvier 2022, peut et doit jouer un rôle moteur et sans ambiguïté pour faire interdire le glyphosate en Europe ».

« Il est de votre responsabilité d’appliquer le principe de précaution », déclarent les auteurs de la pétition qui exigent du président « que la France sorte totalement du glyphosate, avec un plan d’accompagnement des agricultrices et des agriculteurs, et s’engage à s’opposer publiquement au renouvellement de l’autorisation de ce pesticide toxique dans l’Union européenne ».

Il serait temps « d’amorcer une vraie transition agricole et alimentaire », selon les ONG.

Le lancement de la pétition intervient un jour après que 41 organisations de la société civile aient adressé une lettre à la commissaire européenne pour la santé et la sécurité des aliments, Stella Kyriakides, exigeant que la Commission européenne mette fin « à l’utilisation d’études industrielles non fiables ».

Un sondage IFOP pour Générations Futures, publié le 24 septembre, avait en outre démontré que 74 % des Français étaient opposés à une ré-autorisation du glyphosate en Europe.

Pesticides : Notre Affaire à Tous et Pollinis lancent une action en justice contre l’État

A l’occasion du Congrès mondial de la conservation de la nature qui se tient cette semaine, les deux ONG françaises ont lancé, ce jeudi (9 septembre) un recours contre l’État pour « manquement à ses obligations de protection de la biodiversité ».

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