PFUE : Face aux demandes des ONG pour une sortie des pesticides, les agriculteurs français appellent au pragmatisme

Générations Futures et le Pesticide Action Network Europe appellent la France à s'engager pour la diminution par moitié de l’utilisation de pesticides synthétiques au niveau européen. [Fotokostic/Shutterstock]

A un mois de la présidence française du Conseil de l’UE, plusieurs ONG ont renouvelé leurs demandes vis-à-vis de la France, invitant celle-ci à prendre des engagements forts pour la sortie des pesticides. La FNSEA appelle, pour sa part, aux investissements dans la recherche aux alternatives.

C’est un nouveau chapitre dans la mobilisation de la société civile française, en amont de la présidence tournante du Conseil de l’UE que la France assurera à partir du 1er janvier 2022 : dans deux papiers de positionnement, publiés ce lundi (29 novembre) par l’association Générations Futures et le Pesticide Action Network Europe avec le soutien de 16 autres ONG, celles-ci demandent à la France de « faire de la santé environnementale le cœur de sa présidence ».

Au cœur de la liste des demandes et des recommandations dressée par les ONG figurent la diminution par moitié de l’utilisation de pesticides synthétiques et l’« élimination » des plus dangereux pour la santé humaine.

« Quand on trouve des substituts non-chimiques, quand on crée des cépages résistants, quand on modifie utilement le vivant, on peut se passer de pesticides tout en restant compétitif », avait déclaré Emmanuel Macron lui-même en septembre dernier, lors du Congrès mondial de la Nature à Marseille.

Le chef d’État avait alors promis que la France porterait « une initiative forte de sortie accélérée des pesticides » au niveau européen pendant sa présidence.

Pour une fin de la « dépendance » aux pesticides

Une promesse que les associations de protection de l’environnement comptent prendre à la lettre.

Parmi les « actions concrètes » qu’elles invitent la France à engager à partir de janvier 2022, se trouvent notamment la promotion de la sortie de la dépendance du système agricole européen aux pesticides et l’opposition à la ré-autorisation du glyphosate.

Le gouvernement devrait, selon les ONG, « valoriser les alternatives viables » à ces produits et notamment « promouvoir l’agriculture biologique » en rendant son Plan stratégique national (la feuille de route pour l’application de la nouvelle Politique agricole commune au niveau français) « plus ambitieux » en la matière.

Autre demande de taille : la responsabilisation des industries productrices de pesticides et autres substances chimiques, et l’application du principe « pollueur-payeur ». La France devrait ainsi « prendre des sanctions financières envers les industriels qui produisent et commercialisent des produits contenant des substances connues ou suspectées d’être dangereuses pour la santé et l’environnement et qui ne développent pas de mesures de substitution sûres », exigent les signataires des papiers de positionnement.

Les ONG appellent en outre à ce que la « majeure partie des coûts de recherche et développement de la substitution » soit portée par les industriels (et non par des fonds publics), car ce serait bien eux qui « tireront les bénéfices » des alternatives qu’ils développeraient.

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Les ONG ont lancé une pétition, ce jeudi (14 octobre), exigeant que la France s’engage contre une ré-autorisation du pesticide dans l’UE, alors que deux consultations en vue d’une ré-autorisation du glyphosate sont en cours au niveau européen.

Côté agriculteurs, l’appel aux « moyens » pour sortir des pesticides

Réagissant aux demandes formulées par les ONG, la FNSEA, principal syndicat agricole français, appelle toutefois au « pragmatisme ».

Si les agriculteurs français attendaient, eux aussi, des engagements importants de la France dans le cadre de sa présidence du Conseil de l’UE, il fallait se garder d’ajouter des « contraintes supplémentaires » à une profession déjà en proie aux pressions et mutations multiples, a déclaré Hervé Lapie, vice-président et délégué à l’environnement de la FNSEA, à EURACTIV France.

« La profession est en mouvement », a-t-il ajouté, soulignant la volonté des agriculteurs de s’inscrire dans une « démarche de progrès ».

Toutefois, faute de produits de substitution suffisamment efficaces, de nombreux agriculteurs auraient encore besoin des moyens de protéger leurs cultures que représentent les pesticides de synthèse, selon M. Lapie. Ainsi, l’interdiction définitive du glyphosate – auquel il n’y aurait pour le moment pas d’alternative viable – « pourrait mettre certains agriculteurs en grande difficulté ».

Face à ce dilemme, « il faut nous donner les moyens » de sortir des pesticides, a affirmé M. Lapie, ajoutant que « bien sûr, moins on utilise de pesticides, mieux on se porte en tant qu’agriculteur ».

Investir dans la recherche, l’innovation et le progrès et « accompagner la nouvelle révolution agricole » (qu’Emmanuel Macron a appelé de ses vœux lors de la présentation de ses objectifs pour la France 2030, en octobre dernier) : voici donc la propre « demande forte » de la profession en vue de la présidence française du Conseil de l’UE, selon M. Lapie.

Interrogé au sujet de la responsabilisation des industriels exigée par les ONG, le vice-président de la FNSEA a en outre souligné que « les industries mettent déjà des moyens très forts dans la recherche » et que « les grands groupes sont aujourd’hui en train de réfléchir aux alternatives » aux pesticides de synthèse, et notamment le biocontrôle (un ensemble de méthodes de protection des plantes basé sur l’utilisation de mécanismes naturels).

Avant d’ajouter que « si la crise sanitaire nous a appris une chose, c’est qu’à force de taper sur les industriels, on les délocalise et on se retrouve les mains vides ». Il fallait donc rester « attentif à ce qu’on fait » afin de « ne pas se retrouver dépendants d’autres pays » et de pouvoir « maintenir une agriculture forte » en France et en Europe.

Contacté par EURACTIV France pour une prise de position face aux demandes des ONG, le ministère de l’Agriculture n’avait pas donné de réponse au moment de la publication de cet article.

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