PFUE : les agriculteurs français expriment des attentes « fortes »

Allier compétitivité et durabilité du monde agricole européen : voilà l'une des demandes de la FNSEA pour une PFUE « utile ». [DesignRage/Shutterstock]

Le principal syndicat agricole français appelle à faire de l’agriculture « le fer de lance d’une Europe forte, souveraine et durable », alors que la France vient de prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE pour les six prochains mois.

Booster la croissance de l’Union en conciliant développement économique et ambition climatique : c’est l’une des priorités que la France souhaite porter au niveau européen dans le cadre de sa présidence du Conseil de l’UE (PFUE), du 1er janvier au 30 juin 2022.

Une ambition à laquelle l’agriculture devra « participer pleinement », estime la FNSEA, premier syndicat agricole français.

Dans un communiqué publié lundi (3 janvier), le syndicat souligne le « rôle stratégique » de l’agriculture pour bâtir une Europe plus forte et durable et appelle le gouvernement à adopter des actions autour de quatre axes stratégiques pour rendre la PFUE « utile » pour le monde agricole.

Mieux rémunérer les agriculteurs

Premier axe, une meilleure rémunération des agriculteurs. La stratégie alimentaire phare de l’UE « de la ferme à la fourchette » devrait « permettre une redistribution plus équitable de la valeur ajoutée dans la chaine de production en faveur des agriculteurs », réclame la FNSEA.

Pour y parvenir, il serait également nécessaire de mieux informer les consommateurs. L’étiquetage obligatoire sur l’origine des denrées alimentaires en serait un « instrument privilégié » que le syndicat appelle à mettre en place à l’échelle européenne.

Alors que la Commission européenne prévoit une révision des systèmes d’indication géographique (IG) pour y inclure des critères de durabilité, la PFUE devra en outre « veiller à stabiliser une définition de cette durabilité qui prenne en compte la dimension économique ».

La FNSEA appelle en outre à une harmonisation de l’étiquetage nutritionnel entre États membres de l’UE, tout en veillant à ce que cet étiquetage (comme notamment le Nutri-Score) ne soit pas « stigmatisant » pour les produits de qualité.

Des clauses miroirs effectifs pour lutter contre la concurrence « déloyale »

Deuxième axe, l’introduction de la réciprocité des normes de durabilité dans les échanges commerciaux à l’international. Demande récurrente du monde agricole français, il s’agirait de protéger les agriculteurs européens d’une « concurrence internationale déloyale » et de leur permettre de « poursuivre leur effort pour une transition agroécologique » sans se voir pénalisés par l’importation de produits aux standards sanitaires et environnementaux moins exigeants depuis des pays tiers.

Il fallait ainsi avancer « concrètement » dans la mise en œuvre de clauses miroirs : « Les réglementations spécifiques à certains produits (antibiotiques, produits phytosanitaires…) au niveau européen doivent s’imposer directement aux produits importés », exige la FNSEA, qui demande également que des clauses miroirs sociales et environnementales soient inclus dans les accords de libre-échange (ALE) avec les pays tiers.

Des accords commerciaux « dommageables » – comme celui du Mercosur – devraient être « suspendus », poursuit le syndicat.

La FNSEA appelle en outre à intégrer l’agriculture dans le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières dans le cadre du paquet « Fit for 55 » afin d’empêcher des fuites de carbone du secteur agricole par l’importation de produits agroalimentaires à l’empreinte carbone supérieure.

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Pour des règles harmonisées en termes de salaire minimum et de pesticides

Troisième axe, le syndicat agricole appelle à « allier compétitivité et durabilité de l’agriculture ». Il fallait harmoniser les règles sociales au sein de l’UE, notamment en matière de salaire minimum et de protection sociale, pour lutter contre la concurrence au sein même du bloc.

En termes de réduction de pesticides – l’une des priorités annoncées par le président français pour le monde agricole -, la FNSEA avertit que « des objectifs de réduction prématurés et excessifs […] remettraient en cause les accomplissements de l’agriculture européenne et renforceraient notre dépendance aux importations ». Plutôt qu’interdire, il fallait développer des alternatives, tout en veillant à une harmonisation des objectifs et des mesures au niveau européen.

Le syndicat appelle enfin la PFUE à « se saisir de deux sujets prioritaires en termes d’innovation » : le numérique et l’édition génomique. Fustigeant le fait que les nouvelles technologies génomiques (NTG) soient soumises à la réglementation sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) sans distinction entre les deux, la FNSEA appelle la France à « contribuer à l’ouverture du processus de révision » de la directive sur les OGM annoncée par la Commission européenne.

L’agriculture européenne, « pilier de la neutralité carbone »

Quatrième et dernier axe que la FNSEA appelle de ses vœux : la promotion de l’agriculture comme solution contre le changement climatique. L’agriculture « constitue l’un des piliers de la neutralité carbone », soutient le syndicat qui appelle l’UE à « lui donne[r] les moyens financiers et techniques » nécessaires pour relever ce défi.

Augmenter la valeur du carbone à travers la tarification proposée par le paquet « Fit for 55 » « pourra rendre rentables des pratiques agricoles favorables à la baisse d’émission et au stockage de carbone ».

Le syndicat demande également de lutter contre l’artificialisation du foncier agricole et de promouvoir le stockage de carbone à travers, notamment, la nouvelle stratégie de l’UE en matière de protection des sols et la stratégie « Biodiversité 2030 ».

Somme tout, « nous comptons sur la PFUE pour porter une vision ambitieuse et stratégique pour l’agriculture européenne », indique la FNSEA. « C’est une échéance importante et nos attentes sont fortes. »

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