Pollinisateurs : Bruxelles plie face à l’industrie

La Commission s’achemine vers une réforme a minima de l’évaluation de la toxicité des pesticides sur les pollinisateurs. En cause, un lobbying poussé de l’industrie phytopharmaceutique, dénonce l’association Pollinis. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Édictées en juillet 2013, mises à jour en 2014, les lignes directrices de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) définissent les tests et protocoles à mener pour évaluer la toxicité d’un pesticide sur les pollinisateurs (abeilles mellifères ou sauvages, bourdons, etc.). Elles ont été élaborées dans le cadre de l’application du règlement n°1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques – le même qui prévoit l’interdiction des produits ayant un effet perturbateur endocrinien.

Un dossier bloqué à Bruxelles

Or, depuis leur publication par l’EFSA, ces lignes directrices, à l’origine de l’interdiction en avril 2018 de trois néonicotinoïdes sur le marché européen, n’ont aucune existence légale. En cause, un blocage du Scopaff, comité regroupant des experts missionnés par les ministères de l’Agriculture des États membres de l’UE, qui ne parvient pas à obtenir une majorité qualifiée pour les valider.

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Comme dans le dossier des perturbateurs endocriniens, le sujet fait l’objet d’une vive opposition des fabricants de pesticides, en l’occurrence l’European Crop Protection Association (ECPA). Celle-ci s’est fendue de plusieurs courriers à la Commission, dans lesquels elle demande une « révision significative » de ces lignes directrices.

Marche arrière

La Commission a clairement entendu cet appel, a dénoncé l’association Pollinis lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 14 mai. Après plusieurs réunions infructueuses du Scopaff, en octobre et novembre 2018, puis en janvier 2019, elle s’est résolue à une nouvelle proposition de compromis, très arrangeante pour l’industrie.

Jusqu’à fin 2018, la proposition de Bruxelles consistait à mettre en œuvre l’ensemble des lignes directrices de l’EFSA, mais en deux temps : toxicité aigüe et chronique pour les abeilles domestiques, toxicité larvaire pour les dossiers soumis après le 30 juin 2019 ; évaluation des risques cumulés, effets sublétaux pour les abeilles domestiques, risques pour les pollinisateurs sauvages pour les dossiers soumis après le 30 juin 2021.

Vers de nouvelles lignes directrices

Or la Commission propose désormais de faire table rase : seuls les tests de toxicité aigüe, et uniquement pour les abeilles domestiques, seraient adoptés. « Étant donné que ces tests sont déjà systématiquement effectués dans le cadre de l’évaluation du risque actuelle, cela représente un progrès très limité (la seule nouveauté consiste à inclure davantage de voies d’exposition dans l’évaluation) », dénonce Pollinis.

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Pour le reste, la Commission évoque une révision complète des lignes directrices de l’Efsa, avec un réexamen des taux de mortalité et des valeurs-seuils de toxicité, avant son éventuelle adoption. En bref, 5 ans de perdus, et un retour à la case départ : l’adoption de nouvelles lignes directrices n’aura pas lieu avant plusieurs années. Un véritable « requiem pour les abeilles », déplore Pollinis.

La discussion de ce compromis est inscrite à l’agenda de la prochaine réunion du Scopaff, le 21 mai. Toutefois, elle n’y sera pas soumise au vote. En cause, croit savoir Julie Pecheur, responsable du plaidoyer chez Pollinis, l’imminence des élections européennes, du 23 au 26 mai.

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