Pourquoi la France n’arrive pas à réduire l’usage des pesticides ?

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Alors qu’elle ambitionne de réduire de 50% l’usage des pesticides, la France a vu les ventes de produits phytosanitaires exploser en 2018.

Réduire l’usage des produits phytosanitaires de 50% d’ici à 2025. L’objectif du plan Ecophyto, visant à réduire le recours aux pesticides dans l’agriculture  française, a déjà été reporté plusieurs fois depuis sa création en 2008.

Mais avec la publication des derniers chiffres des volumes de ventes des produits phytosanitaires  pour l’année 2018 qui révèlent une hausse spectaculaire, l’objectif semble aujourd’hui inatteignable.

Effet stockage et effet de substitution

« L’objectif de réduire de 50% le recours au produits phytosanitaire est toujours le même » a pourtant soutenu le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 9 janvier.

« Jamais autant n’a été fait, mais pourtant la courbe d’achat de produits phytosanitaires continue de monter » reconnait le ministre. Selon les chiffres publiés le 7 janvier, les volumes de ventes des produits phytosanitaires se sont envolés de 21% en 2018 par rapport à 2017. « Ce n’est pas un échec, […] mais nous n’arrivons pas au but. » a déclaré le ministre.

Un résultat qui s’explique en partie par des questions d’approvisionnement. En effet, les agriculteurs auraient «réalisé des achats massifs»  en prévision de l’augmentation de la redevance pour pollution diffuse qui taxe les substances les plus préoccupantes au 1er janvier 2019, assure un communiqué du ministère de l’agriculture.

Les maires demandent à Macron d'agir sur le glyphosate

Plusieurs maires ont demandé à Emmanuel Macron d’agir sur le front des pesticides après l’« appel à la modération » en matière d’arrêté anti-pesticide lancé le président.  Un article de notre partenaire La Tribune.

«Mais la question des stocks n’explique pas tout », a toutefois reconnu le ministre. « Il faut regarder quels types de substance sont en hausse, car celles qui le sont le plus sont aussi les moins toxiques. […] » a-t-il précisé.

Dans le détail, un partie de cette hausse peut s’expliquer par la baisse des vente des produits les plus nocifs (CMR1 et CMR2), dont les volumes ont baissés de « 10 à 15% depuis 2009 » a détaillé Didier Guillaume.

« Un certain nombre de molécules ont aussi été interdites en Europe, et elles ont été remplacés par des produits utilisés en plus grande quantité » détaille-t-il. Certains effets de volumes peuvent effectivement être à l’origine d’une partie de la hausse.

+10% de vente de Glyphosate

Pourtant, cette hausse n’en est pas moins préoccupante. En effet, le glyphosate, que la France a prévu d’interdire dans une majorité des pratiques agricoles d’ici la fin de l’année 2020 a vu ses volumes de vente s’envoler de 10% sur l’année 2018, alors que l’annonce de sa prochaine interdiction avait déjà été faite par le président français Emmanuel Macron.

« Les engagements pris par le président seront tenus […] le glyphosate sera interdit pour la majorité des usages d’ici fin 2020 » a pourtant réaffirmé le ministre.

Si le plan de sortie est maintenu, la question des situations où l’arrêt du glyphosate ne sera pas possible en raison d’absence de solutions alternatives n’est pas encore tranchée. La liste des exceptions devrait être dévoilée au moi de juin 2020.

La France lance l'expérimentation des drones épandeurs de pesticides

Un arrêté publié le 8 octobre au Journal officiel autorise l’expérimentation des pulvérisations de pesticides par drone sur les parcelles pentues labellisées bio ou HVE. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Autre inquiétude, quant au projet 0% glyphosate, l’absence d’alignement avec les autres pays européens, dont le calendrier de sortie du glyphosate n’est pas contraint puisque l’autorisation de la substance active a été prolongée au niveau européen jusqu’en 2022.

« Si on dit que le glyphosate est interdit à la fin de l’année, dans d’autres pays il ne le sera pas […] On a un problème de concurrence déloyale à l’intérieur des Etats membres », reconnait le ministre.

Blocage du monde agricole

L’échec en filigrane de la lutte pour la réduction de phytosanitaire est aussi liée au blocage d’une partie du monde agricole. Si le nombre d’exploitation en agriculture biologique a atteint les 10% en France et que les pratiques évoluent, les syndicats agricoles restent largement opposés aux velléités de sortie rapide des pesticides.

Le syndicat agricole majoritaire (FNSEA) a d’ailleurs exigé le 10 janvier un moratoire sur l’application des zones de non traitement (ZNT) aux pesticides autour des zones habitées, menaçant des actions de protestation, a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Etant donné que «par l’imposition de mesures restrictives à fort impact économique, le gouvernement crée toujours plus de charges mettant à mal la santé financière des exploitations», le syndicat demande «une prise en charge économique du manque à gagner pour les agriculteurs».

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