Le Parlement européen milite pour l’interdiction des néonicotinoïdes

Les eurodéputés des principaux groupes politiques du Parlement européen ont adressé une lettre le 20 mars à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, et à Vytenis Andriukaitus, le commissaire européen à la santé. [Shutterstock]

Les législateurs européens ont appelé la Commission à convaincre les États membres de soutenir l’interdiction des néonicotinoïdes et éviter ainsi d’autres retards qui seraient nocifs pour l’environnement et les abeilles.

Les eurodéputés des principaux groupes politiques du Parlement européen ont adressé une lettre le 20 mars à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, et à Vytenis Andriukaitus, le commissaire européen à la santé.

Dans cette lettre, ils demandent à la Commission d’éviter de retarder davantage l’interdiction des néonicotinoïdes lors de la prochaine réunion du comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux (SCOPAFF) le 22 mars, estimant que cela serait nocif pour les abeilles et l’environnement.

« Un retard supplémentaire dans la prise de décision prolongera l’exposition des abeilles et des autres pollinisateurs aux toxines qui les tuent, avec des conséquences graves pour les produits alimentaires, en particulier le miel », ont averti les eurodéputés.

Les législateurs appellent également la Commission à faire « tout son possible » pour assurer la majorité qualifiée nécessaire à l’interdiction de la substance. La Commission a tenté de soumettre la question de son interdiction à un vote en décembre dernier, mais les États membres ont souligné qu’ils souhaitaient voir le rapport de l’EFSA en premier.

Commission et États membres se renvoient la balle sur les néonicotinoïdes

Greenpeace accuse la Commission et les États membres de ne pas prendre position sur l’interdiction des néonicotinoïdes. Les lobbys agricoles, dont celui du sucre, défendent le produit chimique d’arrache-pied.

Six États membres s’opposent à une interdiction des néonicotinoïdes, dont la Roumanie et la Hongrie. La France, le Royaume-Uni, l’Irlande, la Croatie, la Slovénie, le Luxembourg et Malte y sont en revanche favorables.

Le 28 février, l’Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) a publié un rapport confirmant que la plupart des pesticides aux néonicotinoïdes – la clothianidine, l’imidaclopride et le thiamethoxame – menaçaient les abeilles sauvages et domestiques.

Le rapport de l’EFSA et les propositions actuelles de la Commission visant à limiter davantage l’utilisation du pesticide seront examinés lors de la prochaine réunion du SCOPAFF, ont déclaré des sources au sein de l’UE. « Nous ne pouvons pas forcer les États membres à voter s’ils veulent discuter […] Mais les conclusions de l’EFSA ont renforcé les preuves scientifiques de la proposition de l’exécutif. »

La Commission examinera aussi la possibilité d’apporter des « amendements mineurs, et non drastiques » à sa proposition si nécessaire, mais l’exécutif n’a pas la majorité qualifiée nécessaire pour faire voter les États membres sur ce sujet. La prochaine réunion du SCOPAFF aura lieu fin mai.

La Commission veut restreindre les néonicotinoïdes

La Commission européenne projette de proposer davantage de restrictions sur l’utilisation des néonicotinoïdes. La lutte entre groupes de défense de l’environnement et producteurs de pesticides continue.

Selon le gouvernement allemand, 200 tonnes de pesticides aux néonicotinoïdes auraient été vendues en 2013, 207 en 2014 et 203 en 2015.

« Malheureusement, ce n’est pas pour chaque substance, mais pour l’acétamipride, la clothianidine, l’imidaclopride, le thiaclopride et le thiaméthoxame. Il semblerait que les substances faisant l’objet de restrictions aient été remplacées par d’autres qui n’ont pas été limitées », a déclaré Franziska Achterberg, conseillère en politique alimentaire de Greenpeace.

Le gouvernement allemand serait en réalité déchiré sur cette question et ne parviendrait pas à se positionner. Les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement ne sont pas du même avis. En effet, le ministère de l’Agriculture soutient une « sorte d’exemption » pour la betterave à sucre, ce qui confirme les dires des apiculteurs européens qui affirment que l’industrie du sucre pratique un lobbying acharné en Europe pour retarder l’interdiction des néonicotinoïdes.

La région de Bruxelles veut poursuivre la Commission européenne sur le glyphosate

Le gouvernement de la région de Bruxelles a déposé plainte auprès de la Cour de justice de l’UE. La réautorisation du glyphosate reste en travers de la gorge des Belges.

Commentant la lettre des eurodéputés, Graeme Taylor, directeur des affaires publiques de l’Association européenne pour la protection des cultures (ECPA), a déclaré : « le Parlement européen a voté en séance plénière contre un amendement  visant à interdire la vente et la production de néonicotinoïdes il y a quelques semaines dans un rapport sur l’apiculture. »

Sept eurodéputés, Guillaume Balas, Maria Grapini, Theresa Griffin, Virginie Rozière, Kathleen Van Brempt du S&D, Ivica Tolić du PPE et Nedzhmi Ali de l’ADLE, ont signé la lettre, mais ont voté contre l’interdiction dans le rapport sur l’apiculture.

Guillaume Balas, Virginie Rozière et Kathleen Van Brempt du S&D ont cependant expliqué à Euractiv qu’ils avaient déjà voté pour l’article 32 du rapport législatif sur l’interdiction du pesticide. Ce à quoi ils se sont opposés, c’est l’amendement sur l’interdiction déposé par le Front national, alors qu’elle avait déjà été votée par les eurodéputés. L’amendement était donc inutile.

« Pendant de nombreuses années, nous avons combattu l’utilisation des néonicotinoïdes et leurs effets dévastateurs sur la biodiversité », ont souligné les eurodéputés du S&D.

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