Trop onéreux, les biopesticides peinent à s’implanter en Pologne

La stratégie alimentaire phare de l’UE « De la ferme à la fourchette » (F2F) vise à améliorer la qualité et la sécurité des aliments produits dans le bloc tout en réduisant simultanément l’impact environnemental négatif du secteur. [SHUTTERSTOCK]

L’UE s’apprête à réduire de moitié l’utilisation et les risques liés aux pesticides d’ici à 2030. De nombreuses recherches mettent en évidence leurs effets néfastes. Cependant, en Pologne, les alternatives sont actuellement coûteuses et peu valorisées. Un article d’EURACTIV Pologne.

La stratégie alimentaire phare de l’UE « De la ferme à la fourchette » (F2F) vise à améliorer la qualité et la sécurité des aliments produits dans le bloc tout en réduisant simultanément l’impact environnemental négatif du secteur.

Dans ce contexte, elle fixe l’objectif de réduire de moitié l’utilisation et les risques liés aux pesticides d’ici à 2030.

Les agriculteurs polonais disposent d’une série de mesures de protection biologiques et agrotechniques et s’engagent de plus en plus dans la lutte intégrée contre les parasites (IPM).

Ce système de gestion repose sur l’utilisation de toutes les méthodes de protection en donnant la priorité aux agents non chimiques, de manière à minimiser le risque pour les humains, les animaux et l’environnement. Par exemple : l’installation de pièges à phéromones pour attirer les insectes utiles se nourrissant d’arbres fruitiers, ou l’utilisation d’organismes prédateurs se nourrissant de ceux nuisibles aux cultures.

Ainsi, certaines espèces d’insectes, comme les hyménoptères, dont les larves sont des parasites d’autres insectes, sont efficaces pour lutter contre les larves du papillon de nuit qui nuit aux cultures de tabac.

Forêt urbaine : l'allié biodiversité de l'Europe

Selon Greenpeace Allemagne, les forêts ont un potentiel d’absorption de 245,4 millions de tonnes de CO2 par an. En réduisant l’exploitation forestière européenne d’un tiers, ce chiffre passerait à 487, 8 millions. Ces dernières années, les mini forêts en milieu urbain connaissent un essor fulgurant.

Toutefois, en Pologne, les agents biologiques ne représentent que 2 % de tous les produits phytopharmaceutiques enregistrés, contre 4 % au niveau mondial, selon une lettre rédigée en décembre par une équipe de scientifiques polonais.

La missive appelle le ministre de l’Agriculture, Grzegorz Puda, et le commissaire européen à l’agriculture, Janusz Wojciechowski, également polonais, à agir sur ce front.

« L’intervention de l’État est nécessaire, soit la création d’instruments politiques spécifiques qui contribueront à modifier le comportement des agriculteurs, entraînant ainsi une réduction de l’utilisation des pesticides », fait valoir Małgorzata Bzowska-Bakalarz de l’Université de Lublin.

Quid de la lutte intégrée contre les parasites ?

Les principes de la lutte intégrée contre les parasites visant à maintenir l’utilisation des pesticides à des niveaux économiquement et écologiquement justifiés sont énoncés dans la révision de 2014 de la directive sur l’utilisation durable des pesticides.

Toutefois, selon un récent rapport de la Cour des comptes européenne, la Commission semble ne pas avoir réussi jusqu’à présent à faire appliquer ces règles par les États membres de l’UE ou à les encourager de manière adéquate, par exemple en mobilisant l’utilisation des paiements directs de la politique agricole commune (PAC).

Les analystes ont conclu que cette situation pouvait être principalement attribuée à un manque de données précises fournies par les nations européennes. Ils ont également souligné que les pays ne transposaient pas l’obligation de recourir à la lutte intégrée contre les parasites dans leur législation nationale.

La Métropole du Grand Paris et la Chambre d'Agriculture d'Île-de-France joignent leurs forces pour une "agriculture métropolitaine durable"

Développer l’agriculture urbaine, favoriser le développement des circuits courts : la Métropole du Grand Paris et la Chambre d’Agriculture d’Île-de-France ont signé mardi (30 mars) une convention-cadre de stratégie partagée sur l’agriculture.

Les ventes de pesticides augmentent en Pologne

Entre-temps, l’utilisation de produits phytosanitaires chimiques en Pologne a effectivement augmenté au cours de la dernière décennie.

Bien que la Pologne ne soit pas au premier rang des utilisateurs de pesticides dans l’UE, selon les données d’Eurostat, les ventes de pesticides en 2016 en Pologne étaient 12,3 % plus élevées qu’en 2011. Pourtant, la superficie des cultures plantées n’a augmenté que de 1,5 % entre 2011-2017.

En Pologne, la consommation moyenne de la substance active est de 2,5 kilogrammes par hectare et par an, alors que la moyenne européenne est de 3,5 kg.

Le problème réside dans le fait que la partie occidentale de l’UE (comme les Pays-Bas, qui consomment le plus de pesticides par hectare) pourrait réduire sa consommation plus rapidement que la Pologne, selon Marek Mrówczyński, directeur de l’Institut de protection des plantes au Centre national de recherche de Poznań.

S’exprimant lors d’une récente réunion du Congrès agricole polonais, il a déclaré que l’obstacle à l’utilisation d’agents biologiques était leur prix, qui est 3 à 5 fois plus élevé par hectare que l’utilisation de produits chimiques.

En Pologne, les agents biologiques sont le plus souvent utilisés dans les cultures sous serre, où il est possible de réguler les conditions qui prévalent. Ce n’est pas le cas pour les cultures en plein air.

Vers une agriculture durable : entre la PAC et le Pacte vert pour l’Europe

Après des années de négociations, il semblerait qu’un accord sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC) soit à portée de main. Coup de projecteur.

Par conséquent, sans les fonds du programme de subventions agricoles de l’UE (la politique agricole commune, PAC) pour 2021-2027, les changements dans l’agriculture polonaise ne seront pas possibles, a-t-il conclu.

Les objectifs de la nouvelle PAC ont été discutés fin février au Sejm polonais lors d’une réunion de la commission de l’agriculture, où les responsables ont appuyé que ceux-ci seraient difficiles à atteindre.

« La Commission européenne veut augmenter les revenus des agriculteurs, mais en même temps réduire l’utilisation d’engrais artificiels et de produits phytosanitaires, ce qui pourrait engendrer une réduction de la production agricole », a fait savoir Dorota Niedziela de la Plateforme civique.

De même, Mirosław Maliszewski, du Parti paysan polonais, a mis en lumière le manque et le coût des produits phytosanitaires non chimiques et des nouvelles technologies de culture en Pologne.

Toutefois, Ryszard Bartosik, vice-ministre de l’Agriculture, a garanti que les changements seraient introduits progressivement.

« En ce qui concerne les engrais et les produits phytosanitaires, il ne s’agit pas d’interdire l’utilisation de telle ou telle substance ou de tel ou tel nombre d’engrais par des décisions prises au jour le jour. Au contraire, nous persuaderons les agriculteurs d’utiliser les moyens les plus respectueux de l’environnement, et d’utiliser les engrais de manière précise », a-t-il indiqué.

Il a également promis que le gouvernement polonais verserait les fonds obtenus du budget de l’UE à cette fin.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer