Quelle est la position de la France sur le prochain budget de l’UE ?

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Alors que l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Finlande et la Suède ont toutes exprimé des positions claires sur la réduction du budget de l’UE pour 2014-2020, le point de vue du gouvernement français reste flou. Un reportage d’EURACTIV France.

 

L'Allemagne, la Finlande, la Grande-Bretagne et la Suède ont adopté une position ferme sur le cadre financier pluriannuel (CFP) en proposant une réduction des dépenses européennes de l'ordre de 100 milliards d'euros.

 

Ils considèrent les mesures d'austérité comme un mal nécessaire pour enrayer la crise de la dette européenne. Le gouvernement de François Hollande reste toutefois flou sur le sujet.

 

« Dans un pays où l’austérité est un gros mot, la France se cache un peu », a expliqué un diplomate européen.

 

Paris évite donc soigneusement de préciser l'ampleur des coupes nécessaires, mais est bien consciente des intentions du précédent gouvernement de Nicolas Sarkozy.

 

Le ministre français des affaires européennes, Bernard Cazeneuve, a sans aucun doute tenté de susciter une réaction des parlementaires socialistes à Dijon le 19 septembre dernier, lors qu'il a rappelé ce chiffre : « Le précédent gouvernement voulait faire 200 milliards d’euros de coupes par rapport aux propositions de la Commission européenne. »

 

Une source ministérielle a appuyé les propos de M. Cazeneuve, affirmant que « la France avait une position plus dure que les Britanniques. Elle cherchait à diminuer sa contribution au budget européen et voulait faire 200 milliards d’économies sur le paquet global », a ajouté cette source.

 

Une stratégie intenable

 

Conformément à cette proposition, la Commission européenne devrait réduire le budget annoncé de 1033 milliards d'euros de près de 20 %.

 

Bon nombre de parlementaires français ont sourcillé en entendant ce chiffre. « La seule délégation nationale qui évoque le chiffre de 200 milliards, c’est la délégation britannique », a déclaré Alain Lamassoure, le président de la commission du budget au Parlement européen.

 

« Il est vrai que la France a rejoint à l’automne 2011 le club des pingres, qui s’appelle pudiquement le groupe des amis du mieux dépenser. Mais elle n’a pas avancé de chiffre précis », a-t-il ajouté.

 

Au Sénat français, un spécialiste du budget a lui aussi exprimé des doutes sur ce chiffre. « Cette stratégie aurait été intenable sans toucher au cœur de la politique européenne, à savoir la PAC [la politique agricole commune]. »

 

Jean Leonetti, qui occupait le poste de ministre des affaires européennes lors du lancement des négociations budgétaires, a commenté : « La France a dit qu'elle ne pouvait pas donner plus, mais pas qu'elle allait donner moins. »

 

« Ce chiffre n’a aucune réalité française », a renchéri un diplomate à Bruxelles. Un conseiller a plaisanté en affirmant que cette idée n'avait pu naitre qu'« au fin fond d'un bureau sans fenêtres de Bercy ».

 

Une alliée incongrue

 

Il n'était pas loin de la vérité : « Cette position vient de la direction du budget à Bercy. Elle a été défendue dans des réunions, mais pas au niveau politique », a affirmé un fonctionnaire à Bruxelles.

 

Alors que l'UMP de centre-droit est devenue une alliée incongrue du Parti socialiste de M. Hollande (PS) sur la ratification du traité de discipline budgétaire, la gauche doit à tout prix se distinguer de la droite sur certains aspects de la politique européenne.

 

« Quand Bernard Cazeneuve a pris ses fonctions, on lui a beaucoup reproché de reproduire la ligne de négociation du précédent gouvernement », a expliqué Gilles Savary, le vice-président PS du Conseil général de Gironde. « La cause avait disparu, mais les effets demeuraient », a-t-il ajouté.

 

La Commission européenne a présenté en juin 2011 ses propositions sur le prochain budget de l'UE pour 2014-2020, le cadre financier pluriannuel.

 

Elle a proposé d'augmenter le prochain budget septennal des 976 milliards d'euros actuels à 1 000 milliards d'euros. Il s'agit d'une augmentation de 4,8 % qui dépasse l'inflation moyenne de 2 % enregistrée ces dix dernières années.

 

L'objectif de la présidence chypriote est de conclure un accord d'ici fin 2012, en parallèle aux conclusions du Conseil européen de juin 2012 [plus d’infos].

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