Recensement agricole : le renouvellement générationnel au cœur des défis pour l’avenir de l’agriculture

Bien que le taux d'agriculteurs âgés de moins de 40 ans soit resté stable depuis 2010, le renouvellement générationnel et la féminisation des métiers agricoles constituent aujourd'hui des défis de taille pour l'avenir de la filière. [Fotokostic/Shutterstock]

Les premiers résultats du recensement agricole 2020, présentés par Julien Denormandie vendredi (10 décembre), démontrent l’envergure du défi démographique pour la filière qui a perdu 100 000 exploitations en dix ans.

Le constat apparaît contradictoire : la France compte aujourd’hui environ 390 000 exploitations, soit 100 000 de moins qu’il y a encore dix ans, lors du dernier recensement agricole. En même temps, la surface agricole utile est restée à peu près la même – ce qui signifie que la taille moyenne des exploitations a augmenté, de 55 hectares en 2010 à 69 hectares en 2020.

Le ministre de l’Agriculture s’est toutefois félicité du maintien d’un modèle agricole français « à taille humaine », lors de la présentation des premiers résultats du recensement agricole 2020, vendredi dernier (10 décembre).

Si la taille des exploitations françaises ne cesse de croître ces dernières décennies, elle resterait toujours « à une échelle humaine en comparaison [avec] d’autres homologues européens » – le Danemark enregistrant, par exemple, une taille moyenne de 79 hectares par exploitation – et avec des modèles extraeuropéens (178 hectares en moyenne aux États-Unis, 332 hectares au Canada), affirme le ministère de l’Agriculture.

Le recensement montre néanmoins que seul le nombre des grandes exploitations (136 hectares en moyenne) a augmenté ces dix dernières années, tandis que les petites et moyennes exploitations ont enregistré une baisse de 21 % et que les micro-exploitations (12 hectares en moyenne) ont même diminué de 31 %. M. Denormandie nie toutefois une évolution vers une « industrialisation » de l’agriculture française.

Un modèle agricole toujours attractif mais sous le coup du vieillissement

La perte d’exploitations pourrait en outre laisser penser à une perte d’attractivité du secteur agricole – c’est pourtant « complètement faux », affirme M. Denormandie. Si le nombre d’agriculteurs âgés de plus de 60 ans a en effet augmenté de 13 à 18 % depuis 2010 du fait de la pyramide d’âge, la part des agriculteurs âgés de moins de 40 ans est, elle, restée stable (20 %) sur la même période.

Le taux, également « relativement » stable de nouvelles installations (environ 14 000 par an) « confirme que notre modèle agricole continue d’attirer », s’est félicité le ministre.

La filière serait notamment marquée par une forte professionnalisation, le nombre d’exploitants diplômés ayant considérablement augmenté depuis 2010, dynamique à laquelle s’ajouteraint des résultats « très encourageants pour l’enseignement agricole » ces dernières années.

Le recensement démontre également qu’ « au niveau européen, la France conserve une forte part d’exploitants ayant moins de 40 ans » par rapport au Royaume-Uni (12 %) ou à la Hongrie (10 %) par exemple.

En revanche, si le défi démographique évident n’était pas attribuable à une perte d’attractivité du monde agricole mais à un « vieillissement certain » de sa population, il fallait « redoubler d’effort » pour augmenter le renouvellement générationnel pour garantir la continuité du modèle agricole français à l’avenir, selon M. Denormandie.

Face aux défis du changement climatique et de la transition écologique notamment, « notre agriculture joue un rôle considérable de protection, de gestion et d’aménagement de notre territoire », affirme le ministre – et cela d’autant plus que la surface agricole utile française couvre 26,7 millions d’hectares, soit près de la moitié du territoire métropolitain (55 millions d’hectares).

En gestionnaires de ce territoire – et notamment du sol, puits carbone important – les agriculteurs français seraient de véritables « soldats du climat », selon M. Denormandie.

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Relever les défis à l’installation des jeunes

Mais pour s’assurer qu’il y ait assez d’agriculteurs pour répondre à l’urgence climatique tout en garantissant la souveraineté alimentaire de la France à l’avenir, il fallait atteindre un taux de 20 000 nouvelles installations par an, selon le ministre. Augmentation considérable qui nécessite des avancées sur de nombreux chantiers.

Premier défi, la féminisation des métiers agricoles. Alors que le nombre de cheffes d’exploitations reste en-dessous des 30 %, il fallait « renforcer » la politique sociale en leur faveur. Au menu : les questions du statut des agricultrices conjoints et des petites retraites, des « équilibres de vie » (congés maternité et paternité, accompagnement pour temps de répit) et de la pénibilité du travail.

Somme tout, il fallait rendre les métiers agricoles plus attractifs pour les femmes en accordant à ces dernières une « plus grande reconnaissance ».

Autre chantier en cours, l’aide et la protection face aux aléas climatique qui constitueraient aujourd’hui le premier frein à l’installation de nouveaux agriculteurs. Le ministre de l’Agriculture s’est dans ce sens félicité de la « réforme structurante » qui sera prochainement proposée sous forme de l’assurance-récolte.

Enfin, l’aide à l’installation jouerait un rôle important pour le renouvellement générationnel et serait par ailleurs renforcée dans le cadre de la nouvelle Politique agricole commune (PAC), adoptée au Parlement européen fin novembre et qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2023.

La rémunération, « déterminante » pour répondre au défi démographique

Réagissant aux annonces du ministre, le syndicat agricole Confédération paysanne a toutefois souligné que « les soutiens de la PAC doivent être massivement réorientés vers les actifs plutôt que vers les surfaces ». Pour rappel, les aides directes de la PAC sont aujourd’hui versées à l’hectare, mesure qui, selon ses détracteurs, favoriserait l’agriculture intensive mais que le ministre de l’Agriculture continue de défendre dans le cadre de ses orientations pour la nouvelle PAC en France.

Dans un communiqué publié vendredi (10 décembre), le syndicat demande en outre à ce que des aides financières et des politiques publiques viennent soutenir les agriculteurs en période de transmission de leur exploitation, après l’âge légal de départ à la retraite, pour soutenir le renouvellement des actifs.

La FNSEA, principal syndicat agricole français, a pour sa part souligné l’importance d’une juste rémunération, affirmant, dans un communiqué du 10 décembre, que la question du revenu agricole était « déterminante » pour attirer des nouveaux exploitants.

La revalorisation des prix par la loi Egalim 2 (promulguée en octobre), la baisse des charges et une politique de compétitivité « passant par la fin des surtranspositions » devraient « être au cœur des politiques agricoles européennes et françaises pour redonner aux agriculteurs actuels et futures des perspectives de rémunération », selon la FNSEA. Ce serait là une « condition impérative pour attirer des jeunes » et ainsi « assurer la souveraineté alimentaire de la France ».

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