Réforme de la PAC : la peur des éleveurs bovins français d’être rayés de la carte

Les éleveurs du Massif central appellent à manifester jeudi à Clermont-Ferrand et Lyon. Ils avaient déjà manifesté le 9 mars en Haute-Loire et dans le Cantal. [EPA-EFE/IAN LANGSDON]

Question de « survie », disent-ils : les éleveurs bovins français défendent le maintien de leurs subventions européennes, alors que le gouvernement français envisage d’en redéployer une partie au profit des producteurs de protéines végétales.

Les éleveurs du Massif central appellent à manifester jeudi à Clermont-Ferrand et Lyon. Ils avaient déjà manifesté le 9 mars en Haute-Loire et dans le Cantal, pour « réveiller l’État » et peser sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) qui doit entrer en vigueur en 2023.

La France travaille actuellement sur son plan stratégique national (PSN), sa déclinaison de la future PAC qu’elle doit présenter en juin à la Commission européenne, à l’instar de ses voisins de l’UE. Un exercice complexe, sachant que le cadre général est toujours en train d’être négocié à Bruxelles.

Le pays est le premier bénéficiaire des subventions européennes à l’agriculture : plus de neuf milliards d’euros par an, dont un milliard d’aides dites « couplées », c’est-à-dire liées à la production de certains végétaux ou de certains animaux pour lesquels un soutien spécifique est jugé nécessaire.

Aujourd’hui, plus de 80% des aides couplées bénéficient à l’élevage. Mais cette proportion pourrait diminuer.

Le ministère de l’Agriculture suggère de doubler les aides aux productions végétales (légumineuses, soja notamment) « en cohérence avec la stratégie » de développer la production française de protéines végétales, pour réduire la dépendance au soja importé, notamment du Brésil, selon des documents de travail transmis aux organisations professionnelles et consultés par l’AFP.

Le montant global des aides couplées étant plafonné, « il est proposé un scénario de baisse de 16,5% des aides couplées animales ».

« Crise de revenus »

Le ministère envisage aussi de revoir les modalités de calcul de ces subventions, en fusionnant les enveloppes destinées aux vaches laitières et vaches allaitantes (races à viande type Charolaise, Limousine, Salers…). « Cette mesure viendrait achever » les éleveurs de bovins allaitants « déjà en pleine crise de revenus », déplore la Confédération paysanne.

Au bout du compte, les aides spécifiques à l’élevage bovin allaitant pourraient passer de 610 à 360 millions d’euros par an, soit une baisse de 250 millions d’euros, selon les calculs de la Fédération nationale bovine (FNB), branche spécialisée de la FNSEA.

Or, regrette la FNB, faute de prix couvrant leurs coûts de production, le revenu des éleveurs et donc la « survie » des exploitations dépend « entièrement » de ces aides, qui représentent un quart du total des subventions reçues par les éleveurs bovins, en moyenne.

Interrogé mercredi lors de la séance de questions au gouvernement au Sénat, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie n’a pas démenti les calculs de l’organisation.

« Sur cette politique agricole commune, les négociations, les discussions, les consultations sont en cours, en ce moment, encore aujourd’hui, et donc on va mener ces consultations à terme pour avoir une PAC souveraine, plus juste et tenant compte des réalités des territoires », a-t-il dit.

La FNB a récemment estimé qu’un éleveur avait gagné en moyenne 8 000 euros en 2020, soit moins de 700 euros par mois.

Elle a accueilli tièdement, au début du mois, le déblocage par l’État de 60 millions d’euros d’aides d’urgence aux éleveurs les plus en difficulté, qui ont gagné moins de 11 000 euros en 2020.

Le président de la FNB Bruno Dufayet a estimé auprès de l’AFP que ce n’était qu’un pansement provisoire : « Cela renforce les demandes qu’on a faites auprès du ministre [de l’Agriculture Julien Denormandie] sur la nécessité de trouver la manière de fixer un prix à hauteur des coûts de production pour les producteurs, parce qu’on ne va pas demander 60 millions tous les six mois ».

« Sans trouver des solutions sur la construction des prix, l’État veut donc supprimer les derniers euros qui constituent le revenu des éleveurs allaitants déjà bien en deçà du seuil de pauvreté pour un grand nombre d’entre eux », déplorent les éleveurs du Berceau des races à viande du Massif central (BRAV), dans un communiqué.

« C’est donc un réel plan social de suppression de l’élevage allaitant que l’État organise », selon eux. « Nous ne laisserons pas les éleveurs allaitants se faire rayer de la carte des productions agricoles françaises », préviennent-ils.

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