Réforme de la PAC : les éco-régimes (toujours) au cœur des clivages

L'agriculture est l’une des clés pour un avenir plus vert en Europe. Mais les esprits se divisent sur le bon chemin à prendre, et notamment la question de la part du budget de la future PAC à attribuer aux pratiques éco-responsables. [leoks/Shutterstock]

Les discussions sur la nouvelle PAC se poursuivent au niveau européen. Au cœur des débats : la question des éco-régimes. En France, de nouvelles manifestations s’annoncent ce vendredi (30 avril) alors que le dispositif des paiements verts va trop loin pour les uns – et pas assez pour les autres.

L’agriculture contribue au changement climatique, mais elle en souffre également (comme l’a illustré la « catastrophe climatique » qui s’est abattue sur la France en début du mois sous forme d’une vague de froid inédite) – et elle est, surtout, l’une des clés pour un avenir plus vert en Europe. Raison pour laquelle la Commission européenne souhaite donner une architecture verte à la nouvelle Politique agricole commune (PAC). Au cœur de sa stratégie : les éco-régimes, ces paiements directs aux agriculteurs qui seront, à l’avenir, couplés à des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Si le Conseil et le Parlement européen se sont accordés sur la nécessité d’introduire des éco-régimes obligatoires dans la nouvelle PAC, ils restent clivés sur la part du budget qui leur sera allouée : le Parlement souhaiterait voir au moins 30 % des paiements directs liés à la conditionnalité verte, le Conseil insiste sur 20 %.

Réunis en visioconférence ce lundi (26 avril), les 27 ministres de l’Agriculture de l’Union européenne ont à nouveau débattu du sujet. La présidence portugaise du Conseil avait proposé une approche échelonnée – 22 % de paiements verts dès 2023, 25 % à partir de 2025. Une proposition qui n’aura toutefois pas convaincu tous les membres : tandis que certains s’y disaient ouverts, d’autres restent inflexibles sur la barre des 20 %.

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Introduction d’éco-régimes – une « politique d’exclusion » ?

Au niveau français aussi, les esprits sont divisés. Dans les grandes villes, les manifestations d’agriculteurs se sont multipliées au cours des dernières semaines pour dénoncer une réforme de la PAC qui priverait, selon eux, nombre d’entre eux de subventions nécessaires à la viabilité de leurs exploitations.

Le niveau d’exigence des éco-régimes « exclut un trop grand nombre d’exploitations », a déploré la FNSEA, premier syndicat agricole français, dans un communiqué publié le 25 mars. Le syndicat France Grandes Cultures fustige quant à lui un modèle « contraignant » et « élitiste », craignant que l’introduction des éco-régimes ne laisse « 30 % de nos collègues sur le bord de la route ». Une « politique d’exclusion » contre laquelle les agriculteurs comptent à nouveau manifester ce vendredi (30 avril) à Strasbourg.

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« On a besoin d’un changement radical »

Mais si le verdissement de la PAC va trop vite pour les uns, il reste beaucoup trop timide pour d’autres. « On a besoin d’un changement radical », soutient l’agronome Marc Dufumier dans un entretien publié par Ouest-France ce mardi (27 avril). L’agroécologie serait la clé d’un modèle agricole plus durable, autant sur le plan environnemental qu’humain : si cette approche systémique, misant sur les vertus de la biodiversité et l’exploitation optimisée des ressources naturelles, est plus vertueuse pour l’environnement et le climat, elle aiderait aussi les agriculteurs eux-mêmes, selon l’agronome.

« Les filières de l’agriculture industrielle […] sont en situation d’échec », estime M. Dufumier.  Manque de compétitivité au niveau mondial, recours massif aux pesticides, antibiorésistance, mais aussi endettement et bas revenus – pour l’agronome, tout cela est lié. Et un autre modèle possible : les producteurs misant sur la transformation fermière, l’agriculture biologique et les circuits courts « s’en sortent le mieux », affirme-t-il. Ce sont donc bien des pratiques agroécologiques qu’il faudrait encourager un maximum, selon M. Dufumier –  et cela à travers des subventions de la PAC qui viendraient rémunérer les exploitants qui rendent « un service environnemental d’intérêt général ».

Même son de cloche du côté de la plateforme française inter-organisations Pour une autre PAC. Le modèle agro-industriel encore dominant aujourd’hui serait « non soutenable », soutient le collectif qui en appelle donc à un « virage agroécologique » de la PAC. Les paiements prévus dans le cadre de la PAC constitueraient un « levier financier fondamental » pour enclencher et guider cette transition agroécologique, soutient la plateforme.

Pour une autre PAC a fait savoir à EURACTIV qu’elle allait appeler le ministre français de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, « à s’engager en faveur de l’agroécologie paysanne », devant le ministère de l’Agriculture ce vendredi (30 avril).

Comment réussir la transition agroécologique ?

Produire davantage tout en diminuant l’impact sur le climat et l’environnement : tel est le défi posé au monde agricole à l’heure actuelle. Présentée comme l’une des clés pour réussir la transition verte par les pouvoirs publics français et européens, l’agroécologie serait-elle la bonne réponse ?

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