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25/02/2017

Des ONG demandent à la Commission d’évoluer sur les perturbateurs endocriniens

Agriculture & Alimentation

Des ONG demandent à la Commission d’évoluer sur les perturbateurs endocriniens

« La Commission devrait se remettre en question et définir réellement des critères d’identification des produits ayant des propriétés hormono-mimétiques. Ces critères doivent être cohérents avec les textes législatifs existants et protéger réellement les citoyens dans leur vie quotidienne. »

[Darren/ Flickr]

Deux organisations demandent à la Commission européenne de modifier sa définition des perturbateurs endocriniens, pour qu’elle ne soit pas cantonnée aux pesticides.

Une nouvelle étude du centre pour le droit environnemental international (CIEL) et de ClientEarth en remet une couche sur les perturbateurs endocriniens. Le rapport assure que la définition ne devrait pas se limiter aux produits contenus dans les pesticides et biocides, mais également prendre en compte d’autres substances, comme le bisphénol A, utilisé dans certains plastiques.

Pour les experts, la seule manière de s’assurer que les perturbateurs endocriniens ne contaminent pas la nourriture, l’eau, les jouets et les produits ménagers est d’établir un système unique d’identification de ces substances.

En juin 2016, après de nombreuses hésitations, l’exécutif européen avait présenté une série de critères d’identification des substances perturbant les fonctions endocriniennes.

En décembre, le comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, composé de représentants des États membres, s’est réuni pour voter sur les critères de définition proposés par la Commission. Aucun compromis n’a toutefois pu être trouvé entre les spécialistes nationaux, étant donné les grandes divergences d’opinions entre les États membres à ce sujet.

>> Lire : Les perturbateurs endocriniens présents dans deux salades sur trois

Les deux ONG se réfèrent au septième programme d’action pour l’environnement et estiment que la Commission a eu tort de vouloir poser des critères scientifiques exclusivement réservés aux composants des pesticides et biocides, étant donné que les perturbateurs endocriniens sont présents dans tous les aspects de la vie quotidienne des citoyens.

« Les perturbateurs endocriniens, aussi appelés ‘leurre hormonal’ se trouvent dans toute une série d’autres produits. Ils contaminent l’eau que nous buvons, les jouets avec lesquels jouent nos enfants et les savons utilisés tous les jours », souligne le rapport.

Le CIEL et ClientEarth appellent donc l’exécutif européen à modifier sa proposition de critères, afin que la définition de ces substances dangereuses s’applique à toute la législation européenne, quel que soit le secteur.

>> Lire : Le projet de la Commission sur les perturbateurs endocriniens est illégal

Critères transversaux

Les ONG insistent sur la mise en place d’une approche transversale, qui englobe REACH, le règlement d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation des substances chimiques, mais aussi les restrictions applicables à ces substances, les règles sur les cosmétiques, la directive-cadre sur l’eau, la directive sur les jouets, les règlements sur les dispositifs médicaux et le règlement concernant les matériaux destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires.

Ces réglementations comprennent déjà des mesures limitant l’utilisation des perturbateurs endocriniens, mais ne fournissent pas encore de critère d’identification.

L’enquête fait remarquer que dans certains textes législatifs, comme le REACH, les perturbateurs endocriniens entrent dans la catégorie des « substances extrêmement préoccupantes », réglementées au cas par cas. Parfois, les perturbateurs endocriniens sont mentionnés dans les textes, sans que leur utilisation soit réglementée. C’est le cas du règlement sur les cosmétiques ou de la directive-cadre sur l’eau.

« La Commission devrait se remettre en question et définir réellement des critères d’identification des produits ayant des propriétés hormono-mimétiques. Ces critères doivent être cohérents avec les textes législatifs existants et protéger réellement les citoyens dans leur vie quotidienne », estime Vito Buonsante, avocat chez ClientEarth.

« Les critères européens pour identifier les perturbateurs endocriniens seront les premiers à être définis dans le monde. Ils créent donc un précédent », explique Giulia Carlini, avocate et coauteure de l’étude. « La Commission doit repenser ses critères pour l’identification de ces substances dangereuses, où qu’elles soient. Si elle refuse d’abandonner son approche restrictive, le Parlement européen et le Conseil doivent opposer leur véto à la proposition actuelle, dans l’intérêt des citoyens et de l’environnement. »

Proposition problématique

L’étude qualifie la proposition de la Commission de « problématique » et estime qu’elle pourrait retarder encore davantage l’identification précise des perturbateurs endocriniens.

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« Tant qu’il n’existe pas de critères transversaux, comme stipulé dans le septième programme d’action pour l’environnement, les perturbateurs endocriniens ne peuvent être réglementés par aucun autre texte. [La proposition] retardera également l’application de la réglementation REACH à toutes les substances ayant des propriétés hormono-mimétiques, ainsi que l’inclusion de ces substances à la liste candidate REACH. »

Les organisations craignent en outre un affaiblissement du niveau de protection des citoyens, lié à une mauvaise adaptation des critères conçus pour les pesticides et biocides aux autres cadres réglementaires.

Le rapport a été soutenu par des eurodéputés de cinq groupes politiques : Younous Omarjee, du Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, Peirnicola Pedicini (Europe de la liberté et de la démocratie directe) Sirpa Pietikäinen (Parti populaire européen), Pavel Poc (Socialistes et Démocrates) et Michèle Rivasi (Verts).

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Réactions

« Nous sommes d’accord avec la stratégie fondée sur le risque », a déclaré Bertrand Vallet, responsable de politiques chez EurEau, qui représente les services de distribution d’eau et de gestion des eaux usées. « Dans ce contexte, les substances endocrino-perturbatrices devraient être qualifiées comme telles si elles ont des propriétés hormono-mimétiques. Il ne devrait pas exister de dérogation. »

« Une modification de la définition serait donc un pas dans la bonne direction. Nous estimons également que les critères ne devraient pas être limités aux pesticides et biocides », a-t-il insisté.

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« Les fournisseurs d’eau doivent avoir accès à des sources adéquates et fiables, protégées de toute contamination. La protection durable des sources hydrauliques est essentielle pour l’approvisionnement en une eau sûre, propre et potable, qui respecte les critères de la directive sur l’eau potable, aujourd’hui et pour les générations futures », ajoute-t-il.

Contexte

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques qui influencent le système endocrinien (ou système hormonal). L’impact de ces interférences avec le système endocrinien se ressent encore bien après la fin de l’exposition. Ces substances sont très présentes dans notre quotidien, puisqu’elles se retrouvent dans certains aliments, produits de nettoyages, contenants alimentaires, cosmétiques, etc.

L’exposition aux perturbateurs endocriniens lors de la grossesse peut avoir des effets de très longue durée et affecter les générations suivantes. La Commission européenne aurait dû créer une définition officielle des perturbateurs endocriniens avant fin 2013.

En juin 2016, l’exécutif européen a finalement présenté une série de critères d’identification des substances ayant des propriétés de perturbation endocrinienne. Si ces critères sont adoptés, l’Europe sera la première entité à définir légalement ces substances.

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