Roumanie : accord avec les agriculteurs après 6 jours de manifestations

L’accord, signé après plus de trois heures de négociations, ne signifie pas la fin immédiate des protestations, car les négociations à venir avec les transporteurs — qui se poursuivront probablement jusqu’à jeudi (18 janvier) — pourraient prolonger la durée de la manifestation. [Shutterstock/snob]

Un accord a été conclu lundi (15 janvier) entre le ministère de l’Agriculture et les représentants des principales organisations agricoles roumaines concernant plusieurs demandes formulées par les agriculteurs, qui protestent depuis six jours.

Le ministre de l’Agriculture, Florin Barbu, a indiqué que l’accord portait sur 13 demandes des agriculteurs. Les discussions se poursuivront afin de trouver un compromis concernant les demandes restantes.

Le gouvernement s’est engagé à subventionner entièrement toutes les accises agricoles jusqu’en 2026 et à adopter rapidement des réglementations en matière de prêts à taux d’intérêt bonifiés.

Marius Micu, l’un des représentants des agriculteurs participant aux négociations, a ajouté qu’il était important que le gouvernement accorde une dérogation aux règles contraignantes concernant la rotation des cultures et le seuil de 4 % de terres en jachère fixé pour chaque exploitation agricole d’ici au 31 janvier.

L’accord, signé après plus de trois heures de négociations, ne signifie pas la fin immédiate des protestations, car les négociations à venir avec les transporteurs — qui se poursuivront probablement jusqu’à jeudi (18 janvier) — pourraient prolonger la durée de la manifestation, selon M. Micu.

Les agriculteurs et les transporteurs roumains bloquent les routes pour protester contre le coût des polices d’assurance

Des chauffeurs routiers et des agriculteurs de tout le pays ont organisé mercredi (10 janvier) des barrages routiers sur les boulevards périphériques de Bucarest et d’autres villes en réaction, entre autres, à l’obligation de souscrire des polices d’assurance responsabilité civile.

Le problème des importations ukrainiennes

Le gouvernement a également accepté les demandes de compensation des pertes causées par les importations massives en provenance de l’Ukraine. Les mesures comprennent un étiquetage distinct des produits ukrainiens, notamment les céréales, et un contrôle des cachets électroniques dans le port de Constanța.

M. Barbu a démenti les allégations selon lesquelles la Roumanie aurait cherché à imposer des taxes unilatérales sur les importations de céréales en provenance d’Ukraine.

Pour rappel, suite à l’invasion russe de l’Ukraine, l’UE avait décidé de mettre en place des « couloirs de solidarité » afin d’assurer les exportations de produits agricoles ukrainiens. Des produits qui ont ensuite inondé les marchés des pays voisins de l’Ukraine et ont fait chuter les prix et donc pénalisé les agriculteurs locaux.

Les États membres de l’Est de l’UE demandent à Bruxelles d’imposer des taxes sur les importations de céréales ukrainiennes, affirmant qu’il s’agit de concurrence déloyale, a déclaré lundi le ministère hongrois de l’Agriculture.

Dans une lettre conjointe des ministères de l’Agriculture de la Hongrie, de la Bulgarie, de la Pologne, de la Roumanie et de la Slovaquie adressée à la Commission européenne, on peut lire que les produits agricoles bon marché en provenance de l’Ukraine empiètent sur les marchés d’exportation de ces pays, rapporte Reuters.

« Dans cette lettre, j’ai demandé une dérogation pour les agriculteurs roumains concernant le seuil de 4 % de terres en jachère [fixé par l’UE] », a expliqué M. Barbu aux journalistes.

En Europe, les agriculteurs s’invitent sur la scène politique et font pression sur les gouvernements

Un vent de protestation souffle parmi les agriculteurs d’Europe, qui descendent dans les rues de France, de Pologne ou encore d’Allemagne. Les gouvernements craignent que cette colère grandissante ne fasse l’objet d’une récupération politique de la part de l’extrême droite.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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