Les salmonelles sont de retour en Europe, et pas que chez Lactalis

Les bactéries incriminées sont parfois présentes dans les œufs et la viande de volaille crue. [Shutterstock]

Les cas de salmonellose chez l’humain avaient été divisés par deux entre 2004 et 2009, mais de nouvelles statistiques montrent que les bactéries sont de retour. Un problème pour l’agroalimentaire et le secteur de la santé, mais aussi pour les décideurs politiques.

Les salmonelles sont une famille de bactéries à l’origine de différentes maladies, dont la salmonellose. Elles sont typiquement présentes dans les intestins d’oiseaux et mammifères, et entrent dans l’alimentation humaine via les œufs, la viande crue de cochon, de poulet ou de dinde.

L’exemple le plus frappant est probablement celui du géant laitier français Lactalis, qui s’est récemment vu obligé de retirer pas moins de 12 millions de boites de lait en poudre pour bébé dans 83 pays, à cause d’une potentielle contamination aux salmonelles.

Ce n’est cependant pas le seul. Le mois dernier, les autorités allemandes ont ainsi détecté les bactéries dans 20 000 tonnes de nourriture animale dans 13 Länder.

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« Il est ironique de voir que l’EFSA [Autorité européenne de sécurité des aliments] continue de diffuser des vidéos sur la salmonelle dans lesquelles elle se félicite de ce ‘succès’ européen, alors qu’elle publie également des chiffres montrant que le problème est aujourd’hui bien pire qu’il y a quelques années », indique une source au sein de l’industrie.

Un rapport de l’EFSA et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) publié en décembre note ainsi que le nombre de salmonelloses chez l’humain a augmenté de 3 % depuis 2014. Un autre rapport, publié en janvier par l’EFSA, indique qu’une épidémie en cours, provenant de la Pologne, comptabiliserait 400 cas dans 16 pays européens.

Plus inquiétant, le Système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF), qui permet d’échanger des informations entre pays européens en cas de risque détecté dans la chaîne alimentaire, a enregistré une augmentation de 50 % des notifications de salmonelles.

Une tendance à surveiller

L’EFSA est consciente d’une possible inversion de la tendance, mais souligne que toute enquête sur les origines de ce changement relèverait des autorités compétentes, et non de l’agence.

« On pourrait estimer que l’augmentation du nombre de cas est partiellement due à un meilleure signalement des cas et à une amélioration de la surveillance des maladies zoonotiques, et notamment de la salmonellose, dans certains pays », explique un porte-parole. « Une augmentation du nombre de cas de salmonellose signalés pourrait aussi partiellement refléter un certain manque d’attention vis-à-vis des salmonelles. »

Étant donné les nouveaux cas, la Commission a demandé à l’EFSA de réévaluer certains programmes ou de se pencher sur de nouvelles mesures à prendre pour prévenir ces maladies. Un avis scientifique lui sera livré d’ici janvier 2019.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a pour sa part estimé « inquiétant » que le nombre de cas soit à nouveau en hausse malgré les mesures de contrôle et une grande sensibilisation aux niveaux national et européen.

« Jusqu’à ce que nous comprenions complètement ce qui se passe, cela doit être compris comme un signal que quelque chose a changé », explique un spécialiste de l’ECDC.

Formaldéhyde

Depuis 20 ans, le formaldéhyde était utilisé comme conservateur pour empêcher le développement des salmonelles dans l’alimentation animale. Ce gaz a cependant été reclassifié dans le cadre des règlements sur les biocides et les additifs pour l’alimentation animale et son utilisation interdite.

L’EFSA n’est cependant pas en mesure de dire si ce changement législatif est lié à la hausse des cas détectés.

Dans une évaluation des risques datant de 2014, l’Autorité européenne estimait que les consommateurs exposés au formaldéhyde via la chaine alimentaire ne courraient aucun risque, mais avertissait que son inhalation était potentiellement cancérigène et appelait donc à des mesures visant à réduire l’exposition des travailleurs.

Son autorisation d’utilisation expirant en 2015, le dossier formaldéhyde est ensuite passé entre les mains du comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, composé de spécialistes nationaux, où les choses n’ont pas avancé pendant plus de deux ans. La Commission aurait initialement proposé une réautorisation pour dix ans, sur la base des travaux de l’EFSA, avant de revenir sur sa décision.

L’exécutif européen assure cependant que l’augmentation des salmonelles n’a rien à voir avec ce dossier, étant donné que l’interdiction n’était pas encore effective. « L’interdiction a été votée en décembre, et à présent la traduction, l’approbation finale par la Commission et la publication au journal officiel doivent avoir lieu. Son entrée en vigueur aura probablement lieu dans le courant du mois », explique un porte-parole.

L’interdiction n’était cependant pas une surprise, et plusieurs États membres, dont la Pologne, ont arrêté d’utiliser le formaldéhyde bien avant son adoption. Le pays est actuellement aux prises avec une épidémie de salmonellose qui a touché plus de 9 500 personnes l’an dernier.

ADM, l’entreprise mise en cause dans l’apparition de salmonelles en Allemagne, assure avoir prévenu la Commission des conséquences possible de l’interdiction du formaldéhyde. « Il n’existe pas d’équivalent de remplacement aussi efficace […] L’EFSA n’a pas lancé d’avertissement sanitaire sur le produit traité, les inquiétudes concernant l’utilisation devraient être traitées selon la législation en vigueur (REACH), a défendu l’entreprise lors d’une consultation publique sur le sujet.

Si l’interdiction est réellement mise en place, continue ADM, les autorités doivent se préparer à explorer de nouvelles manières de gérer la recrudescence potentielle de cas de salmonelles dans les nourritures animales.

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