Sept ans pour sortir du cuivre?

Le mildiou, fléau de la vigne. [Shutterstock]

Le cuivre, incontournable de l’agriculture biologique et très prisé par les conventionnels, est ré-homologué. La Fédération nationale d’agriculture biologique réclame un ‘plan cuivre’, pour parer à une vague de ‘déconversions’. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Plus qu’un pesticide, un symbole. Le cuivre, l’un des rares produits de lutte autorisés en agriculture biologique –mais aussi en agriculture conventionnelle–, vient d’être ré-homologué à l’échelle de l’Europe pour sept années, quand plusieurs États en demandaient l’interdiction pure et simple.

En cause, les effets néfastes d’une concentration excessive de cet antifongique sur la croissance et le développement de la plupart des plantes, sur les communautés microbiennes et la faune des sols, pointés récemment par l’agence européenne de sécurité sanitaire (EFSA) dans un avis.

Les experts des Etats membres ont validé une baisse d’environ un tiers du seuil actuellement fixé pour les fermes bio, qui vaut désormais aussi pour l’ensemble des exploitations. Ce qui équivaut à autoriser l’usage de 4 kg par hectare et par an (au lieu de 7), avec une possibilité de lissage selon les conditions climatiques. En France, le cuivre représente 2,3% des volumes de pesticides utilisés chaque année.

Pas issu de la chimie de synthèse

Pourtant très employé par l’agriculture conventionnelle (les trois quarts du vignoble de Bordeaux sont traités avec du cuivre alors que la viticulture biologique représente aujourd’hui 8% des surfaces, rappelle la Fédération régionale des agrobiologistes (Frab) Nouvelle-Aquitaine, l’utilisation du cuivre a été montée en épingle par les tenants de l’agrochimie pour discréditer l’agriculture biologique, accusée de se faire passer pour une agriculture ‘sans pesticide’.

«Le rapport de l’EFSA est basé sur une méthodologie conçue pour les produits issus de la chimie de synthèse, pas pour les éléments minéraux métalliques», déplore la Fnab.

«Le cuivre a été mis dans le même bateau que les pesticides de synthèse », dénonce Fiona Marty, en charge des affaires européennes dans ce syndicat. « Et ce, bien qu’il soit un composé minéral, pas issu de la chimie de synthèse.» Elle réclarme un autre modèle d’évaluation.

Marée de ‘déconversions’

L’utilisation de cuivre est en chute libre depuis les années 2000 (-70%) ce qui peut s’expliquer, souligne la Coordination rurale, par le fait que son utilisation «n’est pas principalement liée à l’agriculture biologique mais bien à l’ensemble des modes de production agricoles» et que l’agriculture biologique «progresse en utilisant de moins en moins de produits cuivrés».

«La moyenne d’usage tourne autour de 3 kg/ha, avec de fortes variations entre les régions du Sud et la région atlantique», précise Jacques Carroget, secrétaire national viticulture de la Fnab.

Le syndicat réclame un plan ‘cuivre’, sous peine d’une marée de «déconversions» de professionnels laissés sans solution technique alternative. «Le risque, c’est de nous pousser vers la chimie de synthèse, car nous ne pouvons aujourd’hui nous passer de cuivre», s’inquiète le viticulteur, situé entre Muscadet et Anjou.

Dans le ‘pulvé’

«Il existe une batterie de possibilités d’action», affirme Didier Andrivon, qui a coordonné l’expertise collective publiée par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) «Peut-on se passer du cuivre en protection des cultures biologiques?», publiée en janvier 2018.

Y compris dans les vignes? «De la prophylaxie, du biocontrôle, une taille différente, des variétés résistantes de vignes, une conduite menée avec des couverts aérés», égrène le spécialiste de l’Institut de génétique, environnement et protection des plantes.

«On n’a rien qui, individuellement, soit aussi efficace que le cuivre sur ses principales cibles et il n’existe aucun produit miracle. Mais il existe des produits qui ont une efficacité individuelle inférieure au cuivre et qui, combinés, permettent une efficacité proche du cuivre»,détaille-t-il.

Changer ce qu’il y a «dans le pulvé» ne suffira donc pas et il faudra bien dépasser les «impasses techniques» dans lesquelles les paysans en bio craignent de se retrouver si le cuivre finissait par disparaître de leur pharmacopée.

Sept années ne seront pas de trop pour opérer cette conversion agronomique. Les ministères de l’agriculture, de l’économie, de l’environnement et de la santé devraient annoncer début 2019 une feuille de route sur le sujet.

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