En Italie, la crise du lait de brebis gêne Salvini 

epa07363883 les producteurs de lait sardes ont préféré jeter leur lait dans les égouts que de le vendre au prix actuel du marché. EPA-EFE/FRANCESCO PINNA [PINNA/EPA-EFE]

Quelques jours avant les élections régionales, le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini a tenté d’apaiser la colère des producteurs de lait  de brebis, qui dénoncent des prix de vente en chute libre.

Le ministre italien de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio, s’est rendu à Bruxelles le 19 février pour rencontrer le commissaire européen à la santé, Vytenis Andriukaitis, et le commissaire à l’agriculture, Phil Hogan. Selon une source proche de la Commission, la crise du prix du lait de brebis sera au cœur de la réunion entre Phil Hogan et Gian Marco Centinaio.

À quelques jours des importantes élections régionales qui se tiendront à la fin de la semaine, les bergers sardes ont manifesté leur mécontentement à l’égard de la chute du prix du lait de brebis. Le prix du litre de lait est passé de 85 centimes l’année dernière à 60 centimes d’euros cette année à cause d’une baisse drastique de la demande de fromage du type Pecorino Romano. La fluctuation des prix est étroitement liée à la demande de ce fromage protégé par une appellation d’origine contrôlée et qui représente près de la moitié de la production sarde de lait de brebis.

Ces dernières semaines, les producteurs de lait sardes ont préféré jeter leur lait dans les égouts que de le vendre au prix actuel du marché. Certains manifestants ont également bloqué des routes et des véhicules de transport et forcé les camionneurs à déverser le lait.

Les autorités locales et gouvernementales essayent actuellement de trouver un terrain d’entente entre l’organisation représentant les producteurs et les représentants de l’industrie agroalimentaire, mais les négociations sont difficiles et les producteurs de lait ont refusé la proposition de 72 centimes du litre, jugée insatisfaisante. Le gouvernement se bat pour convaincre l’industrie de payer un prix fixe aux alentours d’un euro le litre et de prendre des mesures spécifiques, telles que le retrait de 15 à 20 000 tonnes du fromage du marché pour faire remonter le prix du lait.

Le 21 février, une nouvelle tentative permettra d’analyser et d’accepter les projets de rétablissement des prix du gouvernement. Les élections régionales auront lieu dimanche en Sardaigne, où Matteo Salvini passe la semaine dans l’espoir de réitérer le succès de sa campagne dans les Abruzzes. L’accord semblerait proche puisque le ministre de l’Intérieur italien a rencontré hier une délégation de bergers et les représentants de l’industrie des produits laitiers dans la province de Sassari.

L’UE soutient les bergers

Selon une source proche de la Commission, l’exécutif européen est conscient de la situation difficile des producteurs de lait sardes et partage leurs préoccupations. Cette même source a ajouté que la Commission avait conseillé aux producteurs de faire tout ce qu’ils pouvaient avec les outils déjà disponibles dans le cadre de la politique agricole commune, et avait également rappelé le budget de 191 millions d’euros alloué cette année pour promouvoir la qualité des produits alimentaires européens au sein de l’UE et dans le reste du monde.

La Commission a indiqué qu’afin de restabiliser les prix, les producteurs devaient s’organiser pour avoir un plus grand pouvoir de négociation et pour parvenir à gérer l’offre de lait pour la production de Pecorino Romano. « Les bergers sardes peuvent compter sur moi pour défendre leurs revendications justifiées », a déclaré le président du Parlement européen Antonio Tajani, ajoutant qu’il « travaille aux côtés du commissaire à l’agriculture Phil Hogan pour garantir que le dur labeur des bergers sardes soit justement rémunéré ».

Les présidents de la Commission et du Parlement ont tous deux déclaré récemment qu’il n’était pas normal que le prix d’un litre de lait soit moins élevé que celui d’un litre d’eau ou d’une tasse de café.

La bénédiction de Bruxelles

Gian Marco Centinaio présentera à la Commission son plan gouvernemental pour augmenter le prix du lait de brebis. Le projet comprend une aide publique de 49 millions d’euros pour retirer les fromages invendus du marché. Le porte-parole du ministre a déclaré qu’il répondrait aux questions des journalistes après sa réunion avec le commissaire européen. Obtenir la bénédiction, même informelle de Bruxelles, pourrait aider la position de négociation du gouvernement italien.

Certaines organisations de consommateurs italiens considèrent en effet qu’un retrait obligatoire des fromages invendus constituerait une aide d’État illégale qui causerait l’augmentation des prix au détail.

« Selon nos experts, ce n’est pas une aide d’État », a déclaré le ministre de l’Agriculture à l’occasion d’une conférence de presse récente. La volonté de réduire l’offre excessive sur le marché est une forme traditionnelle d’intervention publique connue sous le nom d’aide au stockage privé (ASP). Cette mesure est autorisée dans le secteur des produits laitiers avec une indication géographique, (comme prévu dans le cadre de l’organisation commune des marchés des produits agricoles (OCM) de 2013), mais doit être examinée et approuvée par la Commission.

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