Six États membres réclament une alternative au glyphosate

Plusieurs membres de l’UE ont envoyé une lettre à la Commission européenne en décembre pour demander qu’une étude soit menée pour trouver une alternative à la substance controversée.

Dans leur lettre au vice président de la Commission européenne, Frans Timmermans et au commissaire en charge de la santé, Vytenis Andriukaitis, les ministres de l’Agriculture de France, de Belgique, de Grèce, du Luxembourg, de Slovénie et de Malte ont réitéré leurs inquiétudes à propos des risques générés par l’utilisation du glyphosate.

En novembre dernier, le comité d’appel, constitué d’experts des États membres et de la Commission européenne, a renouvelé l’autorisation de la substance controversée après un revirement de dernière minute de l’Allemagne, qui a permis à l’exécutif européen d’atteindre la majorité qualifiée nécessaire.

Le glyphosate réautorisé pour cinq ans

L’herbicide a été réautorisé pour 5 ans, lors d’une vote à la majorité qualifiée des États membres a finalement réautorisé la vente du glyphosate. 18 pays, dont l’Allemagne qui a changé d’avis, ont voté pour, face à neuf contre dont la France.

Les six ministres soulignent la nécessité d’un plan de sortie du glyphosate en s’appuyant notamment sur l’initiative citoyenne européenne signée par plus d’un million de personnes réclamant l’interdiction de la substance ainsi que sur une résolution du Parlement européen demandant des mesures pour son abandon d’ici au 15 décembre 2022.

« Nous invitons la Commission européenne à accompagner la décision du renouvellement de mesures destinées à limiter les risques et à préparer un plan de sortie du glyphosate en accompagnant les agriculteurs », indique la lettre.

Les États membres estiment également que l’exécutif devrait mener une étude sur les alternatives (chimiques, mécaniques ou biologiques) aux utilisations principales du glyphosate.

Nous ne pouvons pas rester indifférents

La lettre souligne aussi que la France, le plus fervent opposant au glyphosate, prévoit de diriger un groupe de travail visant à développer des alternatives et garantir un abandon rapide du glyphosate.

Pour le ministre grec du Développement agricole, Evangelos Apostolou, qui a aussi voté contre la réautorisation du glyphosate, l’inquiétude sociale que cela génère ne peut pas laisser les décideurs politiques indifférents.

« C’est dans notre devoir de pousser dans la direction de la gestion de risques, dans l’intérêt des consommateurs, des producteurs et de l’environnement », a-t-il déclaré.

Nouvelle étude

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont pourtant approuvé la substance et soutenu qu’il était peu probable que l’exposition à cette substance dans la nourriture pose un risque cancérigène pour les humains.

La même opinion a été partagée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

Seul le CIRC, le Centre international de recherche sur le cancer, a exprimé des inquiétudes sur le glyphosate, concluant en 2015 que l’herbicide était « probablement cancérigène pour les humains ».

L’EFSA a indiqué avoir réalisé une analyse approfondie et pris en compte les résultats du CIRC. Greenpeace qualifie pour sa part le rapport de l’EFSA de « camouflage ».

Isolé sur le glyphosate, le CIRC répond

Le Centre international de recherche sur le cancer, le CIRC, émanant de l’OMS, n’en démord pas : le glyphosate, pesticide le plus utilisé au monde, est probablement cancérigène. L’agence est cependant isolée.

Les six États membres veulent qu’une nouvelle étude soit réalisée par les agences européennes en coopération avec les agences nationales des pays membres volontaires ainsi que l’OMS et le CIRC sur la nature cancérigène de la substance active du glyphosate. Ils veulent également « obtenir et examiner les autres données disponibles ».

Enfin, les ministres proposent la simplification du cadre régissant l’évaluation comparative pour faciliter la substitution des substances lors de l’examen des demandes d’autorisation de placement sur le marché et le développement d’alternatives à des produits chimiques.

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