L’agriculture intelligente traque les émissions d’ammoniac

Les émissions d'ammoniac proviennent avant tout du bétail. [Syda Production]

En modifiant ses technologies et pratiques, le secteur agricole pourrait réduire son empreinte carbone et ses émissions d’ammoniac.

« Nous savons tous quelles sont les causes des émissions d’ammoniac, et quel est leur impact sur la santé », a assuré Veronica Manfredi, directrice de DG Envi. « Notre objectif est de diviser par deux le nombre de victimes d’ici 2030. »

Veronica Manfredi est intervenue lors d’un atelier-débat organisé par Euractiv le 16 mai dernier à Bruxelles. Outre la représentante de la Commission européenne, la discussion a également réuni des responsables du secteur agricole ainsi qu’un membre de la recherche scientifique.

La réduction des émissions d’ammoniac du secteur agricole commence par une alimentation adaptée pour les animaux, poursuit la représentante européenne, qui précise que les États peuvent recevoir des investissements dans ce domaine, mais qu’ils doivent les utiliser.

« Différentes technologies voient le jour et il y a une réelle prise de conscience parmi les éleveurs, leurs représentants et les acteurs institutionnels », assure-t-elle.

L’agriculture à elle seule représente environ 94 % de toutes les émissions d’ammoniac de l’UE. La plupart de ces émissions, 80 % selon Greenpeace, provient des excréments du bétail, et le reste concerne l’application d’engrais. Or, la contamination de l’air à l’ammoniac a des conséquences négatives pour l’agriculture et la santé humaine.

« Il faut faire la différence entre les émissions de gaz à effet de serre et les émissions d’ammoniac », explique Pedro Parenti, de l’organisation Yara. « Il ne faut pas uniquement s’occuper des gaz à effet de serre, mais aussi de l’ammoniac. »

Luc Vernet, conseiller principal du groupe de réflexion Farm Europe, souligne pour sa part que l’un des moyens les plus durables de réduire les émissions d’ammoniac dans l’agriculture européenne est d’utiliser l’agriculture intelligente et les engrais à base de nitrates.

« Il est crucial de développer de nouvelles technologies et de permettre à un plus grand nombre d’agriculteurs d’adopter l’agriculture de précision. Par conséquent, nous devons soutenir financièrement les agriculteurs et favoriser le transfert de connaissances afin de réduire les émissions, l’impact environnemental et d’améliorer la gestion des intrants », estime-t-il.

Une baisse de production n’est pas un problème pour les agriculteurs, estime-t-il, l’essentiel étant de maintenir le niveau de production agricole tout en réduisant les émissions d’ammoniac et de gaz à effet de serre.

« La productivité du capital a diminué au cours des dernières années, le secteur agricole a besoin de plus d’investissements pour trouver des solutions pour protéger l’environnement », avertit-il, ajoutant que les agriculteurs ont besoin de solutions communes au niveau de l’UE, et pas seulement au niveau régional, pour s’assurer que la PAC est efficace à la fois pour eux et pour l’environnement.

Pour Pedro Parenti, tous les agriculteurs, producteurs de denrées alimentaires et consommateurs devraient être consultés avant l’introduction de nouveaux types de produits chimiques dans l’agriculture.

Question climatique

« L’abandon des terres est la pire gestion des nutriments que l’on puisse avoir », déclare pour sa part Evangelos Koumentakos, conseiller politique chargé du changement climatique, de l’air, du sol, des déchets et des émissions de la Copa-Cogeca, l’association européenne des agriculteurs et des coopératives agricoles.

« C’est pourquoi nous devons soutenir les agriculteurs, les consulter et leur donner des options qui ne mettront pas en péril leur viabilité économique, parce que nous devons contribuer à réduire les émissions et à augmenter leur absorption dans le cadre de l’Accord de Paris, ainsi que dans le cadre des objectifs de développement durable de l’ONU », précise-t-il. « L’agriculture a déjà réduit ses émissions et aura besoin des bons outils, de la flexibilité et des bonnes technologies pour pouvoir continuer. »

Pour ce faire, les agriculteurs et tous les acteurs de l’agriculture doivent avoir une vue d’ensemble et ne pas se concentrer uniquement sur des questions isolées. Sinon, tout le monde risque de perdre du temps et de ne pas avoir de solutions efficaces.

« Les parties prenantes doivent s’unir et aller au-delà de leurs différences pour trouver de vraies solutions pour réduire les émissions dans le secteur agricole », insiste-t-il.

Une position qui ne fait pas l’unanimité. L’eurodéputé Paul Brannen (S&D) affirme par exemple que lorsqu’il s’agit du changement climatique, la Copa-Cogeca s’en tient à sa position défensive et conservatrice et manque d’idées, « comme d’habitude ».

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