Sommet de l’Élevage : le revenu agricole et la protection du marché européen au coeur des débats

Revenant sur la loi Egalim à l'occasion du Sommet de l'Élevage, Julien Denormandie a admis que cette loi « n’a pas du tout été suffisante » pour garantir des revenus acceptables aux éleveurs français. [Studio Romantic/Shutterstock]

A quelques mois de la présidence française du Conseil de l’UE, le Sommet de l’Élevage qui se déroule depuis ce mardi (5 octobre) à Clermont-Ferrand aura présenté l’occasion pour le ministre français de l’Agriculture comme pour plusieurs eurodéputés de revenir sur les enjeux agricoles aux niveaux français et européen.

La rémunération d’abord : alors que députés et sénateurs français viennent d’adopter la proposition de loi visant à protéger la rémunération des agriculteurs (dite Egalim 2) en commission mixte paritaire, ce lundi (4 octobre), le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie est, lui aussi, revenu sur la question du revenu agricole lors de son déplacement à Clermont-Ferrand pour l’ouverture du Sommet de l’Élevage, mardi (6 octobre).

« Notre boulot, c’est de s’assurer que tout le monde respecte les nouvelles règles du jeu », a-t-il fait savoir en référence à la proposition de loi qui, pour rappel, doit offrir plus de marge de manœuvre aux agriculteurs lorsque ceux-ci négocient les prix de vente de leurs produits avec la grande distribution.

Le ministre admet que la loi Egalim actuellement en vigueur « n’a pas du tout été suffisante » pour garantir des revenus acceptables aux éleveurs français : « on sait aujourd’hui qu’un producteur n’est pas assez payé parce que le prix est beaucoup trop capté par l’industriel et la grande distribution », a affirmé M. Denormandie sur France Bleu à l’occasion du sommet.

Le ministre a également rappelé sur Twitter que « notre élevage est un élevage de qualité et doit être rémunéré comme tel ».

Annonce majeure, M. Denormandie souhaite contractualiser la commercialisation de bovins à partir de 2022, rapporte Réussir. Une nouvelle saluée par la Fédération nationale bovine – qui y voit la meilleure manière de rétablir de la transparence dans les relations commerciales et de permettre aux producteurs de peser dans la négociation des prix de leurs animaux – mais qui ne fait pas l’unanimité parmi les éleveurs.

Dans un communiqué publié ce mercredi (6 octobre), le syndicat Coordination Rurale revendique ainsi une contractualisation volontaire : « Si les contrats étaient porteurs de prix, les éleveurs iraient d’eux-mêmes vers cette démarche », selon le responsable de la section Viande du syndicat, Alexandre Armel. « Dans le cas contraire, [la contractualisation], c’est encore les empêcher de prendre en main leur commercialisation », ajoute-t-il.

Sortir des pesticides et de la dépendance protéinique : les promesses d'Emmanuel Macron

A l’occasion du Congrès mondial de la nature qui se déroule à Marseille cette semaine, le président s’est engagé sur une sortie accélérée des pesticides et de la déforestation importée. Le ministre de l’Agriculture rappelle, lui, la « responsabilité collective » dans ces dossiers.

La réciprocité, grande priorité de la France pour sa présidence du Conseil de l’UE

Au-delà du niveau français, la question de la juste rémunération des éleveurs est aussi et surtout un enjeu européen, tout comme les interrogations plus larges autour de l’attractivité du métier d’agriculteur. En effet, à quelques mois de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne – que la France assurera du 1er janvier au 30 juin 2022 -, le sujet de la concurrence déloyale domine les débats.

De son côté, le ministre français de l’Agriculture promet de porter la question des clauses miroirs au niveau européen pendant ces six mois à la tête de l’Union. « Qui peut comprendre qu’on importe en Europe des produits qui n’auraient pas le droit d’y être produits ? C’est contre l’environnement et ça détruit notre agriculture », avait tweeté M. Denormandie ce lundi.

Entre des standards environnementaux et sanitaires rigoureux dans le cadre du Pacte Vert européen et de la nouvelle Politique agricole commune et des demandes sociétales pour plus de respect du bien-être animal, « si l’Europe continue à augmenter la qualité de son alimentation, cela va nécessiter de la réciprocité dans le commerce international », rappelle également l’eurodéputé français Jérémy Decerle (Renew) en entretien avec EURACTIV.

Propos appuyé par l’eurodéputée française Irène Tolleret (Renew) qui a participé, aux côtés de MM. Denormandie et Decerle, à une table ronde sur les enjeux agricoles pour la future présidence française du Conseil de l’UE à l’occasion du Sommet de l’Élevage, ce mardi.

Il ne fallait pas avoir peur du Pacte Vert européen, a déclaré Mme Tolleret à EURACTIV en revenant sur son intervention au sommet, mais le travailler « tous ensemble » pour en « enlever les éléments irréalistes » et en faire une politique « concrète, pragmatique et qui respecte l’existant ». Si le monde agricole européen était prêt et capable de répondre aux exigences de durabilité formulées par cette politique phare de la Commission européenne, il fallait continuer à le soutenir pour éviter une réduction de la production, une augmentation des importations et, en conséquence, une délocalisation des émissions de gaz à effet de serre vers les pays tiers à travers cette dépendance accrue aux importations.

Ainsi, le « plus grand trou dans la raquette, c’est la protection du marché européen », selon l’eurodéputée. « On ne peut pas mettre en place cette politique du Pacte Vert si nous ne disposons pas des moyens de protéger notre marché » – et donc les producteurs européens, avertit Mme Tolleret. Faute de ces moyens, la mise en œuvre du Pacte Vert « créera une alimentation à deux vitesses et tuera les filières agricoles les plus fragiles ».

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