Le protectionnisme menace les exportations alimentaires européennes

Le Canada exporte 2,2 milliards d'euros de produits alimentaires chaque année en Europe. [C./Flickr]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Valoriser l’agriculture.

Le Brexit et les décisions prises par Donald Trump depuis son arrivée à la présidence américaine laissent planer l’incertitude sur l’avenir des exportations alimentaire de l’UE. Un article d’EFEAgro.

Après avoir bravé des obstacles tels que l’embargo russe contre les produits européens, les exportateurs de l’UE doivent à présent composer avec un avenir teinté de doutes, en raison des élections cette année en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. L’évolution du taux de change euro-dollar et de la livre sterling ne manquera pas non plus d’apporter son lot d’incertitudes.

À peine un mois après son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a déjà mis à exécution sa promesse de défendre les frontières américaines. Le 23 janvier, il a signé un décret pour retirer les États-Unis du Partenariat transpacifique (TTP), un accord de libre-échange signé avec onze autres pays.

Le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), traité de libre-échange en négociation entre les États-Unis et l’UE depuis 2013, semble quant à lui être la dernière des priorités du président. Ce partenariat a suscité la controverse dans le secteur agroalimentaire ainsi qu’au sein des gouvernements et des partis politiques.

D’après Javier Guevara, directeur du département aliments et gastronomie de l’Institut du commerce extérieur (ICEX), « les perspectives commerciales pour les produits alimentaires européens restent positives », malgré quelques « obstacles ».

>> Lire : Les exportations agricoles espagnoles explosent

Entre autres, il cite l’embargo russe sur les importations européennes, les « incertitudes » dans les relations avec les États-Unis et l’incidence du « Brexit » sur l’économie européenne.

Par conséquent, il préconise que l’Union « continue à dénicher de nouveaux marchés en Asie, en Amérique latine et en Afrique ». L’ouverture de tels marchés permettrait en effet de pallier ces difficultés, qualifiées de « conjoncturelles » par les spécialistes.

Pour l’heure, les coopératives et organisations agricoles misent toujours sur les éventuels changements à venir.

« Ce peut être une gageure ou une aubaine », explique Gabriel Trenzado, responsable des relations internationales de la coopérative agroalimentaire espagnole. Selon lui, il convient de comprendre les accords commerciaux « dans leur ensemble » et, en particulier pour l’UE, de « ne pas les signer à la hâte ».

Pour le moment, a-t-il ajouté, l’industrie agroalimentaire espagnole n’a pas ressenti d’effets « immédiats » découlant de ces décisions. Le commerce demeure « très fluide » avec les États-Unis, même si « Trump a prouvé qu’il fera ce qu’il a promis ».

>> Lire : Paris compte sur l’effet Trump pour faire bouger la politique commerciale de l’UE

Ignacio Lopez, responsable des relations internationales au sein de l’association espagnole de jeunes agriculteurs (ASAJA), conseille aux agriculteurs de rester sur leurs gardes tant que les négociations du TTIP ne seront pas officiellement closes, étant donné que personne ne connait « les intentions futures des négociateurs européens ».

Il se montre aussi particulièrement préoccupé par l’intention de l’UE de relancer les négociations pour la signature d’un accord de libre-échange avec le Mercosur. Les normes de production agricole dans cette communauté économique d’Amérique du Sud sont nettement moins strictes qu’en Europe, ce qui pourrait porter préjudice aux agriculteurs européens.

Miguel Blanco, secrétaire général des organisations espagnoles d’agriculteurs et d’éleveurs (COAG), a souligné que tous ces changements entraînaient « une énorme incertitude » dans le secteur en termes d’orientation de la production et du marché.

Selon lui, « si le TTIP est néfaste à tous les niveaux », surtout pour la qualité et la sécurité alimentaires, « adopter les normes de Donald Trump » serait encore pire.

L’association des petits agriculteurs espagnols (UPA) réaffirme son « opposition catégorique » au TTIP, convaincue que le traité utilisera l’agriculture et le bétail comme monnaie d’échange. Elle reconnaît toutefois que son « annulation définitive, comme celle de tout autre traité impactant l’économie mondiale, ne serait pas une raison de se réjouir ni d’être sereins ».

D’après l’UPA, le soutien de Donald Trump à d’autres chefs d’État, tels que Vladimir Poutine, qui a « ravagé l’agriculture espagnole à cause de son embargo », fait craindre que les États-Unis « puissent prendre en considération ce genre de dispositions protectionnistes dans son catalogue de mesures politiques ».

Alors que l’incertitude règne autour du TTIP et de l’avenir de l’UE après le Brexit, l’Union se tourne vers d’autres marchés, tels que le Canada. Le 15 février, le Parlement européen a massivement approuvé un accord de libre-échange historique entre l’UE et le Canada (CETA).

>> Lire : Le Parlement européen approuve l’accord UE-Canada à une large majorité

Le Canada constitue un marché important pour l’Union européenne. En 2015, les ventes de produits agroalimentaires européens au Canada ont avoisiné les 3,42 milliards d’euros, contre 2,2 milliards d’euros d’importations.

La Canada se place ainsi au neuvième rang des destinations d’exportations agroalimentaires de l’UE en dehors de ses frontières. Les États-Unis se positionnent quant à eux sur la première marche du podium, suivis de près par la Chine et la Suisse. D’après la Commission européenne, parmi les produits européens les plus exportés sur le marché canadien, figurent le vin, le vermouth, le cidre, le vinaigre, les liqueurs, les spiritueux, le chocolat, les confiseries et les glaces.

Les exportateurs européens de l’industrie agroalimentaire, véritable moteur malgré la crise économique, et en particulier les Espagnols, retiennent leur souffle en attendant de prendre la mesure des conséquences de cette période d’incertitudes politiques au niveau mondial.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.