Spiruline : dernière tendance ou aliment du futur ?

La spiruline consommée en France provient en majorité de Chine, d'Inde et des États-Unis. [Olivier Le Moal/Shutterstock]

Alors que l’Assemblée nationale se penche sur la question du développement des protéines végétales en France, retour sur un aliment aux fortes teneurs protéiniques : la spiruline.

Nous n’avons jamais autant analysé nos assiettes. À l’heure où la liste nutritionnelle des aliments se trouve à portée de clic, la question des protéines est au centre des débats. Et ce jusqu’au plus haut sommet de l’État. Pour preuve : en septembre dernier, le gouvernement a annoncé vouloir accorder 100 millions d’euros au développement de protéines végétales en France. La « Stratégie nationale sur les protéines végétales pour l’alimentation humaine et animale » a été discutée à l’Assemblée nationale lundi (26 octobre).

Que ce soit pour des raisons sanitaires ou environnementales, consommer moins de viande est – et sera à l’avenir – essentielle. Pour pallier d’éventuelles carences, végétariens, écolos ou sportifs, qui optent pour un régime moins carné, se tournent vers d’autres sources de protéines. L’une d’entre elle semble avoir la cote depuis quelques années : la spiruline.

400 tonnes consommées en France

De son petit nom scientifique « Spirulina arthrospira platensis », cette micro-algue de la famille des cyanobactéries est, comme son nom l’indique, une bactérie microscopique qui se développe naturellement en eau douce dans les lacs des régions tropicales d’Asie et d’Afrique. Vantée par les magazines et les sites de santé pour ses fortes teneurs en protéines, la spiruline est très appréciée en France : selon une récente étude de Darwin Nutrition et de la Fédération des spiruliniers de France (FSF), les Français en consomment près de 400 tonnes par an.

« La spiruline est un aliment aux fortes teneurs nutritionnelles. Elle est riche en vitamines, minéraux, oligo-éléments et acides gras. Elle est surtout une importante source de protéines », énumère Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste. Cet indice protéinique a fait de la spiruline un aliment star des réseaux sociaux : photos de smoothies à base de spiruline, vente de cachets, de gélules ou de poudre… Un hashtag #spirulina a même vu le jour.

La lutte contre la malnutrition

Bien avant l’arrivée d’Instagram, la spiruline intriguait les experts. L’OMS a créé en 2003 l’IIMSAM, une institution intergouvernementale pour l’usage des micro-algues spiruline contre la malnutrition. Depuis, l’ONU et des ONG comme la Croix-Rouge développent des missions de secours alimentaire à base de cet aliment. Même la NASA et l’Agence spatiale européenne s’y intéressent et ont annoncé vouloir en cultiver lors de mission dans l’espace.

Cet intérêt des entreprises et gouvernements n’a rien d’étonnant : les fortes teneurs nutritionnelles de la spiruline en font un aliment phare en cas de carences alimentaires. Outre les protéines qu’elle contient, la spiruline est également composée « de nombreux agents antioxydants, avec des protecteurs cellulaires qui améliorent notre immunité et notre résistance aux infections », souligne Arnaud Cocaul.

Utilisée dans les régions frappées de famine, elle est par ailleurs facile à cultiver. Selon la FSF, la culture de spiruline requiert en moyenne dix fois moins d’eau que n’importe quelle autre culture, soit 20 fois moins que dans la culture céréalière et cent fois moins que dans l’élevage. Sans compter que ses rendements protéiques à l’hectare sont bien supérieurs : alors que la spiruline produit 30 à 50 tonnes de protéines par hectare, les cultures de soja n’en produisent que 2,5 tonnes.

Une filière française

Intéressante dans le cadre d’un régime végétarien, elle serait donc également bonne pour l’environnement. À noter que la spiruline, appartenant à la famille des cyanobactéries, est capable de photosynthèse : elle capte donc le dioxyde de carbone (CO2) et libère du dioxygène (O2).

Les 400 tonnes de spiruline ingurgitées en France permettraient-elles donc de lutter contre le réchauffement climatique ? Pas sûre, car dans 90 % des cas il s’agit de spiruline importée, notamment de Chine, d’Inde et des États-Unis. Pourtant, une filière française de la spiruline existe. Cultivée principalement dans le sud de la France pour son ensoleillement, la spiruline « made in France » tend à se développer. De 2014 à 2018, la surface cultivée de spiruline a d’ailleurs doublé, passant de 30 000 m² à un peu plus de 61 000.

Développer une production française pourrait être « très intéressant », selon Arnaud Cocaul : « Au lieu de prendre des compléments alimentaires, on a avec la spiruline une source naturelle de minéraux et de vitamines. Je suis plutôt pour la limitation des compléments alimentaires. Varier ses apports et prendre des algues pour se booster d’un point de vue immunité me paraît être une démarche intelligente. »

Que ce soit dans la lutte contre la malnutrition, pour compenser des carences, ou dans le cadre d’un régime végétarien, la spiruline apparait comme un allié de choix. Attention cependant à ne pas extrapoler ses vertus. Consommer de la spiruline pour perdre du poids ou prendre de la masse n’aurait « aucun sens », selon le nutritionniste. Son atout principal reste avant tout ses bienfaits santé, qui doivent « nécessairement être associés à une alimentation saine et équilibrée ». Avis aux amateurs de pommes : le dicton britannique ‘One apple a day keeps the doctor away’ reste d’actualité.

Protéines végétales : la France souhaite développer sa culture nationale

Le gouvernement français entend allouer 100 millions d’euros pour développer les cultures de protéines végétales en France. Une décision qui répond à des enjeux commerciaux plus qu’environnementaux.

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