Les difficultés du secteur agricole se multiplient en Grèce

«Les engrais sont entre 60 et 80 % plus cher en Grèce qu’en Italie.» [Oleve Family Estate and Products/Flickr]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Nouveaux défis pour la rentabilité de l’agriculture européenne.

En Grèce, le faible pouvoir des coopératives agricoles et l’augmentation des coûts généraux de production font gonfler la facture des agriculteurs et des consommateurs.

En Grèce, les coûts de production augmentent plus rapidement que la valeur de la production. Au total, les agriculteurs déboursent environ 5,1 milliards d’euros par an pour pouvoir assurer la production.

Face à une crise économique sans précédent, les consommateurs grecs ont vu leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil. En 2008, au début de la crise, 11,2 % des Grecs signalaient des pénuries de produits de base. Sept ans plus tard, ce chiffre est monté à 22,2 %.

Les prix des aliments n’ont cependant pas chuté en même temps que les revenus. En effet, les prix finis ont même augmenté, à cause d’une série de facteurs allant de l’augmentation des coûts de production au manque de stratégie des coopératives.

Énergie et alimentation animale

L’énergie et l’alimentation des animaux représentent à eux seuls 60 % des frais de production des agriculteurs-éleveurs grecs, explique Giannis Tsiforos, spécialiste de l’agroalimentaire à Gaia Epixeirein, un cabinet-conseil qui rassemble agriculteurs, secteur informatique et banques.

« Malheureusement, en Grèce, nous avons le diesel le plus cher de toute l’UE », ajoute-t-il. « En 2015, le retour des droits d’accise sur le pétrole pour les agriculteurs a été aboli dans le cadre du programme de renflouement », note-t-il, ajoutant que malgré la chute des prix du pétrole, les coûts de l’énergie resteraient élevés.

En ce qui concerne la nourriture pour animaux, le spécialiste fait remarquer que cela provient des cultures protéagineuses, et particulièrement du soja. « Nous n’avons pas été en mesure d’utiliser nos propres cultures protéagineuses pour répondre à la demande, donc l’alimentation animale reste chère », indique-t-il.

Vassilis Parolas, directeur général de l’association des coopératives agricoles de la région de Thesprotia, est du même avis. En ce qui concerne les engrais, il souligne que la vente s’est concentrée sur quelques entreprises qui ont presque acquis le contrôle total du marché.

« On pourrait dire que cela fonctionne comme un cartel au niveau des coûts de production. Les engrais sont entre 60 et 80 % plus cher qu’en Italie », par exemple, et le même pourcentage s’applique aux pesticides. « Pour les pesticides, ce sont les mêmes multinationales qui vendent à des prix différents en Italie et en Grèce, tout en transférant leurs profits vers des pays où les taxes sont moins élevées. »

Le coût des médicaments vétérinaires est en outre dix fois plus élevé en Grèce qu’en Bulgarie ou en Turquie, les pays voisins. « Tous les exploitants du nord de la Grèce vont en Turquie pour acheter des médicaments vétérinaires, c’est exactement les mêmes », assure-t-il.

Position de force

En Grèce, les intermédiaires et les grossistes ont une position de force au sein de la chaine d’approvisionnement. Dans le secteur des fruits et légumes, ces derniers prélèvent un taux extrêmement élevé, entre 45 et 75 %.

Les circuits courts s'imposent chez les agriculteurs européens

Les marchés locaux, sur lesquels agriculteurs et producteurs vendent directement au consommateur, se sont multipliés ces dernières années, autant dans les villes qu’à la campagne.

Giannis Tsiforos estime que la part des producteurs ne dépasse pas les 8 ou 10 % du profit, le reste étant absorbé par les intermédiaires et vendeurs. En outre, des pratiques commerciales injustes, comme les paiements tardifs, rendent la vie des agriculteurs encore plus difficile. « Les retards de paiements s’élèvent de 90 à 120 jours, soit près du double de ce qui se fait dans les autres États membres. »

Pour couvrir leurs coûts de production, les agriculteurs sont donc obligés de faire des emprunts, qui, dans le meilleur des cas, comportent un taux d’intérêt de 6 %. « Des mesures spécifiques devraient être prises […] le marché ne peut être complètement incontrôlé », prévient le spécialiste de Gaia Epixeirein.

Coopératives affaiblies

La force de frappe limitée des coopératives a aussi un impact négatif sur les coûts de production et les prix des denrées alimentaires dans le pays. La privatisation de grandes coopératives a participé à la confusion du système.

Actuellement, la production des coopératives est d’environ 10 % de la production nationale totale. Cette portion limitée élargit encore le gouffre entre agriculteurs et consommateurs, et favorise les intermédiaires à s’emparer de pans entiers de la production, au détriment des producteurs et des consommateurs, note le directeur général de l’association des coopératives agricoles de Thesprotia.

Il cite l’exemple de KYPE, la coopérative de céréales, légumineuses et alimentation animale, qui a été fermée en 1992. « Toutes les coopératives grecques qui produisaient des céréales passaient par elle, puis la production était distribuée », explique-t-il.

Dans le cadre d’un effort contre la croissance des coûts de production, une entreprise nationale est en cours de création. Elle se composera d’actionnaires « sains » de coopératives. « En augmentant le volume de la demande en matières premières, nous renforçons notre position de négociation dans la chaine alimentaire », se félicite Vassilis Parolas.

Il estime par ailleurs qu’en réduisant les coûts associés aux pesticides et aux semences, on pourra sortir d’un système où le consommateur supporte trop de coûts, alors que le producteur ne gagne pas assez.

Referring to the impact of the Russian embargo on Greek agricultural products, Giannis Tsiforos, an agri-food expert at Gaia Epixeirein, said, “Many producers have turned to Saudi Arabia and Gulf countries to fill the Russian embargo gap and this had a positive result”.

“Exports in 2016 reached €5.6 billion, a 6.7% increase compared to 2015. This creates optimism about the progress of exports as the deficit of the agricultural products trade balance has been reduced to less than €500 million annually,” he noted, adding that farmers have mitigated to a very significant extent the consequences of the Russian embargo.

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