L’Italie veut distribuer des terres agricoles aux familles nombreuses

Le gouvernement italien compte donner des terres aux familles sur le point d’avoir un troisième enfant, en espérant que cela contribuera à lutter contre le dépeuplement croissant des zones rurales.

« Fais l’éloge des grands domaines mais cultives-en un petit », clamait le poète latin Virgile dans le livre II des Géorgiques, exaltant le mode de vie rural.

Le gouvernement s’est peut-être inspiré de ces versets en présentant la mesure, qui vise à céder gratuitement de petites terres agricoles  de l’État aux familles attendant un troisième enfant.

Cette disposition figure dans le projet de proposition budgétaire controversé actuellement à l’examen au Parlement italien et vise à « encourager le développement socio-économique des zones rurales tout en soutenant la famille ».

Pour l’opposition, c’est une « mesure néo-médiévale », pour le gouvernement c’est un moyen de soutenir les familles et de lutter contre le dépeuplement rural : la proposition d’accorder une parcelle aux familles en croissance évoque le récit démodé de la redistribution des terres.

Coup de théâtre sur le budget italien

C’est une première pour l’UE : a Commission européenne a rejeté le budget italien pour 2019, estimant qu’il ne respecte pas le droit européen.

La moitié des parcelles à allouer dans le programme est constituée de terres agricoles appartenant à l’État et non utilisables à d’autres fins et l’autre moitié de zones abandonnées ou non cultivées du sud de l’Italie.

Selon une source gouvernementale, la mesure a été initialement proposée par le ministre de l’Agriculture Gian Marco Centinaio, mais a également été approuvée par la ministre des Affaires régionales Erika Stefani et le ministre des Affaires familiales Lorenzo Fontana, un ancien député européen bien connu pour son soutien à l’idée de la famille « traditionnelle ».

Tous les trois sont membres du parti de la Ligue du Nord du vice-premier ministre Matteo Salvini.

Contactées par Euractiv, des sources du gouvernement italien ont refusé d’entrer dans les détails du coût de la disposition puisqu’elle n’en est encore qu’au stade de la proposition. Ils ont ajouté qu’il y aurait un décret spécifique et ultérieur pour mettre en œuvre cette politique.

L’idée d’un « retour à la terre » renaît en Italie, en particulier parmi les jeunes, a déclaré le ministre Gian Marco Centinaio, ajoutant que la mesure est destinée à aider ces futurs agriculteurs à obtenir des terres.

Les jeunes agriculteurs, une espèce en voie de disparition ?

Les moins de 35 ans ne gèrent que 6 % des exploitations agricoles. La nouvelle politique agricole commune veut aider près de 180 000 jeunes agriculteurs à démarrer.

« On dit qu’en Italie, il y a peu d’enfants donc cette disposition a pour objectif d’inverser cette tendance. C’est pour cela que le ministère veut apporter sa contribution en encourageant en particulier les zones rurales, où les enfants continuent à naître », a-t-il déclaré dans une interview avec la chaine italienne Rai.

Une autre disposition du projet de loi de finances prévoit la création d’un fonds de 20 milliards d’euros au cours des trois prochaines années pour l’octroi de prêts bonifiés d’un montant maximum de 200 millions d’euros sur vingt ans pour l’achat du logement principal situé à proximité du terrain cédé.

Trois, le nombre magique

La répartition des terres agricoles durera au moins 20 ans et ne concernera que les familles avec un troisième enfant né en 2019, 2020 ou 2021.

Selon les données de l’ISTAT, l’institut italien des statistiques, le nombre de familles avec deux enfants s’élevait à 3 776 en 2017, en prenant en compte les couples qui ne peuvent plus avoir d’enfants.

Les chances sont donc faibles d’obtenir des terres gratuites pour les 4 203 familles italiennes qui n’ont qu’un seul enfant, à moins qu’elles donnent maintenant naissance à des jumeaux ou à un enfant l’année prochaine et un autre fin 2021.

Les familles qui ont déjà trois enfants ou plus sont exclues de la mesure qui vise à augmenter le taux de natalité, particulièrement bas en Italie.

Les naissances en Italie ont atteint un nouveau plus bas historique en 2017 avec seulement 458 141 nouveaux-nés, soit une baisse de 2 % par rapport à 2016.

La proposition doit également inclure les étrangers résidant en Italie depuis au moins 10 ans, faute de quoi elle serait remise en compte au niveau constitutionnel.

Bien que le taux de natalité des non-ressortissants diminue également en Italie, en raison des migrations massives, l’incidence des naissances étrangères sur le nombre total de naissances est passée de 4,8 % en 2000 à 14,9 % en 2012.

Les migrations ont fait décoller la démographie allemande en 2015

Sans l’arrivée massive de réfugiés, la plupart venus de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan, la population allemande aurait régressé, selon l’Institut Destatis. Un article de notre partenaire La Tribune.

La terre aux paysans !

Coldiretti, une organisation paysanne de premier plan représentant un demi-million d’agriculteurs, estime que les terres agricoles appartenant à l’État couvrent un demi-million d’hectares sur près de 13 millions d’hectares de superficie utilisés en Italie.

La valeur virtuelle de ces terres est d’environ 9,9 milliards d’euros. Le prix moyen d’un hectare en Italie est de 20 000 euros, soit près du double de celui de l’Allemagne et environ trois fois celui de la France.

« Ce sont des terres fertiles, même de grandes dimensions, mais la plupart du temps elles sont sous-utilisées parce qu’elles ne disposent pas d’une gestion entrepreneuriale capable de les mettre en valeur de manière adéquate », estime Coldiretti.

Selon l’organisation, donner ces terres aux agriculteurs permettrait d’alléger le fardeau de l’État en matière de culture de la terre, mais surtout, cela aurait l’avantage de répondre à la demande des nouvelles générations, pour qui le manque de terres disponibles pour la culture est le principal obstacle à l’entrée dans le secteur.

Critiques de l’opposition

Gianni Pittella, ancien chef du groupe S&D au Parlement européen et aujourd’hui sénateur italien, a qualifié cette mesure de « néo-médiévale ».

« Les politiques de soutien à la natalité et à la famille sont les bienvenues, mais il serait préférable de mettre en œuvre dans l’ordre juridique italien des mesures relevant du pilier social européen, telles que le congé pour les mères et les pères », a-t-il ajouté.

Matteo Di Paolo, coordinateur à Rome du parti d’Emma Bonino +Europa a déclaré qu’« au lieu de se concentrer sur la productivité languissante de notre agriculture, le gouvernement pense à construire de petites exploitations, mais plaide ensuite pour le protectionnisme alors que les produits italiens ne sont pas compétitifs ».

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