« Troisième révolution agricole » : le rôle de la génétique divise les esprits

Pour rendre notre système alimentaire plus durable, « l’innovation variétale jouera un rôle incontournable », selon l'Union française des semenciers. [Alexander Raths/Shutterstock]

L’Union française des semenciers appelle à soutenir l’innovation variétale dans le cadre du prochain quinquennat. Mais si le gouvernement souligne l’importance de la génétique dans le cadre de la « troisième révolution agricole » et qu’une nouvelle réglementation sur les OGM est examinée au niveau européen, les défendeurs de l’environnement alertent sur les risques d’une dérégulation.

Soutenir l’innovation variétale pour répondre aux défis de la souveraineté alimentaire et de la transition agroécologique : voilà l’une des demandes formulées par l’Union française des semenciers (UFS) lors de sa conférence de presse annuelle ce mercredi (3 novembre).

Continuer à investir dans la recherche sur la sélection variétale permettrait à la filière d’apporter des réponses importantes aux défis imposés notamment par le changement climatique, a soutenu le président de l’UFS Claude Tabel.

Alors que les aléas climatiques rendent les récoltes, notamment de légumineuses fourragères et de légumes secs, de plus en plus aléatoires, la sélection variétale pourrait permettre de rehausser la production, a-t-il fait savoir. Un enjeu important alors que la France veut reconquérir sa souveraineté alimentaire, et notamment protéinique.

Qui plus est, développer des variétés plus résistantes et productives permettrait de compenser les « reculs » de productivité que certains craignent dans le cadre des stratégies européennes « de la ferme à la fourchette » et sur la biodiversité, selon M. Tabel.

Pour rendre les filières agricole et alimentaire plus durable – c’est l’un des objectifs fixés dans le cadre du plan « France 2030 », présenté par Emmanuel Macron en octobre« l’innovation variétale jouera un rôle incontournable », estime-t-on du côté de l’UFS.

La filière demande ainsi à ce qu’un certain nombre d’enjeux soient relevés durant le prochain quinquennat : notamment le développement d’une « vision stratégique » pour l’agriculture à moyen et long terme, la mise en place d’une réglementation française et européenne « adaptée » pour la sélection variétale, ou encore un soutien accru à la recherche à travers des financements publics, selon la directrice générale de l’UFS, Rachel Blumel.

Danger ou potentiel ? La Commission européenne relance le débat sur les OGM

Avec son étude sur les nouvelles technologies génomiques (NTG) publiée jeudi (29 avril), la Commission européenne remet la réglementation OGM en Europe au cœur des débats. En France, les esprits sont divisés.

La génétique à l’appui de la « troisième révolution agricole »

Ces demandes interviennent alors que la Commission européenne est en train d’examiner la réglementation européenne sur les « nouvelles technologies génomiques » (NTG) en vue d’une refonte du cadre législatif en vigueur (selon lequel les NTG, qui permettent une modification du génome « dirigée » grâce à la technique des « ciseaux » moléculaires CRISP/Cas9, sont interdits dans l’UE au même titre que les organismes génétiquement modifiés (OGM)).

« Les produits issus des NTG peuvent contribuer à rendre les systèmes alimentaires durables », avait déclaré la Commission dans une étude controversée publiée en avril dernier.

Un avis que partage le ministre français de l’Agriculture. Après la généralisation du machinisme puis de l’agrochimie au dernier siècle, il s’agirait aujourd’hui de lancer la « troisième révolution agricole » en s’appuyant sur le numérique, la robotique et – la génétique, affirme Julien Denormandie dans une tribune publiée en octobre.

Les innovations variétales permettraient « de sortir d’impasses techniques auxquelles nous sommes encore trop souvent confrontés » ainsi que de « faciliter le travail de nos agriculteurs, de mieux préserver nos ressources, de limiter les émissions carbone, tout en augmentant la qualité nutritionnelle de nos productions », selon le ministre.

« Je ne vois pas l’intérêt de nous priver d’outils de recherche utilisés dans le monde entier », soutenait également l’eurodéputée française Irène Tolleret (Renew Europe), interrogée par EURACTIV en octobre. Soutenir la recherche et l’innovation serait non seulement une question d’adaptation au changement climatique, mais aussi d’autonomie stratégique : « Si on ne légifère pas au niveau européen, on laisse les États-Unis définir les règles du jeu », selon Mme Tolleret.

Une approche « biaisée dès le début », selon les ONG

Cette dynamique ne fait toutefois pas l’unanimité. Dans un courrier commun adressé à la Commission européenne en septembre, des dizaines d’ONG françaises et européennes fustigent une approche « biaisée dès le début ».

« La Commission fait trop confiance aux promesses invérifiables de l’industrie », affirment les signataires de la lettre qui critiquent le poids des développeurs d’OGM et de leurs groupes de lobbying dans le processus engagé par l’institution. Celle-ci suivrait « sans aucun sens de critique la « liste de voeux » de l’industrie des OGM pour la dérégulation ».

Les ONG alertent également que la Commission « ignore » les données scientifiques pointant les risques des NTG : la modification génétique pourrait notamment créer des mutations non-intentionnées aux « conséquences imprévisibles, dont potentiellement de la toxicité ou allergénicité inattendue ».

Une dérégulation des nouvelles techniques génomiques laisserait ainsi les consommateurs et l’environnement « sans protection », affirment les ONG.

Elle « empêcherait également les citoyens de savoir ce qu’ils mangent et les agriculteurs de savoir ce qu’ils sèment », renchérissent les auteurs du courrier. Les propositions de la Commission franchiraient des « lignes rouges » en matière de biosécurité, de transparence de l’information et de protection des consommateurs et « doivent être rejetées ».

 La Commission européenne prévoit une consultation publique sur le sujet d’ici l’été 2022 en vue de l’adoption d’une nouvelle réglementation courant 2023.

Agriculture et énergies renouvelables : vers une filière des « énergiculteurs » ?

Dans une proposition de résolution, les sénateurs Jean-François Longeot et Jean-Pierre Moga appellent au développement de l’agrivoltaïsme en France pour allier la production alimentaire et la transition énergétique.

Supporter

Ce partenaire soutient le travail d'EURACTIV sur Agriculture de précision. Ce soutien permet à EURACTIV de consacrer des ressources éditoriales supplémentaires pour couvrir le sujet plus amplement et en profondeur. Le contenu éditorial d'EURACTIV ne reflète pas les opinions de ses partenaires.

Corteva agriscience

Subscribe to our newsletters

Subscribe