Un think tank prône la libéralisation de l’agriculture britannique

Une politique agricole orientée vers le marché pourrait permettre au Royaume-Uni de devenir un leader international, selon une étude du groupe de réflexion Chatham House.

Si une agriculture tout entière tournée vers le marché pourrait favoriser la protection de l’environnement et l’atténuation des effets du changement climatique, elle causerait également des perturbations importantes au sein du secteur et serait très difficile à appliquer au niveau politique, estime le groupe de réflexion Chatham House, l’Institut royal des affaires internationales, dans son document.

Le groupe de réflexion présente quatre modèles agricoles que pourrait adopter Londres après sa sortie de l’Union européenne.

Le modèle protectionniste, similaire à ceux qui ont été choisis par le Japon, la Suisse et la Norvège, favorise la production domestique grâce à des barrières tarifaires et des prix élevés. Le modèle des aides découplées, celui de la Politique agricole commune européenne (PAC), soutient les revenus des producteurs, sans récompenser la surproduction. Ensuite, le modèle de l’assurance-revenu, utilisé au Canada et aux États-Unis, aide les agriculteurs en cas de crise.

Et enfin, le modèle libéral, orienté vers les marchés, adopté par la Nouvelle-Zélande et l’Australie, encourage une agriculture efficace, assure des prix raisonnablement bas, réduit la contribution des contribuables et ne crée pas d’inflation sur le prix de la terre, contrairement au modèle des aides découplées. Cette organisation implique la suppression des subventions à la fois liées aux terres et à la production, ainsi que la réduction des obstacles au commerce avec des pays tiers, ce qui permet au pays d’accéder à une grande variété de produits de partout dans le monde.

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Pour l’auteur du rapport, Ian Mitchell, chercheur associé de Chatham House, ce dernier modèle est le seul qui puisse offrir « un vrai potentiel de leadership mondial pour le Royaume-Uni hors Europe dans les dix ans à venir » et « permettrait au pays de bénéficier du libre-échange tout en respectant la promesse du gouvernement d’améliorer la situation environnementale ».

La transition ne serait cependant pas sans nuages. Non seulement le gouvernement devra convaincre des agriculteurs craignant la suppression des subventions liées à la terre qu’ils reçoivent dans le cadre de la PAC, mais il lui faudra aussi jongler avec une perturbation profonde du secteur et des suppressions massives d’emplois.

Le chercheur estime pourtant qu’à la condition d’installer les filets de sécurité appropriés, ces difficultés pourraient être surmontées à des coûts moins élevés que ceux qu’implique actuellement la PAC. En outre, les dépenses publiques pourraient être réallouées pour soutenir des programmes d’aide à l’emploi et financer des biens publics, comme l’environnement.

Un libéralisme cher payé

Si l’ouverture du secteur agricole à une plus grande concurrence internationale bénéficierait à certains producteurs, elle ne se ferait pas sans victimes. Pour les consommateurs, le prix des aliments diminuerait, grâce à l’accès aux produits des exploitations plus grandes, plus rentables de pays comme le Brésil et la Nouvelle-Zélande. Au Royaume-Uni, par contre, certains secteurs, surtout l’élevage, en pâtiraient gravement.

L’élevage de moutons représente une partie importante de l’économie au Pays de Galles, par exemple, où les prix faibles et un terrain difficile rendent la culture difficile et peu rentable, surtout à grande échelle. Un modèle plus libéral favoriserait les exploitations plus grandes, or, la concentration des terres est pratiquement impossible dans la plus grande partie de la région. Sans subventions et face à une concurrence plus rude, la plupart des exploitants seraient forcés de mettre la clé sous la porte.

Ian Mitchell souligne que les suppressions d’emplois liés à ces changements sectoriels ne seraient pas catastrophiques et que « les emplois perdus pourraient renaître dans d’autres secteurs, comme c’est normalement le cas dans une économie saine ». Cela ne représente que peu de réconfort pour une région où une personne sur quatre vit déjà sous le seuil de pauvreté, et il ne serait pas aisé au gouvernement de faire passer la pilule.

« La tension entre les engagements du gouvernement actuel en termes d’engagements publics aux marchés et au libre-échange et ses liens étroits avec le secteur agricole ne faiblira pas », admet le chercheur.

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Impact écologique incertain

De plus, si Ian Mitchell assure que le modèle hyper libéral a le potentiel d’avoir un impact bénéfique sur l’environnement, il ne s’agit pas exactement d’une issue évidente. L’impact écologique dépendrait en effet de la manière dont l’agriculture est gérée. Si la production de viande de mouton est délocalisée vers la Nouvelle-Zélande, par exemple, les bénéfices environnementaux locaux en termes de santé des sols, de préservation des puits de carbone et de réduction des émissions de gaz à effet de serre pourraient ne pas faire le poids face aux impacts négatifs à plus grande échelle.

Pour l’eurodéputée britannique écologiste Molly Scott-Cato, le modèle néozélandais est loin d’être parfait et « a mené à une augmentation de l’échelle des exploitations, avec des dommages écologiques considérables », notamment en ce qui concerne la destruction des habitats et la pollution au nitrate. « En outre, le taux d’extinction des espèces dans le pays est l’un des plus élevés au monde », rappelle-t-elle.

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