Le ministre britannique de l’environnement offre son soutien à l’édition génétique, mais s’écarte de la position de l’UE

Lors d’une réunion sur l’audit environnemental jeudi 18 juin, le secrétaire d’État britannique à l’environnement, à l’alimentation et aux affaires rurales, George Eustice, a offert son soutien à l’édition génétique, déclarant que le gouvernement britannique n’était pas d’accord avec la position de l’UE sur la question.

S’adressant aux députés par le biais d’un appel vidéo, George Eustice a déclaré que l’édition génétique était un domaine « que nous devons envisager si nous voulons réduire notre dépendance aux pesticides », soulignant qu’une meilleure résistance génétique serait importante pour lutter contre les parasites et les maladies.

Selon lui, le gouvernement britannique pense que « les techniques d’édition génétique comme CRISPR constituent en réalité une forme plus ciblée de sélection végétale conventionnelle, permettant de déplacer ou de modifier un gène particulier au sein d’une espèce donnée ». Il a ajouté qu’il considérait certaines de ces techniques comme « une extension de la sélection végétale conventionnelle ».

Toutefois, il a pris soin de préciser la distinction entre les organismes génétiquement modifiés (OGM) et les technologies d’édition génétique, en disant qu’il ne chercherait pas à modifier le cadre réglementaire sur les OGM.

Il a ajouté qu’il n’était pas certain qu’il soit « approprié » de réglementer les OGM et les organismes modifiés par le biais de techniques d’édition génétique de la même manière, s’écartant ainsi de la position de l’UE sur la question.

L'édition génétique suscite le débat à Bruxelles, mais pourrait se concrétiser à Londres

Tandis que l’UE réfléchit au possible rôle des innovations agricoles visant à protéger les récoltes de maladies, d’insectes et autres nuisibles, de l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni s’apprête à accueillir de nouvelles technologies post-Brexit d’édition génétique.

Ces remarques font suite à une lettre envoyée début juin à M. Eustice par le groupe parlementaire multipartite (APPG) sur la science et la technologie dans l’agriculture. La lettre exhorte le gouvernement à introduire un amendement au projet de loi à la Chambre des Lords – la chambre haute du Royaume-Uni – afin de stimuler l’innovation génétique après le Brexit.

L’amendement proposé donnerait aux ministres de nouveaux pouvoirs de consultation et de modification de la loi britannique sur la protection de l’environnement.

Les scientifiques, les agriculteurs, les phytogénéticiens et les éleveurs d’animaux britanniques pourraient ainsi avoir accès à de nouvelles technologies d’édition génétique.

À la question de savoir s’il s’attendait à une accélération de la réaction et de la réflexion du gouvernement britannique sur l’édition génétique après la période de transition, M. Eustice a répondu qu’il y avait « un certain nombre de domaines » où il estime « que l’approche de l’UE n’est pas la bonne et celui-ci en est un ».

Il a souligné que le gouvernement britannique était en désaccord avec l’arrêt de la Cour européenne de justice de 2018 qui a conclu que les organismes génétiquement modifiés relèvent, en principe, de la directive OGM. Il a précisé que le Royaume-Uni s’était efforcé de bloquer la décision.

Il a en particulier critiqué le fait que la décision soit fondée sur la « technicité juridique » plutôt que sur une « décision scientifique », affirmant que dans ce domaine, il était nécessaire de disposer d’un cadre décisionnel reposant sur la science.

Les discussions entourant l’adoption de la technologie s’intensifient alors que le Royaume-Uni envisage l’avenir de son secteur agricole dans l’ère post-Brexit.

La semaine dernière, plusieurs membres de la Chambre des Lords se sont prononcés en faveur de cette technologie lors de la deuxième lecture du nouveau projet de loi agricole britannique.

« Sur l’édition génétique, le gouvernement convient que l’approche de l’UE n’est pas scientifique », a déclaré Lord Gardiner au nom du gouvernement.

Il a ajouté que le gouvernement britannique était « déterminé à adopter une approche plus scientifique de la réglementation à l’avenir », mais a souligné que cette nouvelle approche ne serait pas adoptée sans une consultation appropriée.

La baronne Redfern a ajouté qu’elle espérait que le nouveau projet de loi agricole donnerait « aux scientifiques, aux agriculteurs, aux sélectionneurs de végétaux et aux éleveurs d’animaux le même accès aux nouvelles technologies d’édition génétique qu’au reste du monde ».

Le syndicat national des agriculteurs britanniques a également soutenu les appels en faveur de la nouvelle loi agricole afin de permettre aux agriculteurs britanniques d’accéder aux technologies d’édition génétique après le Brexit.

Toutefois, cette technologie demeure controversée et le soutien à l’inscription de l’édition génétique dans le nouveau projet de loi n’est en aucun cas unanime.

La commissaire à la santé s'interroge sur l'édition génétique

Stella Kyriakides, la nouvelle commissaire européenne à la santé, souhaite obtenir plus d’informations sur la question controversée de l’édition génétique. Pour l’heure, elle semble moins enthousiaste que son prédécesseur, Vytenis Andriukaitis.

Au cours du débat, la Baronne Parminter a souligné qu’elle « s’opposerait à toute tentative d’utiliser le projet de loi pour infirmer la législation existante sur l’édition génétique », ajoutant que ce serait « un sérieux pas en arrière pour le bien-être des animaux et la confiance du public dans notre alimentation ».

« Nous devons conserver le modèle européen de réglementation auquel nous adhérons actuellement, où aucune modification génétique n’est autorisée en dehors du laboratoire et où l’étiquetage obligatoire est requis, et nous ne devrions pas autoriser des accords commerciaux avec des pays comme l’Amérique, où des produits issus d’animaux génétiquement modifiés peuvent être commercialisés », a-t-elle ajouté.

Dans une déclaration publiée cette semaine, Wayne Copp, directeur exécutif de A Greener World UK, une organisation qui promeut les pratiques agricoles durables, a qualifié l’amendement de « pas en arrière ».

Il a averti qu’il représenterait « une complication supplémentaire si nous voulons sauver toute forme de relation commerciale avec l’UE où les organismes produits à l’aide de techniques d’édition génétique sont considérés comme des OGM ».

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