Le dilemme du Royaume-Uni face aux OGM

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Le Royaume-Uni ouvrira-t-il ses portes aux OGM après le Brexit ? Telle est la question qui taraude les esprits après que Michel Barnier a annoncé aux eurodéputés que Londres devrait maintenir des conditions équitables pour conclure un accord commercial.

Lors d’une réunion avec le Parlement européen, Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit pour l’UE, a déclaré que si le nouveau gouvernement britannique tentait de contourner des normes législatives européennes en matière de protection de l’environnement, un accord de libre-échange ne serait pas envisageable, ont révélé les eurodéputés.

Les discussions relatives à l’élaboration de politiques fondées sur la science au sein de l’UE sont devenues des sujets brûlants ces dernières années, et en particulier celles concernant les organismes génétiquement modifiés (OGM).

L’impact que peuvent avoir les OGM  lorsqu’ils sont diffusés dans l’environnement et le système alimentaire sème le trouble, car il reste inconnu et aux yeux des anti-OGM, les risques n’ont pas été correctement et suffisamment évalués.

En juillet 2018, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a clarifié la définition des OGM, déclarant que tout organisme obtenu par mutagenèse était un organisme génétiquement modifié et devrait donc être inclus dans la directive relative aux OGM.

Ce jugement fait partie d’une longue série de résolutions contre l’utilisation et l’importation d’OGM que l’UE a adoptées au cours des dernières années.

Toutefois, l’engagement du Premier ministre britannique Boris Johnson de libérer le secteur britannique des biosciences des réglementations européennes anti-OGM après le Brexit pourrait marquer un tournant dans l’attitude des Britanniques à l’égard des cultures génétiquement modifiées.

L’ouverture de Londres aux OGM serait un élément essentiel pour lui permettre de conclure rapidement un accord commercial avec les États-Unis.

Lors d’une conférence sur les méthodes de sélection des plantes à Bruxelles, le docteur Thorben Sprink du Julius Kühn-Institut en Allemagne, a déclaré que le Royaume-Uni tirerait au maximum profit du Brexit afin de rejeter la législation européenne « extrêmement stricte » et de promouvoir davantage de la recherche sur les OGM.

Le secrétaire général d’Euroseeds, Garlich Von Essen, a indiqué que ni les phytogénéticiens ni les agriculteurs ne voulaient se retrouver en « deuxième ligue » et que le Brexit permettrait au Royaume-Uni de mettre en place « une réglementation scientifiquement fondée ».

Liz O’Neill, directrice de GM Freeze, une association sans but lucratif qui lutte contre les OGM, a fait remarquer que la législation en la matière a déjà été identifiée comme une barrière non tarifaire au commerce, notant que Donald Trump avait signé un décret en juin pour forcer le Royaume-Uni (et l’UE) a ouvrir ses portes aux cultures génétiquement modifiées en provenance des États-Unis.

Elle a ajouté que Londres subirait sans aucun doute des pressions pour accepter les OGM et que le Brexit pourrait « ouvrir la porte à toutes les dérives, notamment permettre l’accès d’OGM non réglementés ».

Les agriculteurs bio s'inquiètent du cadre législatif des OGM cachés

Les nouvelles techniques de sélection des plantes doivent être couvertes par la législation relative aux OGM, selon la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (IFOAM).

Selon la Dr. Hellen Ferrier de l’union nationale des agriculteurs britanniques (NFU), la biotechnologie et les OGM « pourraient offrir des avantages multiples au grand public, aux exploitants agricoles et à l’environnement et pourraient aussi résoudre en partie des questions épineuses relatives à la production et à la consommation alimentaire ».

« Nous pourrions envisager différentes approches en matière de réglementation après le Brexit relatives à l’évolution et à l’utilisation de ces technologies. Leur possible impact sur les relations commerciales avec des partenaires cruciaux, l’UE ou les États-Unis, ne doit pas être perdu de vue. La mise en place d’instruments innovants pour surmonter les défis majeurs comme le changement climatique et les maladies liées à l’alimentation doit aussi rester au centre des préoccupations », a-t-elle affirmé.

Toutefois, elle a souligné que l’utilisation de la biotechnologie « devait être encadrée par des principes scientifiques éprouvés concernant son impact sur l’environnement et sur la santé ».

Le ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA) a déclaré ne pas  être en mesure de commenter les prochains processus décisionnels à ce sujet durant la période préélectorale.

Loin de faire l’unanimité auprès des consommateurs

Cependant, selon les ONG et les groupes anti- OGM, le soutien des citoyens britanniques aux OMG reste faible.

Pour Liz O’Neill, « le public s’oppose sans cesse à l’utilisation des OGM dans le secteur alimentaire et agricole, comme le prouvent les sondages et les caisses des supermarchés ».

En avril 2018, un sondage du Progressive Policy Think Thank (IPPR) a révélé que seulement 8  % des Britanniques pensaient que Londres devait revoir à la baisse ses normes de sécurité alimentaire pour garantir un accord commercial avec les États-Unis, alors que 82 % estimaient que les normes existantes devaient être maintenues.

Aux yeux de Mme O’Neill, le sérail politique britannique éprouvera donc beaucoup de difficultés à persuader les électeurs qu’« un accord commercial avec la Maison-Blanche est plus important que les normes alimentaires strictes qu’ils soutiennent ».

Des organisations agricoles veulent une révision de la directive OGM

Une trentaine d’organisations des secteurs agricole et agroalimentaire ont appelé mardi l’État français à réclamer l’exclusion de nouvelles techniques de sélection des semences de la directive européenne sur les OGM, selon un communiqué transmis mardi à l’AFP.

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