L’éco-score, expérimenté en France depuis janvier, avance au niveau européen

Après le nutri-score qui informe les consommateurs sur la qualité nutritionnelle d’un produit alimentaire, l'éco-score doit indiquer l’impact environnemental d’un article afin de permettre aux consommateurs de faire des choix d'achat plus éco-responsables. [Bihlmayer Fotografie/Shutterstock]

A partir de septembre, la Foundation Earth va imprimer des « éco-scores » sur les emballages de produits alimentaires. En France, un indicateur de l’impact environnemental des produits existe déjà sur certains sites web. Une initiative citoyenne européenne exige, elle, la création d’un éco-score européen.

Le nutri-score, on connaît déjà : du « A » vert au « E » rouge, ce logo que l’on trouve sur certains emballages de produits alimentaires depuis 2019 est censé informer les consommateurs de la qualité nutritionnelle d’un article.

Désormais, c’est un deuxième score qui commence à faire son apparition : l’éco-score, qui, lui, note l’impact environnemental d’un produit, de sa production jusqu’à son arrivée au supermarché, en passant par la transformation et l’emballage.

La Foundation Earth – une ONG créée cette année et qui réunit plusieurs géants internationaux de l’agroalimentaire (comme Nestlé et Tyson Foods), des chaines de supermarché et l’organisme européen d’innovation alimentaire EIT Food ainsi que des scientifiques spécialisées dans l’alimentation et l’environnement – a ainsi annoncé cette semaine (26 juin) le lancement d’un projet pilote visant à imprimer des éco-scores sur certains emballages dès cet automne.

Aider les consommateurs à faire des choix d’achat durables

De « A+ » à « G », l’éco-score développé pour ce projet par l’Université d’Oxford et avec l’appui du WWF fonctionne sur la base d’une analyse du cycle de vie du produit. Seront donc pris en compte les impacts de l’agriculture, de la transformation, de l’emballage et du transport d’un produit sur l’environnement. Ces impacts seront, eux, mesurés à travers quatre facteurs : les émissions de CO2, la quantité d’eau utilisé, la pollution d’eau généré et l’impact sur la biodiversité pour chaque étape du cycle de vie.

Le but : « informer les consommateurs pour leur permettre de faire des choix d’achat plus durables », selon la Foundation Earth. « Les gens veulent faire ce qu’ils peuvent pour lutter contre la crise climatique et s’engager pour l’environnement, mais pour le moment, ils n’ont pas l’information nécessaire », soutient aussi Luke Pollard, secrétaire d’État pour l’environnement, l’alimentation et les affaires rurales au sein du cabinet fantôme du gouvernement britannique.

Conçu pour une durée de neuf mois, le projet pilote doit donc combler cette lacune et analyser la réponse des consommateurs à la présence d’un éco-score sur les emballages.

Autre axe du projet, un programme de recherche et de développement sponsorisé par Nestlé doit préparer le lancement plus global du label à travers l’Europe en 2022, selon un communiqué de l’ONG qu’EURACTIV a pu consulter.

Un modèle agroécologique et souverain à l'horizon 2050 est possible, selon une étude du CNRS

L’agroécologie serait compatible avec la souveraineté alimentaire, selon une étude du CNRS publiée vendredi (18 juin). L’une des conditions : réduire la consommation globale de viande en Europe.

L’éco-score, déjà tendance en France

Si le projet de la Foundation Earth devrait d’abord se limiter à certains produits alimentaires britanniques, des initiatives similaires existent en France depuis le début de l’année : la loi sur l’économie circulaire du 10 février 2020 prévoyait déjà l’expérimentation d’un score environnemental sur les produits agroalimentaires au premier semestre 2021. Le « score carbone » sur les produits de consommation est en outre une demande de la Convention citoyenne pour le Climat.

Au 7 janvier, neuf projets avaient été enregistrés en France : plusieurs applications et sites web dans le domaine de l’alimentation (comme Yuka, Open Food Facts ou encore Marmiton) ont ainsi commencé à déployer un éco-score couleur feu de signalisation, de A à E.

Pas plus tard que la semaine dernière (22 juin), c’est Carrefour qui s’est lancé dans l’affichage environnemental : sur son site web, le groupe appose désormais un éco-score sur l’ensemble de ses produits alimentaires. Une expérimentation qui « permettra à Carrefour d’analyser les retours clients et leurs attentes pour mettre en lumière de potentielles améliorations dans la méthodologie de calcul », selon le groupe, et dont les résultats seront présentés en octobre.

Une méthode en faveur de l’agriculture intensive ?

En attendant, l’éco-score n’est pas sans créer des oppositions. En cause : la méthode d’analyse sur laquelle se basent les différents acteurs français. A partir de la base de données agricoles Agribalyse de l’ADEME, celle-ci établit un score allant de 1 à 100 en mesurant les impacts environnementaux de la production, de l’emballage et du transport d’un produit.

Une méthode qui ne prend toutefois « pas correctement en compte les atteintes à la biodiversité et l’impact des pesticides », déplorait CIWF France, ONG engagée pour un élevage durable, en décembre dernier. L’analyse du cycle de vie, conçu, selon l’ONG, pour noter des produits industriels et basé sur un calcul en fonction des rendements au kilo ou au litre « ne tient aucun compte de l’usage de pesticides ou des antibiotiques ni de leurs impacts sur la santé, la qualité des sols, de l’air ou de l’eau. A l’inverse, les bénéfices de l’agriculture biologique ou de l’élevage en plein air sur la biodiversité et le bien-être animal ne sont pas intégrés dans les indicateurs ». 

« Erronés car incomplets », les impacts ainsi calculés risquent donc de favoriser « de manière aberrante l’agriculture intensive », selon l’ONG.

Lacune que doit combler un système supplémentaire de points bonus/malus qui sont ajoutés (ou déduits) du score initial en fonction du pays d’origine et de la saisonnalité d’un produit, de l’existence de labels bio ou de qualité ainsi que du fait que l’emballage soit recyclable ou non.

Loué soit le Brexit ? La Grande-Bretagne esquisse de nouvelles normes pour le bien-être animal

La fin de l’élevage en cage, l’arrêt des exportations du bétail vivant, l’apposition d’étiquettes ad hoc : le bien-être animal est un sujet brûlant dans l’UE. Si Berlin se voit comme leader en la matière, Londres n’est pas sans reste.

Une initiative citoyenne pour un « éco-score européen »

Enfin, au niveau européen, si l’idée d’un éco-score commun n’en est pour l’instant qu’à ses débuts, plus que la moitié des consommateurs européens aimeraient voir l’impact environnemental figurer sur leurs produits alimentaires, selon une étude publiée l’an dernier.

Une volonté qui s’est traduite dans une initiative citoyenne européenne : la Commission européenne a enregistré ce mercredi (30 juin) une initiative appelant à l’introduction d’un « éco-score européen fiable ». Un tel label, créé sur la base d’une méthode de calcul standardisé, devrait informer les consommateurs sur l’impact environnemental de tous les articles produits ou vendus sur le marché européen, en commençant par des produits alimentaires.

Les organisateurs déplorent que si l’intérêt pour un éco-score va en croissant, aucune harmonisation légale régule pour le moment les méthodes de calcul. De plus, la plupart des éco-scores ne sont encore affichés sur les produits directement et uniquement disponibles en ligne.

Avec leur initiative, les organisateurs souhaitent « envoyer un signal clair sur l’importance de prendre des mesures au profit de l’environnement aux institutions européennes » et augmenter la prise de conscience des citoyens avec une indication unique « qui évite la confusion pour les consommateurs ». Les organisateurs de l’initiative ont désormais un an pour recueillir au moins un million de signatures dans au moins sept États membres de l’UE.

Supporter

Measure co-financed by the European Union

Le contenu du présent rapport ou de la présente publication reflète uniquement la position de l'auteur et relève de sa seule responsabilité. La Commission européenne n’assume aucune responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait des informations qu’il/qu’elle contient.

From Twitter

Subscribe to our newsletters

Subscribe