Un rapport parlementaire sur le glyphosate fait polémique

Trois jours avant sa publication, un rapport sur les agences d’évaluation des substances chimiques déchaîne la polémique, un de ses auteurs ayant pris fièrement parti pour le glyphosate. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Le glyphosate, « moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge, qui ne sont pas interdites » ? C’est ce qu’a affirmé le 12 mai le sénateur Pierre Médevielle dans les colonnes de La Dépêche du Midi.

« Aucune étude scientifique ne prouve formellement sa cancérogénicité, ni en France, ni en Europe, ni dans le monde », poursuit-il.

Or le sénateur est l’un des vice-présidents de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST), dont il a co-rédigé un rapport d’information à paraître jeudi 16 mai. Son objet : « l’indépendance et l’objectivité des agences chargées d’évaluer la dangerosité des substances mises sur le marché », telles que l’ANSES, l’EFSA et l’ECHA. C’est d’ailleurs à ce sujet qu’il était interviewé par La Dépêche du Midi, grillant ainsi la politesse à l’OPECST.

L'UE aurait réautorisé le glyphosate sur le conseil des industriels

Une partie de l’évaluation des risques liés au pesticide a été directement écrite par l’industrie. Une étude commanditée par des eurodéputés met en lumière un vaste plagiat.

L’OPECST se désolidarise

Cette prise de parole semble être mal passée au sein de l’office. En particulier auprès de son premier vice-président, le député LREM Cédric Villani (Paris), qui a confié, ce lundi 13 mai sur France Info, « regretter que le sénateur Médevielle, en s’exprimant prématurément et sous une forme qui ne reflète pas le rapport, ait contribué à ajouter de l’huile sur le feu ».

« Vous ne lirez pas cela dans le rapport car cela n’y a jamais été. C’est la conclusion que tire Pierre Médevielle à titre personnel », et pas au nom de l’Opecst, ajoute Cédric Villani. D’autant que, comme ce dernier le rappelle, le rapport n’a trait qu’au fonctionnement des agences, notamment en termes de transparence et de communication, et pas spécifiquement au glyphosate.

Contactés par le JDLE, d’autres co-auteurs du rapport –le sénateur Pierre Ouzoulias (PCF, Hauts-de-Seine), les députés Anne Genetet (LREM, Français établis hors de France) et Philippe Bolo (MoDem, Marne)– n’ont pas souhaité s’exprimer avant la présentation du rapport (jeudi 26 mai à 14heures) ou n’ont pu être joints.

Du « révisionnisme environnemental »

Les propos de Pierre Médevielle ont fait bondir plusieurs personnalités engagées dans la lutte contre les pesticides. En particulier l’eurodéputé José Bové, qui qualifie ces propos de « révisionnisme environnemental ». Sur RTL, la tête de liste LREM aux Européennes, Nathalie Loiseau, a sobrement estimé dimanche 12 mai qu’« un sénateur n’[était] pas un scientifique ».

Dans le dossier du glyphosate, nous devons faire confiance à la science

À l’heure où les attentes sociétales se focalisent sur les questions de santé et d’environnement, le sujet des phytosanitaires cristallise les débats.

« À la lumière de ce parti pris, le rapport qui sera publié jeudi devra être lu pour ce que nous pouvons déjà savoir qu’il sera : un rapport biaisé niant l’ensemble des preuves scientifiques montrant la cancérogénicité du glyphosate, au service de ceux qui veulent que surtout rien ne change dans l’agriculture de ce pays », a commenté François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures.

Ces études que Pierre Médevielle n’a pas vues

Contrairement à ce qu’affirme Pierre Médevielle, plusieurs travaux ont en effet révélé un risque accru de lymphome non hodgkinien lié à une utilisation du glyphosate, tels deux méta-analyses publiées en février et en mars, dont la première révèle un risque accru de 41 % de lymphome non hodgkinien chez les personnes exposées à l’herbicide.

Depuis l’avis publié en mars 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), le sujet a fait l’objet d’une vive polémique politico-scientifique. Après de nombreux rebondissements, les États membres de l’UE, aux avis très divergents sur le produit, ont opté en novembre 2017 pour un renouvellement d’autorisation de 5 ans au lieu de 15.

Après l’Allemagne, l’examen du dossier de ré-homologation du produit a été confié, mi-avril, à un groupe de 4 pays, dont la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède. En France, Emmanuel Macron s’est engagé à sortir du glyphosate en trois ans, semblant revenir sur sa promesse fin janvier. En février, il indiquait que l’abandon du pesticide pourrait concerner 85 % des usages d’ici 2021, et déclarait travailler sur les 15 % restants.

Les verts renoncent à l'interdiction du glyphosate

Les verts ont bloqué un amendement appelant à l’interdiction du glyphosate, en échange de l’adoption du rapport sur la réforme de l’autorisation des pesticides par le Parti populaire européen.

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