Et si l’agriculture de demain se trouvait au-dessus de nos têtes ?  

De la laitue sur le toit du supermarché ou des tomates sur la façade du gratte-ciel, une fiction ? Certaines villes semblent pourtant déjà en avoir fait une réalité, bien qu’à petite échelle. L’agriculture urbaine n’est pas un concept nouveau, mais elle peine à s’imposer dans la filière.

Cet article fait partie de l'édition spéciale Parlez-vous durable ?.

Les grandes villes offrent des millions de mètres carrés de surface de toit inutilisée. Pourquoi ne sont-ils pas convertis pour la culture de denrées alimentaires ? Le potentiel semble énorme, mais l’agriculture urbaine n’en est qu’à ses balbutiements.

De la laitue sur le toit du supermarché ou des tomates sur la façade du gratte-ciel, une fiction ? Certaines villes semblent pourtant déjà en avoir fait une réalité, bien qu’à petite échelle. L’agriculture urbaine n’est pas un concept nouveau, mais elle semble faire chou blanc.

Pourtant, ainsi, la culture des fruits et légumes pourrait connaître un boom dans les prochaines décennies. Après tout, la population croît rapidement et s’installe de plus en plus dans les villes. Plus de la moitié de l’humanité vit déjà dans des villes et, d’ici à 2050 du siècle, ce taux devrait atteindre 66 % – sur une population mondiale de 9,7 milliards.

Plus de nourriture signifie également une augmentation de la demande en terres agricoles. Toutefois, celles-ci représentent déjà 42 % de la surface terrestre du globe à l’heure actuelle. Un autre problème se pose alors : le transport des denrées alimentaires. Selon l’Institut Fraunhofer, environ 12 % des émissions agricoles sont attribuées à ce seul facteur.

Des jardins familiaux par temps de crise

L’agriculture urbaine pourrait-elle faire partie de la solution ? Une chose est sûre : l’idée n’est pas nouvelle. Jusqu’au XIXe siècle, la culture des plantes était une pratique courante dans les villes. Lorsqu’elle a disparu, les jardins familiaux privés se sont multipliés.

Il est intéressant de noter qu’une tendance se dessine : l’autosuffisance est en plein essor dans les villes, surtout en temps de crise. Souvent avec succès, comme le montre l’exemple de la Grande-Bretagne : pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement a lancé la campagne « Creuser pour la victoire », grâce à laquelle jusqu’à 50 % des fruits et légumes ont été produits par la population dans les jardins familiaux. En Espagne, pendant la crise économique, la proportion de jardins familiaux et de jardins communautaires a été multipliée par six entre 2006 et 2014.

Mais en dehors de la culture privée, il n’y a guère d’endroits où l’agriculture se pratique à grande échelle dans les villes. Exception faite de La Havane. Les deux tiers des légumes consommés dans la capitale cubaine proviennent de la ville elle-même – un héritage de l’effondrement de l’Union soviétique, lorsque le gouvernement cubain a rencontré des problèmes d’approvisionnement et a encouragé la culture urbaine.

Quel rôle pour l’agriculture de conservation dans la PAC post-2020 ?

Bien qu’elle ne soit que peu prise en compte dans le programme actuel de subventions agricoles de l’UE, l’agriculture de conservation est appelée à jouer un rôle central dans l’architecture verte de la politique agricole commune (PAC) post-2020.

Les jardins sur les toits du futur utilisent la chaleur domestique et l’eau de pluie

En Europe, l’agriculture urbaine n’en est qu’à ses débuts. « Chaque matin, je me demande pourquoi il n’y a pas beaucoup plus de villes qui y investissent », explique Jörg Finkbeiner, architecte et cofondateur du réseau berlinois « Dachfarm ». Le consortium est composé de jardiniers, d’agronomes et d’architectes qui, ensemble, planifient des serres pour les cultures en ville.

Toutefois, M. Finkbeiner estime qu’il ne s’agit pas d’agriculture urbaine, car la plupart des bâtiments ne sont pas adaptés à cette activité du point de vue statique : « Si vous mettez les cultures dans des bacs sur un toit et que vous les arrosez, vous pouvez rapidement atteindre 300 kilogrammes par mètre carré. La plupart des bâtiments ne peuvent pas supporter ce poids ». Ainsi, Roof Farm utilise les structures de toit les plus légères possibles et qui peuvent être construites sur des bâtiments existants. Les plantes poussent soit dans des substrats tels que la pierre ponce ou le compost, car ceux-ci sont beaucoup plus légers que le sol, soit dans des systèmes hydroponiques, où l’apport de nutriments est fourni directement par une solution nutritive. Les jardins de verre sont conçus pour fonctionner aussi efficacement que possible en utilisant la chaleur résiduelle du bâtiment, en collectant les eaux de pluie ou en recyclant les eaux grises des ménages.

« Avec Dachfarm, nous souhaitons montrer que la croissance des surfaces imperméabilisées dans les villes et la perte de terres arables ne sont pas contradictoires », déclare M. Finkbeiner dans un entretien avec EURACTIV Allemagne.

Il s’agit avant tout de « libérer les terres rurales dont nous avons besoin de toute urgence pour la culture de plantes nutritives telles que les céréales ». D’autres avantages sont que, grâce aux jardins sur les toits, la production peut être effectuée à proximité du consommateur et « à la demande », les longs trajets de transport ou le stockage des aliments ne sont plus nécessaires. Jörg Finkbeiner souligne que tous les types de culture agricole ne sont pas statiquement possibles. En outre, de nombreuses questions restent ouvertes, notamment du point de vue du droit de la construction.

En théorie, cependant, l’espace est suffisant : selon une étude, deux millions de mètres carrés de toits sont disponibles rien qu’à Berlin.

L’agroforesterie, un système semé d’embûches pour les exploitants agricoles ?

À la lecture du Pacte vert pour l’Europe et de la stratégie « De la ferme à la fourchette » (F2F), la notion d’agroforesterie fait son entrée en jeu. Le bloc souhaite souligner son importance dans le secteur agricole.

Bologne et Amsterdam : un grand potentiel

Pour les supermarchés ou les restaurants, le jardin sur le toit pourrait être un concept intéressant. Toutefois, cela ne vaut pas la peine pour tout le monde, car les coûts d’investissement sont encore relativement élevés à l’heure actuelle et les aliments ainsi récoltés sont plus chers que ceux produits de manière traditionnelle.

Une étude réalisée en 2017 par le service de recherche du Parlement européen (EPRS) conclut également que l’agriculture urbaine peut renforcer la biodiversité et lutter contre le réchauffement des villes. Cependant, elle est également associée à des coûts de fonctionnement élevés, par exemple pour l’électricité, et est en concurrence avec d’autres types de dispositifs, par exemple les panneaux photovoltaïques. Par ailleurs, selon le rapport, les risques de tensions entre « agriculteurs traditionnels et innovateurs » sont accrus, tandis que la valeur des terres pourrait connaître une certaine augmentation.

Il n’existe pas de chiffres fiables sur l’étendue de l’agriculture urbaine dans l’UE. Néanmoins, d’après l’évaluation de l’ERPS, le potentiel pourrait être énorme, en fonction de la ville considérée. À Bologne, par exemple, plus des trois quarts des légumes consommés pourraient être cultivés dans des jardins sur les toits. À Amsterdam, où actuellement seulement 0,0018 % de la nourriture est produite localement, jusqu’à 90 % des fruits et légumes consommés pourraient être plantés.

Aucun soutien de la part de la Commission

Ces chiffres semblent optimistes, car ils nécessiteraient probablement un soutien politique fort. Dans le cadre de la politique agricole commune actuelle (PAC) du bloc, les projets d’agriculture urbaine peuvent théoriquement être financés par des fonds provenant des deux piliers, ainsi que du Fonds social européen et du Fonds de développement régional – mais ces décisions demeurent à la discrétion des États membres.

Un financement supplémentaire n’est pas en vue : la Commission « ne prévoit pas actuellement de coordonner les stratégies d’agriculture urbaine entre les différents niveaux de gouvernement », a déclaré le commissaire européen à l’agriculture Janusz Wojciechowski au Parlement européen en mai. Toutefois, une étude de planification sur le sujet est en cours de préparation. Ce projet doit être achevé cet automne.

L’agriculture urbaine, un outil de résilience climatique

Loin d’être anecdotique, l’agriculture urbaine représente une solution importante face au réchauffement climatique et à l’insécurité alimentaire. À condition d’éviter les technologies high-tech. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

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