Le chef de l’agriculture américaine demande à l’UE d’écouter la science et non les ONG qui suscitent la peur

Le secrétaire d'État américain à l'agriculture, Sonny Perdue. [Photo by Sarantis Michalopoulos]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Innovation, PAC et Green Deal : une équation difficile ?.

En matière d’alimentation, les décideurs politiques européens doivent prendre des décisions fondées sur des données scientifiques s’ils veulent aider les agriculteurs européens à répondre aux « préoccupations légitimes » en matière de durabilité, a déclaré lundi 27 janvier le secrétaire d’État américain à l’agriculture, Sonny Perdue.

S’adressant à un groupe de journalistes à Bruxelles, dont Euractiv.com, Sonny Perdue a déclaré que les décideurs politiques de l’UE n’étaient pas naïfs face aux défis de l’agriculture. Plus tôt dans la journée de lundi, il a rencontré le commissaire européen à l’agriculture, Janusz Wojciechowski, ainsi que la responsable de la santé de l’UE, Stella Kyriakides, et le commissaire au commerce, Phil Hogan.

Interrogé par Euractiv pour savoir si les responsables politiques de l’UE étaient prêts à ouvrir le débat sur la biotechnologie dans l’agriculture, Sonny Perdue a répondu que oui :

« Chaque fois que vous avez des élus, vous devez écouter l’opinion publique, mais je pense qu’ils répondent aussi, qu’ils comprennent leur responsabilité en tant que dirigeants. Nous devons prendre des décisions politiques fondées sur des données scientifiques fiables en matière d’alimentation. Et je pense donc qu’ils sont prêts à le faire. »

Il a déclaré qu’il y avait « une certaine anxiété quant à la capacité de contrebalancer les propos de certaines ONG qui répandent ici la peur d’une approche basée sur les dangers plutôt que sur les risques ».

« J’utilise l’exemple du sel de table qui peut être dangereux si vous le consommez en trop grande quantité, mais nous l’utilisons régulièrement. Et c’est pourquoi nous avons la LMR (limite maximale de résidus) pour les pesticides […] il doit y avoir un niveau qui est sûr. Si vous ingérer toute la salière à chaque repas, vous allez être malade », a-t-il déclaré.

Commentant les discussions en cours sur la prochaine politique agricole commune de l’UE après 2020, Sonny Perdue s’est dit préoccupé par le fait qu’elle n’allait pas dans la bonne direction.

« Je pense que les agriculteurs ont une inquiétude légitime. Les agriculteurs ne veulent pas être des assistés sociaux. Je crains que [l’UE] ne s’oriente vers un État-providence dans le cadre de la politique agricole commune, en essayant de compenser ce qu’elle ne permet pas aux agriculteurs de faire comme ils savent le faire », a ajouté le fonctionnaire américain.

La question de la biotechnologie dans l’agriculture européenne a constitué un casse-tête pour toute l’Europe, notamment à la suite de la décision de la Cour européenne de 2018 selon laquelle les organismes obtenus par la technique de sélection végétale par mutagenèse sont des OGM et devraient, en principe, relever de la directive sur les OGM.

Cette décision a surpris l’industrie et les agriculteurs, qui ont déclaré être privés des outils nécessaires qui les aideraient à répondre aux préoccupations environnementales et à gérer la concurrence avec les autres agriculteurs du monde entier.

D’autre part, les ONG ont salué la décision, affirmant que la Cour avait empêché l’entrée par la petite porte de « nouveaux OGM » sur le marché de l’UE.

La Commission européenne mène actuellement une étude afin d’explorer les possibilités d’actualiser la législation existante sur les OGM ou de créer un nouveau cadre pour ces techniques innovantes.

Plaidoyer pour les techniques de sélection des plantes

Sonny Perdue a fermement défendu l’utilisation de techniques de sélection des plantes, telles que le CRISPR [séquençage de l’ADN], affirmant qu’il s’agit d’une technique de sélection génétique non transgénique. « C’est essentiellement une technique de sélection naturelle qui est simplement accélérée. »

« Nous avons la responsabilité de communiquer cela au public : que ce ne sont pas des gènes bizarres du type Frankenstein », a déclaré le politicien américain.

« Nous savons que nous pouvons accélérer cela grâce au génie génétique qui donne des résultats similaires, en manipulant cet ADN pour obtenir un meilleur produit plus efficace, plus sain, plus sûr. De cette façon, nous devons le communiquer et l’Europe doit le communiquer au public », a déclaré Sonny Perdue, ajoutant que le Parlement européen devrait également être conscient des avantages de ces techniques.

« Je pense qu’un travail doit être fait au sein de la Commission européenne pour résoudre ce problème de cette manière. Car nous pensons que c’est un outil que les agriculteurs européens peuvent utiliser. Il est sûr et efficace, et il est sain et abordable », a-t-il déclaré.

Sonny Perdue a insisté sur le fait que les décisions relatives à l’alimentation devaient être fondées sur la science et que l’opinion publique européenne devait comprendre que si elle optait pour une zone libre de technologie, ses producteurs seraient très désavantagés, non seulement par rapport aux États-Unis, mais aussi par rapport au reste du monde, y compris par rapport à l’Asie où la technologie progresse.

« Nous voulons une durabilité environnementale, nous voulons une durabilité sociale, mais il doit aussi y avoir une durabilité économique. Si vous n’avez pas de durabilité économique et de secteur agricole, vous n’aurez pas de durabilité environnementale ou sociale », a-t-il conclu.

Cet article fait partie de notre rapport spécial « Innovation, PAC et Green Deal : une équation difficile ? »

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