Usage des sols : l’empreinte humaine plus ancienne qu’on ne le pensait

La vallée de Sakarya (Turquie), l'une des 146 zones étudiées Lucas Stephens

L’Anthropocène n’est pas si nouveau que cela : dans une étude publiée vendredi 30 août dans Science, des archéologues estiment que l’homme était déjà, il y a 3 000 ans, la première force modifiant l’usage des sols. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Popularisé en 2000 par le chimiste Paul Crutzen, prix Nobel de cette discipline en 1995, le concept d’Anthropocène repose sur l’idée que l’espèce humaine est devenue la première force affectant l’environnement mondial — dont le climat —, rarement pour le meilleur.

L’anthropocène, concept officieux

S’il n’est toujours pas reconnu par l’Union internationale des sciences géologiques (IUGS) — selon qui nous sommes toujours dans l’Holocène —, plusieurs équipes scientifiques ont tenté de le dater. Pour certaines, c’est l’invention de la bombe atomique, tandis que d’autres lui préfèrent la machine à vapeur, signal d’envoi de la Révolution industrielle. Dans tous les cas, seul l’homme moderne aurait réellement modifié son environnement.

En 2017, des chercheurs néerlandais étaient remontés plus loin, en effectuant une analyse historique de l’usage des sols. En étudiant la base de données HYDE (History Database of the Global Environment), ils avaient observé une nette accélération dans la conversion agricole des terres il y a environ 1 000 ans, du moins dans les zones les plus denses, à savoir l’Europe tempérée et le nord-est de la Chine.

Les sols, laissés pour compte de la stratégie de l’UE pour le climat

Le changement climatique provoque des dégâts sur l’agriculture, et l’utilisation des terres contribue au réchauffement de la planète. Pourtant, les sols attirent peu l’attention des décideurs politiques dans leur stratégie sur le climat.

 

Une accélération il y a 3 000 ans

Dans une nouvelle étude, 250 archéologues, rassemblés dans le projet ArchaeoGLOBE, estiment que cette transition agricole est bien plus précoce : elle remonte à -1000 avant JC, soit il y a 3 000 ans. Pour montrer cela, ils ont recouru à une approche « big data », regroupant leurs connaissances sur l’usage des sols dans 146 régions du monde, entre -10 000 avant JC et 1850 après JC.

Si cette méta-analyse, la plus importante série historique récoltée sur l’usage des sols, révèle d’importantes lacunes locales (notamment sur l’Afrique, l’Asie du sud-est et l’Amérique du Sud, moins étudiées par les archéologues), ses résultats montrent qu’une accélération de l’usage agricole des sols s’est produite il y 3 000 ans.

Des foyers d’agriculture intensive

Les chercheurs ont analysé, pour chacune des 46 régions, la date de survenue de pratiques telles que la cueillette, la chasse, l’agriculture extensive et l’agriculture intensive. Consistant en toute forme de culture effectuée de manière continue, cette dernière « était géographiquement restreinte à la Méditerranée, au sud-ouest de l’Asie [dont le Proche-Orient], au sud de l’Asie et à l’est de la Chine, et présente dans seulement quelques régions dans la période jusqu’à -4000 à -3000, puis s’est étendue à d’autres régions seulement vers -2000 », notent les chercheurs.

Pour Gary Feinman, archéologue au musée d’histoire naturelle Field de Chicago (Illinois), « la science contemporaine met beaucoup l’accent sur la différence qu’il existe entre le présent et le passé. Cette étude constitue un contrepoids à cela, en montrant qu’il y a certes eu des changements accélérés d’usage des sols récemment, mais que les hommes font cela depuis longtemps. Et cette tendance a débuté il y a 3 000 ans (…) Cela montre que les problèmes que nous affrontons maintenant sont fortement ancrés, et qu’il faudra plus que des solutions simples pour les résoudre ».

 

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