Viticulture et santé : l’exposition aux pesticides des riverains fera l’objet d’une étude « inédite »

Alors qu'en France, une partie importante de la population rurale vit dans des régions viticoles, peu de données existent à ce jour sur l’exposition des riverains aux pesticides qui y sont utilisés. [cornfield/Shutterstock]

L’Anses et Santé publique France ont annoncé, ce mardi (19 octobre), le lancement d’une étude sur l’exposition aux pesticides des personnes vivant en zone viticole, sujet qui préoccupe de plus en plus en France comme dans l’Union européenne.

C’est un travail « inédit » qui s’annonce : « PestiRiv », lancée ce mardi par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et Santé publique France, sera la première étude de grande ampleur qui vise à mieux connaître l’exposition aux pesticides des personnes vivant près de cultures viticoles.

Cette annonce part d’un double constat. D’une, en France, « une partie importante de la population rurale vit dans des régions viticoles », selon un communiqué publié par les deux organismes. Et de deux, très peu de données existent à ce jour sur l’exposition réelle des personnes vivant près des cultures, notamment viticoles, aux pesticides et leurs effets sur la santé des riverains.

Lacune que l’étude « PestiRiv » doit combler. Réalisée auprès de 3350 participants vivant dans des zones viticoles ainsi que dans des zones éloignées des cultures, elle permettra d’identifier « les sources qui contribuent le plus à l’exposition aux pesticides et d’adapter les mesures de prévention », affirment les agences.

Le travail doit se dérouler en deux temps : une première phase d’analyse qui débutera dès ce mois d’octobre et durera jusqu’en février 2022, période pendant laquelle les traitements des vignes avec des produits phytopharmaceutiques sont les moins fréquents, et une deuxième phase de mars à août 2022, lorsque les traitements seront les plus fréquents.

Pendant ces deux périodes, les chercheurs vont mesurer l’exposition des participants aux pesticides à travers des prélèvements biologiques (échantillons d’urines et de cheveux), des mesures de pesticides dans l’air extérieur et à l’intérieur des logements ainsi que dans l’eau et l’alimentation. Couplés avec des analyses du contexte agricole des zones d’étude, de données météorologiques et topographiques, les résultats de cette étude doivent alors mettre en lumière le lien entre activités viticoles et exposition aux pesticides.

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Les ONG ont lancé une pétition, ce jeudi (14 octobre), exigeant que la France s’engage contre une ré-autorisation du pesticide dans l’UE, alors que deux consultations en vue d’une ré-autorisation du glyphosate sont en cours au niveau européen.

Réactions ambiguës

« Enfin une étude française qui va se pencher sur l’exposition des riverains aux pesticides », s’est promptement félicité Générations Futures. Selon l’ONG, de nombreuses études montreraient déjà « de plus en plus clairement » des liens entre l’exposition aux pesticides et divers troubles.

Le sujet avait notamment été médiatisé, ces derniers temps, dans le cadre de diverses campagnes de prélèvement et d’analyse d’urine par des collectifs de la société civile, comme la Campagne Glyphosate ou encore les « pisseurs involontaires de glyphosate bretons ». A en croire les résultats publiés par Campagne Glyphosate en juin dernier, « près de 100 % de la population » française serait contaminée par des pesticides présents dans l’alimentation et dans l’environnement.

Mais si l’annonce de l’Anses et de Santé publique France est donc saluée par la société civile, elle soulève l’inquiétude des viticulteurs. « Nous ne sommes pas convaincus que l’Anses et Santé publique France, une fois le travail d’analyse et de diffusion réalisé, feront l’effort de pédagogie et de contradiction nécessaire pour éviter des conclusions hâtives », avertit ainsi Bernard Farges, cité par Le Monde. Le président du Conseil interprofessionnel du Vin de Bordeaux, qui craint un « biais » notamment pour le vignoble girondin, prévient que « nous n’accompagnerons pas cette démarche ».

Des réglementations française et européenne à revoir

La question de l’exposition aux pesticides prend toutefois de l’ampleur en France comme en Europe.

Le 26 juillet dernier, le Conseil d’État avait ordonné « que les règles d’utilisation [des pesticides] soient complétées pour mieux protéger la population », donnant ainsi suite aux recours déposés par plusieurs communes, associations et agriculteurs bio concernant les règles existantes d’épandage des pesticides en agriculture.

La juridiction avait notamment jugé que les distances minimales d’épandage de produits à la toxicité suspectée étaient « insuffisantes ». L’organe avait également déclaré que le gouvernement devait prévoir des mesures de protection pour les personnes travaillant à proximité d’une zone d’utilisation de pesticides, et que les chartes d’engagements d’utilisation de ces produits devraient prévoir l’information des résidents en amont de l’utilisation des pesticides, donnant six mois au gouvernement pour compléter la règlementation en vigueur sur ces points.

Concernant le niveau européen, une vingtaine d’organisations environnementales et de santé viennent en outre d’interpeller, au début de ce mois, les Etats membres par rapport à la réglementation européenne sur les statistiques relatives aux pesticides. « Il est temps de moderniser les données européennes sur les pesticides », soutiennent les signataires d’une liste de recommandations à l’adresse des représentants des États membres au sein de la Commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) du Parlement européen.

« Dans l’UE, actuellement, personne ne dispose d’une image complète et précise de la mesure dans laquelle les personnes et l’environnement sont réellement exposés à ces produits chimiques », soutiennent les ONG.

Les signataires exigent que la réglementation, une fois révisée, devrait garantir que « toutes les données pertinentes soient collectées », et cela dans la plus grande transparence et « sans délai ».

En attendant les résultats de ces différentes démarches aux niveaux français et européen, et pour « éviter que rien ne se passe » cette année, Générations Futures annonce par ailleurs la publication des résultats de sa propre campagne d’analyses de pesticides dans l’air chez des riverains de zones cultivées d’ici début 2022. Évolution à suivre.

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