Les investisseurs critiquent la politique de l’UE en matière de biocarburants

La politique instable de la Commission sur les biocarburants a créé de l’incertitude chez les investisseurs et a miné le marché, estiment des associations d’agriculteurs.

La Commission européenne a présenté en novembre dernier sa proposition pour réviser la directive sur les sources d’énergie renouvelables (RED) pour la période post-2020 dans le cadre de son paquet Énergie propre.

L’exécutif européen a notamment proposé de réduire la part des biocarburants conventionnels dans les transports, d’un maximum de 7 % en 2021 à 3,8 % en 2030. Il impose aussi d’élever à 6,8 % d’autres « combustibles à faibles émissions » tels que l’électricité renouvelable ou les biocarburants avancés dans les transports.

La RED 1 fixe un objectif de 10 % de sources d’énergie renouvelables dans le secteur des transports, mais cette directive a été amendée en 2015 et la part des biocarburants conventionnels à partir d’octobre 2017 sera limitée à 7 % du calcul de la consommation finale d’énergie de l’UE dans les transports routier et ferroviaire.

Pekka Pesonen, secrétaire-général de Copa-Cogeca, l’association des coopératives agricoles et des agriculteurs européens estime que dans le domaine des renouvelables dans les transports, le changement constant de direction de la Commission a été source d’incertitudes pour les investisseurs.

« Nous saluons le soutien clair de la Commission pour les biocarburants avancés, mais la volonté de développer cette industrie en sacrifiant les biocarburants conventionnels nuit à la confiance des investisseurs », soutient Pekka Pesonen.

La Commission met un coup d'arrêt aux biocarburants

La Commission européenne a proposé de réduire drastiquement d’ici 2030 les objectifs de biocarburants traditionnels, accusés d’être néfaste pour le climat. Une décision qui a provoqué l’ire des agriculteurs européens.

Politique versatile

Pour la Copa-Cogeca, le cadre politique européen est un prérequis pour soutenir l’investissement. « La politique européenne en matière de biocarburants est instable et ne crée pas un climat favorable pour l’établissement de nouvelles usines commerciales de biocarburants », a souligné Pekka Pesonen, affirmant que l’abandon progressif des biocarburants conventionnels du mélange obligatoire imposé aux fournisseurs de combustibles ne sont « tout simplement pas compatibles avec les conditions du marché et la règlementation sur les mélanges de biocarburants ».

Pekka Pesonen explique qu’au lieu de construire de nouvelles usines, l’exécutif pourrait soutenir la fermeture des usines de biocarburant conventionnel existantes.

« Le développement des biocarburants avancés dépend aussi de la force du marché des biocarburants conventionnels », a observé le dirigeant de Copa-Cogeca, ajoutant qu’une approche différente devrait être adoptée pour renforcer le rôle de la biomasse agricole et forestière dans tous les secteurs de la bioénergie.

« Le soutien donné par cette proposition aux combustibles fossiles issus des déchets [principe de l’économie circulaire] doit être éliminé car il rend les combustibles fossiles plus compétitifs ce qui contredit les objectifs climatiques et énergétiques de l’UE », conclut Pekka Pesonen.

S’éloigner des biocarburants issus de cultures vivrières

L’ONG Transport & Environment n’est pas de cet avis. Elle estime que les biocarburants de première génération ont bénéficié d’un fort soutien public et que la politique n’a pas créé un tel soutien pour de meilleures alternatives comme les biocarburants issus des déchets ou pour l’électricité renouvelable utilisée dans les transports.

« Nous avons commandité une étude sur les questions des investissements et celle-ci montre par exemple que 95 % des investissements dans les installations liées aux biocarburants seraient remboursés d’ici fin 2017 », estime Laura Buffet, experte en pétrole et biocarburants chez Transport & Environment. « Il est donc temps d’orienter le soutien politique vers de meilleures alternatives. »

«Investir dans les biocarburants issus des déchets»

La Commission européenne propose de réduire la part des biocarburants agricoles d’ici 2030. Une mesure nécessaire, mais qui ne va pas assez loin, selon l’ONG Transport&Environment, qui voudrait voir s’accélérer le développement des biocarburants de deuxième génération, plus durables.

Pour Laura Buffet, au vu de l’impact des politiques européennes en matière de biocarburants sur le climat et l’environnement, il est devenu évident que les investissements dans une énergie alternative pour le transport devait s’éloigner des biocarburants issus de cultures vivrières pour s’orienter vers des biocarburants durables et avancés.

« Il faut garder à l’esprit l’énorme quantité d’huile de palme importée pour les biocarburants européens. Environ un tiers de ce dernier est fait d’huile de palme, importée principalement d’Asie du sud-est. Il est clair que cela ne bénéficie pas au développement rural en Europe », a déclaré Laura Buffet.

Les institutions européennes ont endommagé l’Europe

L’industrie du bioéthanol soutient elle aussi que le changement constant des politiques de l’UE décourage les investisseurs et leur cause même des pertes économiques.

« Durant les cinq premières années de ce siècle, les investisseurs ont accumulé des centaines de millions d’euros d’actifs dans les biocarburants chaque année, et durant les cinq années suivantes, on parlait de milliards d’euros par an […] Malheureusement, la RED a rabaissé ces investissements à des centaines de millions d’euros, puis les différents va-et-vient de la Commission depuis 2012 ont ramené les investissements privés proches de zéro », a déclaré Eric Sievers, directeur des investissements chez Ethanol Europe.

Selon lui, l’industrie est pourtant toujours intéressée pour investir, mais les institutions européennes doivent reconnaître que « c’est précisément le risque qu’elle engendre, et non pas les risques technologiques ou les prix du pétrole, qui font qu’aujourd’hui, les biocarburants en Europe sont devenus des actifs impensables pour les investisseurs ».

 

 

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