La PAC doit se pencher sur les jeunes et les femmes

María de los Ángeles Rosado, agricultrice espagnole, souligne l'importance d'installer des infrastructures fiables dans les campagnes pour soutenir les agriculteurs. [Shutterstock]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Agriculture européenne : où sont les femmes ?.

Lourdeurs administratives excessives, manque d’accès aux terres et infrastructures rurales inadéquates découragent les jeunes espagnols à se lancer dans l’agriculture. Un article d’EFE Agro.

Dans les institutions espagnoles et dans le secteur agroalimentaire, il est de notoriété publique que le renouvellement générationnel dans l’agriculture doit être renforcé. Cependant, l’accès à la terre et au financement, ainsi qu’une bureaucratie excessive, posent de graves problèmes, en particulier pour les jeunes.

Selon de jeunes agriculteurs qui ont récemment démarré leur activité, l’accès à la terre demeure un obstacle majeur en Espagne.

« La Politique agricole commune (PAC) doit prévoir des mesures pour faciliter l’accès à la terre et d’autres pour encourager les jeunes à rejoindre » le secteur, fait remarquer Ignacio López Asenjo, directeur des relations internationales de l’organisation agricole Asaja. « Les conditions d’accès à la terre et l’éligibilité aux paiements directs pourraient être améliorées, afin que les jeunes puissent rejoindre le secteur sans pour autant pénaliser les agriculteurs plus âgés. »

Au titre de la PAC actuelle, le gouvernement espagnol a déjà alloué quelque 880 millions d’euros pour cofinancer la première aide à l’installation. L’objectif est d’apporter une aide à 21 300 producteurs.

Agriculture européenne : où sont les femmes ?

Malgré les mesures en place, les jeunes et les femmes sont toujours très peu nombreux dans le secteur agricole européen. La nouvelle PAC permettra-t-elle de régler ce problème ?

Pedro Gomariz, un producteur d’agrumes de 31 ans originaire de Murcie, dans le sud-est de l’Espagne, est l’une des 8 000 personnes qui ont déjà bénéficié  de cette aide. Après des études en administration des affaires, il a décidé de retourner dans son village et de reprendre la ferme familiale lorsque son père a pris sa retraite. Il représente donc la cinquième génération de sa famille à travailler sur ces terres.

Quand il explique ses difficultés, il évoque des lourdeurs administratives excessives qui lui font perdre un temps précieux, mais surtout une fiscalité lourde, qui empêche son père de lui donner la terre. Il doit donc la lui louer.

Six mois après le début des démarches administratives, il a finalement obtenu certaines autorisations, « ce qui n’arrive pas tous les jours », dit-il. Il a également bénéficié d’incitations, qu’il a utilisées pour acheter un tracteur et moderniser sa ferme. Aujourd’hui, il produit 1 000 tonnes de citrons et de pamplemousses, son activité principale.

Gonzalo Vilsus, un agriculteur de 29 ans, a aussi profité des aides aux jeunes exploitants. Il cultive des céréales et des légumes à Murillo del Fruto, en Navarre. « Depuis que je suis tout petit, j’aime la campagne », dit-il. « Mon père y a consacré sa vie et m’a beaucoup aidé. »

Quand on monte sa propre agroentreprise, il n’y a « personne pour vous soutenir et l’accès aux terres est le principal obstacle », affirme-t-il. Il a cependant reçu des financements via la PAC, ce qui l’a aidé à intégrer le secteur. Il est très satisfait de son travail actuel et n’est pas disposé à changer de profession. « Aujourd’hui, c’est moi qui suis aux manettes et je prends mes propres décisions concernant mon exploitation. »

La PAC ne peut pas continuer sans les femmes

Pour le ministre espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation, Luis Planas, l’équation pour parvenir à un secteur agricole durable comporte trois éléments clés : l’accès à l’eau, la numérisation du système de production et l’intégration des jeunes et des femmes à la campagne.

Il insiste donc auprès du Parlement européen sur la nécessité d’inclure une perspective de genre dans la PAC. Surtout que la proposition présentée par la Commission européenne fin 2018 sur « l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture » ne fait pas une seule référence aux femmes rurales, regrette Carmen Quintanilla, présidente de l’Association des familles et femmes du monde rural (Afammer).

« La future PAC doit intégrer des mesures visant à réduire l’écart salarial entre les hommes et les femmes en milieu rural et à encourager le changement de génération des femmes », estime-t-elle.

Pour maintenir l’activité dans les campagnes, il est également essentiel que les pouvoirs publics leur fournissent des services et des infrastructures technologiques, juge l’agricultrice María de los Ángeles Rosado. « Il devrait y avoir des pédiatres, l’internet à large bande, des routes… tout ce qui nous permet non seulement de travailler dans le secteur agroalimentaire, mais aussi de vivre et de nous établir comme individus, comme familles. »

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