Dans le dossier du glyphosate, nous devons faire confiance à la science

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Angélique Delahaye, coordinatrice de la commission spéciale sur les pesticides. [EP]

À l’heure où les attentes sociétales se focalisent sur les questions de santé et d’environnement, le sujet des phytosanitaires cristallise les débats.

Angélique Delahaye est une eurodéputée française et coordinatrice du Groupe PPE de la commission spéciale sur la procédure d’autorisation des pesticides par l’Union (PEST).

Nous partons d’un point A – l’usage des phytosanitaires depuis des décennies dans l’agriculture – pour arriver à un point B – la double performance économique et environnementale de l’agriculture, autant souhaitée que souhaitable. Or, c’est un fait établi, il n’est pas possible de tout changer du jour au lendemain. Il faut cesser d’opposer agriculture et environnement, surtout lorsqu’aucune alternative sérieuse n’existe à l’un des pesticides les plus emblématiques et décriés : le glyphosate.

Le problème, avec le glyphosate, est qu’il s’agit du seul pesticide vendu au départ par une entreprise de dimension mondiale, Monsanto en l’occurrence, et qu’il est utilisé sur des OGM. Deux « gros mots » qui ne plaident pas en sa faveur et alimentent bien des fantasmes. Dès le début de mon mandat européen, je me suis engagée sur cette question sensible de l’usage des pesticides, d’abord comme rapporteur permanent sur le glyphosate pour le Groupe PPE et, depuis février 2018, comme coordinatrice du Groupe PPE de la commission spéciale sur la procédure d’autorisation des pesticides par l’Union (PEST). Ma volonté est ici de m’assurer de la protection de notre santé et de l’environnement.

Au sujet des pesticides, mon intime conviction est qu’il faut sortir des débats idéologiques et revenir à Darwin en considérant que la biodiversité n’est pas figée, mais qu’au contraire, elle évolue sans cesse. Le genre humain, parce qu’il ne peut pas tout maîtriser, doit savoir rester modeste face à l’évolution de la nature. Et notre rôle, en tant qu’élus, est de nous assurer que tous les pesticides, naturels comme de synthèse, sont compatibles avec la santé des hommes et l’environnement.

Nombreux sont ceux qui s’offusquent de l’impact des pesticides sur l’environnement et la santé. Mais pourquoi règne-t-il un tel silence à propos de l’usage des médicaments et de leurs conséquences ; les pilules contraceptives ont un impact largement sous-estimé sur la santé et l’environnement, et pourtant, personne ne semble vraiment s’en émouvoir. De même, il nous faut être cohérent, car il n’est pas possible de s’acharner sur le glyphosate et de rester silencieux sur le recours au cuivre dans l’agriculture biologique. Le deux poids deux mesures n’a pas sa place dans mon travail de parlementaire. Loin des positions idéologiques, mon rôle consiste à améliorer la transparence et à faire la lumière sur le processus européen d’autorisation de toutes les substances.

Justement, concernant les évaluations scientifiques du glyphosate, réalisées par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) et validées par l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques), elles ont été conduites avec sérieux et corroborées par les vingt-huit agences nationales, ainsi que par d’autres agences d’évaluation des risques à travers le monde. Si le système ne convient pas, il faut le modifier, le renforcer. Mais attention, à vouloir le décrédibiliser en permanence, nous allons obtenir une crise de confiance générale et une remise en cause permanente des décisions européennes. Nous devons réhabiliter la parole scientifique et apporter de nouvelles perspectives aux agriculteurs. Je veux rendre justice à ces derniers auxquels l’Europe demande de faire coïncider performance économique et performance environnementale, voire d’aller encore plus loin dans les pratiques écologiques, sans pour autant leur en donner les moyens. Oui, je le dis haut et fort, les agriculteurs sont les premiers écologistes. Pourquoi et au nom de quoi voudraient-ils saccager leurs outils de travail : l’eau et la terre ?

Alors, fin 2017, lorsque les États membres de l’Union européenne ont voté en faveur du renouvellement pour cinq ans de la substance glyphosate, j’ai déclaré qu’ils avaient enfin pris leurs responsabilités, tout en espérant que ces cinq années seront utiles et qu’elles permettront de mettre en place de vraies alternatives. Oui, il est évidemment nécessaire de sortir de la dépendance au glyphosate, mais pas à n’importe quelles conditions ! Il ne faut surtout pas laisser les utilisateurs dans une impasse technique ou avec des remèdes qui pourraient être pires que le mal.

La Commission européenne et les États membres se doivent donc de mettre sur la table les moyens financiers nécessaires au développement de la recherche et de l’innovation, et ce pour trouver des alternatives viables sur le plan environnemental et économique. Le temps presse et l’action doit désormais primer.

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