En finir avec une crise laitière qui n’en finit pas

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Le prix du lait ne cesse de dégringoler. [bluewaikiki/Flickr]

Un plan de « réduction temporaire » de la production laitière, sous l’égide de la Commission, apporterait une réponse européenne forte pour rééquilibrer le marché. Avec 500 millions d’euros, la quantité de lait sur le marché serait réduite de plus de 2 millions de tonnes.

Yves Madre est cofondateur de Farm Europe, un groupe de réflexion européen spécialisé dans les systèmes agricoles et alimentaires de l’UE. Le groupe de réflexion se concentre sur l’ensemble des politiques ayant un impact sur les secteurs agricoles et alimentaires et met l’accent sur la Politique agricole commune (PAC), les normes alimentaires, la chaine alimentaire, l’environnement, l’énergie et le commerce.

Il y a quelques jours, les ministres de l’Agriculture ont constaté, de nouveau, que non seulement le secteur laitier est frappé par une crise d’ampleur, mais, que, de surcroît, il s’enfonce dans la crise, malgré les mesures prises qui n’ont pas eu l’impact espéré pour améliorer la situation des producteurs de lait de l’UE.

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Le secteur laitier de l’UE est pris dans un cercle vicieux : individuellement, les producteurs sont poussés à produire plus pour amortir par le volume leurs charges alors que, collectivement, cette orientation tire encore plus les prix vers le bas.

En l’absence de réaction, il est clair que la crise va avoir un impact considérable, poussant vers la sortie de nombreux agriculteurs – malgré les bonnes perspectives à moyen et long terme pour le secteur laitier et sa capacité à contribuer de façon très positive à la croissance économique de l’UE.

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Alors que faire pour reprendre le contrôle de la situation et créer les meilleures conditions pour l’avenir du secteur ?

Bien entendu, les mesures de marché prises à l’automne dernier doivent être maintenues et, pour certaines, renforcées, notamment en ce qui concerne les mesures de promotion. Toutefois, dans le contexte actuel, il est clair que ces mesures à elles seules ne suffiront pas. C’est d’autant plus vrai que les exploitations qui ont investi récemment et sur lesquelles l’UE compte pour générer de la croissance et du dynamisme économique demain, sont les premières à être en danger.

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Injecter, une nouvelle fois, quelques millions d’euros comme autant d’aides politiques symboliques aux trésoreries d’exploitation est à exclure : les expériences de 2009 et plus récemment de 2015 sont malheureusement là pour en témoigner.

Les institutions doivent donc faire preuve de créativité pour affiner de façon rapide et efficace des réponses adéquates, en utilisant les marges de manœuvre à leur disposition.

Un outil est, à cet égard, régulièrement évoqué depuis 2014 : la possibilité d’introduire une incitation européenne à la réduction de production, sur un laps de temps limité et pour un volume prédéfini.

Cette option mérite d’être analysé sérieusement, sans a priori ni la crainte d’avoir recours à un nouvel outil.

En période de déséquilibre entre production et demande, la rapidité de réaction est clé pour en limiter les conséquences financières tant pour le monde agricole que pour les contribuables.

L’Union européenne pourrait donc lancer un programme temporaire de réduction de la production pour rééquilibrer le marché.

Cet outil pourrait prendre la forme d’appels d’offres ayant pour but de réduire la production et stopper la spirale baissière.

Les appels d’offres viseraient les agriculteurs  et seraient organisés sur une base volontaire. Ceux qui décident de participer au programme réduiraient la quantité de lait livré aux laiteries par rapport aux livraisons de la période hivernale passée.

Le dispositif devrait passer par les organisations de producteurs et les laiteries qui répondraient aux appels d’offre UE et géreraient les plans de réduction dans leur périmètre de collecte.

Pour elles, le système serait simple : les organisations de producteurs ou les laiteries indiqueraient les noms des agriculteurs et les volumes de réduction sur lesquels ils s’engagent ce qui permettrait de s’assurer que l’argent va bien aux agriculteurs et n’est pas mutualisé ou capté au niveau de la laiterie et que l’agriculteur a bien réduit sa production et non transféré ses livraisons à une autre op ou laiterie. Au demeurant, ce risque est limité, car dans la grande majorité des cas, les agriculteurs livrent toute leur production à un seul opérateur.

Pour avoir un effet coup de poing sur le marché, la Commission devrait annoncer dès le début le volume de réduction d’objectif global (et non faire des annonces par petits bouts), indiquer l’enveloppe globale ainsi que mettre sur la table ce qu’elle estime être une fourchette d’incitations, probablement un montant aux alentours des 20 cents.

À titre d’exemple un budget de l’ordre de 500 millions d’euros équivalent aux mesures annoncées à l’automne dernier permettrait de retirer à travers ce nouveau plan des quantités de l’ordre de 2 à 2,5 millions de tonnes de lait.

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