Face à la recrudescence de la faim dans le monde, l’aide des agriculteurs

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Avec 800 millions d’individus qui en souffrent dans le monde, la faim progresse, après avoir régressé. Un comité interinstitutionnel, le GAFSP, tente d’orienter les financements vers de projets concrets avec l’aide d’agriculteurs locaux.

Ibrahima Coulibaly est membre du comité de pilotage du Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP), une structure qui implique toutes les principales banques de développement.  Producteur agricole actif dans la région de Koulikoro au Mali, il est une des figures de proue des mouvements paysans depuis le début des années 2000. 

Dix années nous séparent désormais de l’échéance pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Ces objectifs ciblent des problèmes très concrets de notre monde et posent de bons principes. Mais tout cela ne servira à rien sans une prise de conscience de tout un chacun quant à l’urgence d’une réaction forte face au défi grandissant de la faim et de la malnutrition, focus de l’ODD 2.

Alors que l’on vit dans un monde où les technologies et les connaissances scientifiques n’ont jamais été aussi évoluées, il n’est ni juste ni acceptable que plus de 800 millions de personnes continuent de souffrir de la faim. Une réaction est nécessaire.

Trouver des solutions suppose notamment de répondre à la question suivante : pourquoi tous les grands fonds dans lesquels la communauté internationale a investi pour lutter contre la faim dans le monde n’ont pas donné de résultats ?

Selon moi, la réponse est à trouver dans le fait que les financements n’arrivent jamais jusqu’aux vrais destinataires, jusqu’à ceux qui ont faim, ceux qui n’ont pas accès à une bonne nutrition, ceux qui sont dans la pauvreté. Les mécanismes de financement sont mis en place le plus souvent pour que ces ressources financières restent dans les capitales et n’aillent pas dans les villages. C’est pourquoi la pauvreté et la faim demeurent.

Il faut donc l’instauration d’un nouveau système de gouvernance pour encadrer tous ces fonds. Et c’est la raison pour laquelle je soutiens tout particulièrement le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP), établi en 2010 suite à la crise alimentaire.

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Un modèle unique de gouvernance

Le GAFSP a de fait instauré un système de gouvernance unique en acceptant que des paysans siègent au sein de son conseil d’administration et puissent ainsi amener la voix des « victimes de la faim » jusqu’au plus haut niveau de l’institution. C’est à ma connaissance la première fois qu’une telle mesure est prise au niveau d’institutions internationales.

Sur le terrain, le GAFSP observe également des principes forts qui s’appliquent à l’ensemble des projets qu’il soutient. Les pays ont ainsi le droit de demander des fonds pour lutter contre la faim et la malnutrition mais ils ont en retour l’obligation d’intégrer les paysans et leurs organisations dans la formulation et la mise en œuvre des projets. Il s’agit là d’un principe strict et beaucoup de pays ont vu leurs projets rejetés au motif qu’ils ne travaillaient pas avec les producteurs. Avec son projet pilote « maillon manquant » (Missing Middle Initiative), le GAFSP est aussi désormais en mesure d’octroyer des fonds directement aux organisations paysannes.

Tout cela fait de ce programme mondial un modèle véritablement unique. Son impact réside finalement moins dans le montant des financements qu’il investit dans les pays que dans l’imposition des principes de gouvernance, de transparence et d’inclusion qui accompagnent son action. Ces principes doivent aujourd’hui devenir des normes pour tous les projets et pour toutes les organisations. Nous avons besoin de ce changement de paradigme pour obtenir des résultats concrets et vaincre la faim dans le monde.

Tenir compte des aspirations de la jeunesse en milieu rural

Le GAFSP s’attaque également à la problématique de la jeunesse qui est à l’heure actuelle une question extrêmement grave et cruciale. Dans beaucoup de pays, les jeunes sont en train de désespérer et ne croient plus en l’agriculture. Ils sont amenés à faire des choix extrêmes et notamment à immigrer en Europe. Beaucoup trouvent la mort dans la traversée de la Méditerranée. Certains deviennent les proies des trafiquants et d’autres encore rejoignent même les groupes armés. Cette situation s’explique en partie par des programmes de développement qui n’ont pas bien ciblé les jeunes en milieu rural. Au Mali, par exemple, un des projets du GAFSP tente d’apporter des réponses très ciblées en prenant en compte les aspirations des jeunes qui ont juste besoin de moyens d’existence dignes pour rester dans leurs pays et dans leurs villages.

Répondre à la menace climatique

Enfin, les enjeux climatiques font également partie des préoccupations centrales du GAFSP.

L’impact du changement climatique sur les petits producteurs est présent partout et ces derniers souffrent beaucoup notamment face aux profonds changements qui impactent les saisons. Il est donc essentiel de développer des actions très concrètes de résilience des communautés comme la formation aux pratiques agroécologiques ou encore à la gestion durable des ressources en eau. Aujourd’hui, toute cette démarche est bien au cœur des projets du GAFSP.

A quelques mois de la conférence de reconstitution des ressources du GAFSP, prévue à Berlin en juin 2020, j’invite donc tous les pays donateurs à soutenir ce programme mondial qui à ce jour représente un instrument unique non seulement pour lutter efficacement contre la faim et la malnutrition, mais aussi pour redonner espoir aux jeunes et combattre les effets négatifs du changement climatique.

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