Nouveau partenariat Afrique-Europe : le secteur agricole doit être au cœur des priorités

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Une femme travaille à la cueillette des concombres dans une serre agricole à Durban, en Afrique du Sud. [dubes sonego/Shutterstock]

Dans son discours du 19 janvier 2022 au Parlement européen, le président français Emmanuel Macron déclarait que « l’Europe a le devoir de proposer une nouvelle alliance au continent africain. Les destins des deux rives de la Méditerranée sont liés ». À l’heure où l’Accord post-Cotonou ouvre une période de renouveau du partenariat intercontinental, développer une conception modernisée de l’alliance afro-européenne est indispensable. Cette inflexion servira la volonté commune d’impulser une prospérité durable et partagée. 

Joseph Owona Kono est le président d’Afruibana, une association panafricaine de producteurs et d’exportateurs de fruits. Pierrette Herzberger-Fofana est membre du Parlement européen (Groupe des Verts/Alliance libre européenne).

Le Sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne constitue un jalon important dans la redéfinition de nos relations, et une opportunité de placer l’agriculture au centre des projets portés par nos gouvernements. Alors que l’Union européenne s’est résolument engagée à passer d’une logique d’aide au développement à une logique d’investissement sur le continent africain, il est grand temps de mesurer les applications concrètes de la construction d’un partenariat d’égal à égal entre l’Afrique et l’Europe. 

Les asymétries économiques et sociales qui caractérisent les deux continents ne doivent pas pour autant être oubliées. La dernière étude démographique publiée par la Banque mondiale en 2020 nous rappelle qu’en Afrique subsaharienne, 58% de la population vit en zone rurale, laquelle lutte trop souvent contre une pauvreté quasi-endémique. La capacité de nos dirigeants à développer une stratégie ambitieuse en faveur du développement agricole sera déterminante pour éradiquer la faim, alors que 82% des personnes pauvres du continent vivaient en milieu rural en 2019. Face à ces réalités, le partenariat Afrique-Europe doit accorder la primauté à la consolidation de systèmes agricoles durables. 

L’agriculture constitue en effet la première source de revenus des territoires ruraux en Afrique, et les entreprises agricoles jouent un rôle essentiel pour la fixation des populations en offrant des opportunités professionnelles locales. Les récentes projections des Nations unies prédisent que le continent africain passera d’1 à 2,4 milliards d’habitants d’ici à 2050, date à laquelle la moitié de ses habitants aura moins de 25 ans. La capacité de l’économie africaine à absorber les millions de nouveaux entrants qui viendront gonfler son marché de l’emploi sera largement tributaire de notre faculté à mettre en œuvre, dès maintenant, un véritable plan de développement rural. Ce dernier est un prérequis fondamental pour atteindre les objectifs de développement durable fixés par les Nations unies à l’horizon 2030, au premier rang desquels se trouve la promotion du plein emploi productif et d’un travail décent pour tous. Les bénéfices en termes de création d’emplois, d’équilibres territoriaux et de sécurité alimentaire justifient un investissement massif dans le secteur agricole, dans un contexte où les dernières évaluations de la FAO estiment que l’Afrique héberge 60% des terres arables non cultivées au monde.

À cet effet, le soutien européen aux initiatives transformatrices des agriculteurs africains est indispensable pour cheminer vers des systèmes agroalimentaires durables. En 2018, la Task Force Afrique Rurale s’était réunie pour proposer un « Agenda Afrique-Europe pour la transformation rurale », au terme duquel un rapport a été élaboré et qui mériterait d’être revalorisé en tant que base de dialogue entre parties prenantes africaines et européennes. Au nombre des recommandations mises en avant, notons la mise en place de pôles d’innovation destinés à soutenir les « agri-entrepreneurs », le développement d’une plateforme afro-européenne de jeunes agriculteurs, ou encore l’accélération du financement de projets liés à l’alimentation et à la lutte contre le changement climatique. Autant de propositions qui doivent faire l’objet d’un suivi approfondi dans le cadre de la restructuration du partenariat Afrique-Europe. 

L’Union européenne se trouve dans une période charnière pour l’avenir de son secteur agroalimentaire. Avec sa stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork), placée au cœur du Pacte vert pour l’Europe, l’Union européenne promeut l’agriculture biologique et porte à un niveau toujours plus élevé ses critères de durabilité. Aujourd’hui, Européens et Africains partagent cette aspiration commune pour des produits issus d’une agriculture responsable. Cet objectif ne peut s’atteindre qu’au prix d’efforts combinés : du producteur aux acteurs de la grande distribution ; ainsi l’ensemble de la chaîne de valeur doit jouer son rôle pour créer une responsabilité partagée. L’initiative pour un cacao durable récemment lancée par plusieurs pays européens et réunissant les entreprises de la filière, les syndicats, les ONG et les distributeurs en est une bonne illustration. De tels projets impliquant toutes les parties prenantes pour œuvrer vers un commerce plus juste et équitable auraient tout intérêt à se multiplier et à se décliner par filière, afin de mettre concrètement à profit la coopération Afrique-Europe.  

Pour reprendre la conclusion du rapport de l’association Agriculteurs français et développement international (Afdi) au sujet de l’agriculture dans nos relations intercontinentales, « la consolidation du partenariat Europe Afrique ne pourra être effective sans une véritable prise en considération des populations rurales et des enjeux alimentaires communs ». Maintenant que le constat est fait, il est temps de prendre ensemble des engagements forts pour une agriculture durable comme socle commun de prospérité.

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