Pour une PAC plus responsable et plus durable après 2020

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Plus de 200 sociétés, organisations et intervenants à travers l’Europe se sont ralliés à un mouvement pour demander à la Commission européenne de présenter des propositions ambitieuses pour une réforme de la Politique agricole commune.

Konstantin Kreiser est responsable de la politique de conservation UE pour NABU (partenaire officiel de Birdlife pour l´Allemagne).

Dans un « kit d´information » destiné aux enseignants, la Commission européenne explique ce qu’est la Politique agricole commune de l’UE (PAC) en mettant en scène, dans un dessin animé. Anna et Paul, les protagonistes, gèrent tous les deux une ferme biologique de taille moyenne associée à des chambres d’hôtes. Une merveilleuse vie à la campagne, subventionnée par l’UE.

Mais que devront répondre les enseignants quand les élèves leurs poseront des questions sur l’élevage industriel des volailles en Basse-Saxe ou sur les champs imprégnés de fumier au Pays-Bas, également subventionnés par l’Union européenne?

Et que diront-ils à leurs élèves à propos de la perdrix grise, qui est en voie d´extinction dans un grand nombre de pays européens, de la disparition des abeilles sauvages ou encore du déclin rapide du lièvre européen ? Comment pourront- ils justifier qu’une politique qui coûte 60 milliards d’euros ne peut pas faire face à de tels problèmes environnementaux – ne serait-ce qu’un peu, puisqu’elle est capable d’aider de nombreuses exploitations agricoles à survivre ?

Rien de tout cela n’est évoqué dans le kit pédagogique. Les fermes agricoles comme celle d’Anna et Paul existent, mais ce sont des exceptions, pas la norme. Malgré un travail de relation publique tel que celui-ci effectué par la Commission, ce qu’on sait déjà de la tragédie qui se déroule dans nos campagnes est en train de se généraliser. Bien sûr que les agriculteurs ne peuvent pas tous être comme Anna et Paul mais il faut néanmoins se poser les bonnes questions : quelle devra être le rôle de la Politique agricole commune (PAC) après 2020 ? Quelle perspective permettra de relever les défis qui se poseront dans l’avenir ?

En ce moment même, le commissaire européen pour l’agriculture Phil Hogan consulte le public. Bien qu’il ait laissé entendre que son objectif premier était la « simplification », il a également appelé à des « résultats budgétaires » devant profiter à toute la société.

Par ailleurs, il a déclaré que le secteur agricole devait aussi contribuer aux objectifs globaux de l’UE sur le climat et la durabilité. Enfin, il s´est engagé à prendre sérieusement en compte les réponses des citoyens à la consultation publique.

Ainsi, jusqu´au 2 mai, nous avons l´opportunité – il y en une tous les 10 ans (ou plus ?) –d’influencer l´avenir de la politique agricole de l´Union européenne. Hélas, les 33 questions de la consultation ne sont pas si simples à comprendre et le lobby de l’agriculture a déjà préparé une panoplie de réponses pour défendre le statu quo des paiements forfaitaires directs.

C´est pourquoi une alliance s´est formée sous le slogan « LivingLand », réunissant des entreprises, la société civile et d´autres parties prenantes. Tous ces acteurs issus de différents domaines de la société se sont engagés dans une vision commune : Nous pensons tous que la politique agricole ne fonctionne plus et qu’elle peut et doit être repensée. Un système agroalimentaire plus intelligent en Europe n’aurait pas pour seul atout d’être plus durable : en étant à la fois plus sain et plus juste pour tous, il bénéficierait grandement aux citoyens, agriculteurs en tête, mais également à la nature, en assurant à chacun un avenir à court et à long terme.

Suivant cette approche, nous estimons tous que la nouvelle politique agricole de l´Union européenne doit être juste pour les agriculteurs et les communautés rurales, écologiquement viable pour la propreté de l´air et de l´eau, la qualité des sols et la prospérité de la vie végétale et animale.

Elle doit également permettre une alimentation de qualité et le bien-être de tous les citoyens. Enfin, elle doit être globalement responsable pour le climat de la planète et le développement durable dans toutes les régions du monde.

Pour que cette vision puisse se concrétiser, un processus de discussion intensif autour des instruments nécessaires et surtout des questions suivantes est indispensable : quels « biens et services publics » devraient être subventionnés par le contribuable ? Quel sera le rôle de la loi réglementaire, celui du marché et des consommateurs ? Quel sera le meilleur système pour toute l’UE et qu’est-ce qui est le plus juste pour tous, y compris pour les agriculteurs ? Comment réussir à simplifier sans sacrifier les résultats significatifs et la responsabilité des acteurs ?

À ce stade, une chose est claire : tous ceux qui veulent avoir une chance de discuter de ces enjeux doivent rejoindre le mouvement « LivingLand » : on ne peut être certain qu´il y aura une vraie réforme. Les puissants intervenants qui tirent profit du statu quo veulent empêcher un tel débat -et ils en ont les moyens. De nombreux représentants du Conseil des ministres pour l´Agriculture et la commission agriculture du Parlement européen vont tenter, une fois de plus, de contourner toutes propositions de réforme substantielle, en les faisant passer pour des atteintes aux revenus du labeur des agriculteurs et de leurs familles. Bien que, cette accusation soit aussi fausse que ce que l´histoire d’Anna et Paul, correspond à la réalité européenne.

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