Le potentiel des outils numériques pour l’agriculture est désormais largement reconnu

Les agriculteurs et les législateurs sont toujours plus nombreux à reconnaître la pertinence de l’agriculture de précision. Même les auditeurs de l’UE louent désormais la valeur des informations fournies par les outils numériques dans le domaine agricole.

Si vous n’avez entendu parler de l’agriculture de précision qu’en termes d’augmentation de la productivité, de connexion des zones rurales, d’écologisation des pratiques agricoles et, d’une manière générale, de simplification de la vie des agriculteurs, vous ne vous attendez probablement pas à ce que les vérificateurs des comptes de l’UE soient au premier rang de ceux qui la promeuvent.

« Nous sommes maintenant un peu plus technologiques dans le domaine de l’agriculture », a déclaré un haut fonctionnaire de la Cour des comptes européenne (CCE) à Euractiv.com.

« Les satellites, le système d’identification des parcelles agricoles (LPIS), les applications d’aide géospatiale et le programme de surveillance de la Terre Copernicus, ont fourni aux agriculteurs et à nous-mêmes un grand nombre d’informations dans le domaine de l’agriculture. Je pense que nous pouvons en tirer parti », a-t-il poursuivi.

La technologie progresse à grande vitesse dans les champs

La technologie est déjà omniprésente dans les exploitations agricoles, mais la tendance « Ag-tech » veut pousser l’innovation encore plus loin. Logiciels, drones, robots, intelligence artificielle et satellites : la France compte déjà 250 start-ups  spécialisées en agriculture.

Un système satellitaire totalement intégré, associant par exemple les données d’observation de la Terre fournies par Copernicus et les signaux à haute performance de Galileo, permettrait de réduire le nombre de contrôles administratifs, ce qui les rendrait plus faciles.

Toutes les parcelles agricoles des États membres sont contrôlées par LPIS, un système informatique déjà proposé dans le cadre de la précédente politique agricole commune (PAC), basé sur l’enregistrement de photographies aériennes ou satellitaires et conçu pour vérifier l’éligibilité des surfaces aux subventions.

Selon le haut fonctionnaire de la Cour des comptes, ces outils permettent de comprendre ce qu’il se passe dans un champ, parfois sans même visiter une exploitation. Ce qui permet également d’économiser des ressources financières.

Les auditeurs ont largement eu recours à ces outils numériques dans le cadre de leur dernier rapport sur la régularité des transactions financières européennes. Celui-ci vise à détecter si et où des erreurs ont été commises lorsque l’argent public de l’UE a été dépensé.

Dans l’opinion assortie de réserves exprimée cette année, les vérificateurs ont découvert peu d’irrégularités dans le cadre du régime de la PAC, ce qui les a amenés à conclure que les paiements directs, dans leur ensemble, étaient exempts d’erreurs importantes.

Les défis à venir

Les outils numériques pourraient être utiles pour contrôler l’efficacité des dépenses publiques dans le cadre de la nouvelle PAC, qui devrait afficher des ambitions beaucoup plus élevées en termes de performance et de conformité.

« Nous sommes très favorables à cet objectif. Mais si vous voulez y parvenir, vous devez mesurer les bons éléments », a déclaré le fonctionnaire de la Cour des comptes.

Car tout ce qui relève des nouveaux objectifs de la PAC ne peut être mesuré à l’aide de satellites. « Ils ne permettent pas d’évaluer les quantités de pesticides utilisées, il faut donc trouver comment mesurer ce qui ne peut pas être contrôlé par les satellites », a-t-il ajouté.

Le haut fonctionnaire a également suggéré que les outils numériques pourraient susciter le rejet, précisément parce qu’ils permettent de mieux contrôler les pratiques. « Je comprends que la plupart des agriculteurs n’aiment pas être espionnés depuis le ciel », a-t-il admis.

Toutefois, il a aussi reconnu que certains États membres commencent à utiliser les informations satellitaires de manière proactive. « Et je pense que c’est utile », a-t-il indiqué.

Par exemple, a-t-il expliqué, certaines administrations publiques envoient aux agriculteurs des courriels reprenant des données satellitaires, afin de les aider à planifier leurs plantations ou à réaliser d’autres tâches.

Les drones agricoles gagnent progressivement du terrain

La France expérimente les drones pour pulvériser de pesticides. Une pratique qui sera évaluée en 2021, et pourrait permettre des traitements plus précis. Ainsi qu’un usage restreint des produits chimiques.

À cet égard, le fait que les systèmes satellitaires européens comme Galileo et Copernicus aient été développés pour un usage civil — contrairement aux systèmes russes et américains, initialement conçus à des fins militaires — permet aux administrations et même aux entreprises technologiques de fournir un large éventail de services aux agriculteurs.

Janusz Wojciechowski sous pression

Bien qu’il ait officié comme auditeur de l’UE de 2016 jusqu’à sa nomination au poste de commissaire européen à l’agriculture à l’automne 2019, Janusz Wojciechowski a oublié de mentionner l’agriculture de précision lors de sa première audition ratée devant la Commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) du Parlement européen.

Le manque d’attention de Janusz Wojciechowski à l’innovation dans l’agriculture lui aura couté cher, car c’est la raison principale pour laquelle les eurodéputés ont rejeté sa première candidature.

Avant de lui donner une seconde chance et de l’entendre à nouveau, les législateurs ont demandé au Polonais de répondre à quelques questions écrites, concernant notamment son point de vue sur le potentiel d’innovation dans le secteur agricole.

Dans ses réponses, il a indiqué que le passage au numérique de l’agriculture au moyen de l’internet des objets (IdO) et de l’agriculture de précision possédait un potentiel considérable pour assurer la durabilité du secteur et de toute la chaîne de valeur, de la production à la consommation.

Il a cependant souligné que les connaissances disponibles actuellement n’étaient pas suffisamment utilisées ou exploitables par la communauté agricole. « Les agriculteurs doivent s’approprier les nouvelles technologies, les nouveaux modèles d’entreprise et les nouvelles formes de coopération », a-t-il déclaré.

Lors de sa seconde audition, Janusz Wojciechowski a par ailleurs déclaré que les innovations agricoles, comme les GPS dans les tracteurs, la technologie numérique dans les campagnes ou les villages intelligents, devaient aussi servir à attirer les jeunes dans le secteur.

Les villages intelligents, remède à l’exode rural en République tchèque

Le ralentissement démographique, la migration urbaine et la transformation digitale figurent parmi les principaux défis que doivent affronter les zones rurales européennes. Les villages intelligents, toujours plus populaires au sein de l’UE, sont appelés à contrer ces tendances négatives.

Lors d’un événement organisé par Euractiv, l’eurodéputé de centre droit, Franc Bogovič, a exprimé le même avis, en soulignant l’importance de transférer les nouvelles technologies aux jeunes agriculteurs et de rendre celles-ci plus abordables.

« Nous parlons beaucoup d’efficacité, de durabilité et de la manière d’attirer les jeunes dans les exploitations agricoles ». « Grâce à l’agriculture de précision, vous pouvez rendre ce travail plus facile », a indiqué l’eurodéputé, assurant qu’il était également possible de rendre l’agriculture « attrayante et fantaisiste ».

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