La commissaire à la santé s’interroge sur l’édition génétique

Stella Kyriakides, la commissaire européenne à la santé. [EPA/OLIVIER HOSLET]

Stella Kyriakides, la nouvelle commissaire européenne à la santé, souhaite obtenir plus d’informations sur la question controversée de l’édition génétique. Pour l’heure, elle semble moins enthousiaste que son prédécesseur, Vytenis Andriukaitis.

« À la suite d’une demande formulée par des ministres de l’UE à l’automne dernier et pour [en savoir plus], nous allons préparer une étude sur les nouvelles techniques génomiques, prévue pour le printemps 2021 », a-t-elle indiqué à Euractiv.

La question de l’édition des gènes et de la biotechnologie dans l’agriculture européenne en général occupe le devant de la scène depuis que la Cour européenne de justice a statué, en 2018, que les organismes obtenus par la technique de sélection végétale appelée mutagenèse sont des OGM. Et qu’à ce titre, ils devraient en principe relever de la directive OGM.

Nouvelles techniques de sélection végétale: les consommateurs sont-ils suffisamment informés?

L’agriculture du XXIe siècle est confrontée à l’énorme défi de produire davantage d’aliments de bonne qualité de manière plus durable.

La demande déposée pour procéder à l’étude indique que si l’arrêt a apporté une « clarté juridique » concernant le statut des nouvelles techniques de mutagenèse, une incertitude subsiste sur la manière dont les choses vont se dérouler à l’avenir au niveau national ainsi que dans les milieux universitaires et de la recherche.

Pour Stella Kyriakides, l’innovation sous toutes ses formes est essentielle, « et tout particulièrement si nous voulons réduire notre dépendance actuelle aux pesticides chimiques, comme nous l’avons annoncé dans le cadre de notre communication sur le Green Deal en décembre ».

Débat ouvert

« J’ai toujours été claire sur le fait que nous devions avoir un débat ouvert et vaste pour savoir si les biotechnologies pourraient contribuer à rendre notre système alimentaire plus durable, aussi bien pour les citoyens que pour l’environnement. Et le cas échéant, de quelle manière [elles pourraient y parvenir] », a-t-elle ajouté.

La politicienne chypriote a également évoqué le débat sur les OGM, en soulignant qu’il s’agit d’une question controversée depuis de nombreuses années au sein de l’UE.

« Même si la culture des OGM est quasiment inexistante sur le territoire de l’UE – ce qui est une décision prise par les États membres – des produits OGM sont importés pour nourrir les animaux d’élevage », a-t-elle relevé.

Vytenis Andriukaitis, l’ancien commissaire européen à la santé, s’était montré plus expansif et plus enthousiaste à propos l’édition génétique, bien qu’il ne se soit exprimé que vers la fin de son mandat.

« Les faits scientifiques parlent d’eux-mêmes. Nous savons que ces nouvelles techniques de sélection peuvent nous aider à relever des défis majeurs, liés par exemple aux intolérances ou à la sécurité alimentaires. Le potentiel semble infini, allant de l’amélioration des caractéristiques agronomiques à la réduction de l’utilisation de pesticides et d’herbicides », avait-il écrit dans une tribune publiée par Euractiv.com en décembre 2019.

Mieux communiquer ?

Pourtant, il n’est pas certain que cette nouvelle technologie de pointe soit utilisée dans la lutte contre le changement climatique en Europe. Et si elle l’était, il reste à déterminer comment elle serait mise en œuvre.

Les organisations de défense de l’environnement s’opposent fermement à l’édition génétique. Elles font valoir qu’il s’agit d’une tentative de l’industrie agroalimentaire pour introduire de « nouveaux OGM » sur le marché.

Les agriculteurs bio s'inquiètent du cadre législatif des OGM cachés

Les nouvelles techniques de sélection des plantes doivent être couvertes par la législation relative aux OGM, selon la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (IFOAM).

Les agriculteurs européens affirment pour leur part que soumettre l’édition génétique à la législation sur les OGM nuirait à leur compétitivité au niveau mondial, car cela les empêcherait de recourir à certains outils pour accroître leur productivité.

À la fin janvier, le secrétaire d’État américain à l’agriculture, Sonny Perdue, s’est entretenu avec plusieurs fonctionnaires européens, dont Stella Kyriakides et Janusz Wojciechowski, le commissaire à l’agriculture.

Euractiv lui a demandé s’il estimait que les responsables politiques de l’UE étaient prêts à ouvrir un débat sur l’avenir de la biotechnologie dans l’Union. « J’ai senti de l’inquiétude concernant la possibilité de contrecarrer l’action de certaines des ONG qui répandent la crainte d’une approche basée sur les dangers plutôt que sur les risques », a-t-il répondu.

Sonny Perdue a également enjoint les responsables politiques de l’UE à mieux communiquer sur ce qui se cache derrière l’édition génétique.

« Nous avons la responsabilité de communiquer cela au public : il ne s’agit pas de gènes bizarres du type Frankenstein », a-t-il conclu.

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