Les contraintes administratives plombent le développement des biopesticides

Les pesticides biologiques s’imposent progressivement comme des alternatives sérieuses à leurs équivalents chimiques. Ils ont en plus l’avantage d’être durables et respectueux de l’environnement, mais des règlements inadaptés entravent leur essor en Europe.

Réduire l’utilisation des pesticides constitue une priorité politique depuis que les dangers liés à leur utilisation sont mieux connus et alimentent les inquiétudes.

Le Green Deal européen, qui exige « de plus grandes ambitions afin de réduire l’usage et les risques liés aux pesticides », ainsi que la nouvelle stratégie « de la ferme à l’assiette » (F2F), le montrent.

Récemment, de nombreux produits ont été interdits. Des décisions saluées par des militants et les défenseurs de l’environnement, mais qui réduisent le nombre de substances que les agriculteurs ont à leur disposition.

Dans un rapport, l’association des agriculteurs et des coopératives agricoles européens, Copa-Cogeca, souligne ce problème. Elle affirme que depuis 2009, les agriculteurs de l’UE sont confrontés à « des obligations croissantes d’utiliser des techniques alternatives non chimiques de lutte contre les parasites, malgré l’insuffisance des informations, des connaissances et des produits à leur disposition ».

L’ambition de réduire les pesticides ne fait plus guère de doutes. Ce qui est moins clair, c’est la manière dont elle sera concrétisée et celle dont la protection des végétaux sera assurée à l’avenir.

Les pesticides biologiques permettent d’instaurer une forme de biocontrôle en ayant recours à des organismes vivants. Ils incluent les pesticides microbiens, dont l’ingrédient actif est constitué de bactéries ou de champignons. Ces organismes sont naturellement pathogènes pour les parasites ou les supplantent.

Les technologies de contrôle biologique deviennent un complément toujours plus important à la disposition des agriculteurs. Elles contribuent à assurer la durabilité future du secteur vivrier.

Selon l’IBMA, une association qui représente les entreprises de produits de biocontrôle, les substances à base de microbes constituent un marché de 2 milliards d’euros sur un marché de 3,6 milliards d’euros.

Selon Geraldine Kutas, directrice générale de l’Association européenne pour la protection des cultures (ECPA), il ne fait aucun doute que les agriculteurs ont besoin de « solutions efficaces et sûres pour lutter contre les parasites et les maladies ». Autre certitude : avoir la nature pour point de départ offre « davantage de possibilités de développer des produits avec des profils toxicologiques à faible risque, de faibles niveaux de résidus et une décomposition encore plus rapide ».

La dangerosité des pesticides bio pointée du doigt

La Commission européenne et les États membres ont réautorisé l’utilisation du sulfate de cuivre, un pesticide controversé autorisé  en agriculture bio.

Toutefois, bien qu’il existe en Europe diverses mesures d’incitation pour promouvoir la commercialisation et l’utilisation des biopesticides, il n’existe pas de réglementation spécifique concernant les produits à base de micro-organismes ou d’extraits biochimiques, ce qui signifie qu’ils suivent généralement le même cheminement réglementaire que les produits chimiques.

Près de 40 % de toutes les nouvelles substances actives mises sur le marché depuis l’entrée en vigueur du règlement 1107 sont des biopesticides, indique Anika Gatt Seretny, responsable de la communication à l’ECPA. Mais « la mauvaise exécution du calendrier 1107 a clairement entravé le développement de ce type de substances ».

Au sein de l’UE, le délai moyen pour qu’un biopesticide soit approuvé est de quatre ans, contre deux aux États-Unis.

Un rapport d’Agrow Biopesticides publié en 2018 souligne qu’aux États-Unis, où il existe des définitions et des voies réglementaires spécifiques pour les biopesticides, l’enregistrement est beaucoup plus rapide et moins cher qu’en Europe. En conséquence, les pesticides microbiens sont mis sur le marché avec 1,6 an d’avance en moyenne, par rapport à l’Europe.

Isabelle Babrzyński, responsable de la communication et des opérations à l’IBMA, relève que ces solutions de biocontrôle « protègent les cultures et l’environnement d’aujourd’hui et surtout de demain, et constituent une arme de premier choix pour lutter durablement contre les ravageurs et les maladies ».

« En Europe, les microbes constituent une partie importante des systèmes de biocontrôle dont bénéficient les agriculteurs », poursuit-elle, ajoutant que la Commission européenne « examine actuellement les exigences en matière de données sur les microorganismes avec les États membres afin de les adapter pour les rendre plus proportionnelles au profil biologique des produits microbiens ».

Isabelle Babrzyński indique aussi que « les États membres cherchent un moyen d’harmoniser leur utilisation des microorganismes ainsi que leur étiquetage et envisagent aussi des mesures d’atténuation pour maximiser l’accès au marché de ces produits, tout en garantissant la sécurité des utilisateurs et des consommateurs ».

Pekka Pesonen, le secrétaire général de la Copa-Cocega, déclare que « la disponibilité d’outils appropriés, qu’ils soient mécaniques, chimiques ou, dans ce cas-ci, de biocontrôle, représente un élément clé pour correctement mettre en œuvre la lutte intégrée contre les parasites ».

Il ajoute que ce type d’innovation est essentiel, surtout si l’on considère que « les agriculteurs de l’UE et leurs coopératives sont aujourd’hui confrontés à de multiples défis, y compris de nouveaux parasites et maladies ».

Lors d’une interview accordée à Euractiv, Andreas Huber, responsable des activités scientifiques de terrain en Europe pour l’entreprise agricole Corteva, a déclaré que « la demande de pesticides biologiques avait augmenté considérablement » en Europe. Il signale donc que Corteva cherche à « étendre ses capacités au niveau mondial, mais surtout en Europe ».

La France mise sur le développement du biocontrôle en agriculture

A la peine dans la réduction de l’usage des phytosanitaires, la France compte mettre les bouchées doubles sur le développement du biocontrôle. Et pousse à développer des règles plus favorables au niveau européen pour le secteur.

« Certains de ces pesticides biologiques sont assez puissants ». « Lorsqu’ils sont combinés à d’autres méthodes de contrôle, ils affichent des résultats prometteurs et représentent une valeur [inestimable] pour les cultivateurs ».

Il ajoute que les agriculteurs sont grandement encouragés à utiliser des pesticides biologiques, car ceux-ci aident à réduire les résidus sur les cultures. De plus, beaucoup de ces composés sont compatibles avec l’agriculture biologique.

Concernant le grand nombre de pesticides récemment interdits, Andreas Huver souligne que « souvent, [l’agriculteur] ne dispose désormais plus de rien ». « Auparavant, [il pouvait utiliser] des pesticides tels que les organophosphorés, mais maintenant que ceux-ci [ont été interdits], il n’existe plus vraiment grand-chose pour prévenir certaines maladies ».

Il avance que les biopesticides microbiens joueront un rôle de plus en plus important dans l’agriculture pour aider à relever les défis liés au le changement climatique.

« De nombreux exemples montrent qu’avec le réchauffement du climat, de nouveaux ravageurs arrivent en Europe et qu’il faut vraiment les contrôler », déclare Andreas Huber.

Il affirme que les pesticides biologiques, combinés aux pesticides conventionnels et aux nouvelles techniques numériques, peuvent constituer un atout majeur pour les agriculteurs qui font face à ces nouveaux défis.

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