Le premier test de détection des cultures issues de l’édition génétique aurait été mis au point

Selon un article scientifique, la première méthode de détection en source ouverte pour une culture issue de l’édition génétique a été mise au point. Les ONG environnementales et des groupes militants estiment que cela pourrait hypothétiquement permettre à l’UE de procéder à des contrôles pour empêcher des importations non autorisées, mais le syndicat européen des semenciers réfute cette affirmation.

Le nouvel article, publié dans la revue scientifique Foods lundi 7 septembre après examen par les pairs, propose une méthode capable de détecter le « SU Canola », une variété de colza tolérante aux herbicides développée par la société américaine d’édition génétique Cibus.

La Cour européenne de justice a statué il y a deux ans que les organismes issus de l’édition génétique relevaient, en principe, de la directive européenne sur les OGM.

Cependant, cette décision a été suivie de nombreux débats pour déterminer si ces cultures pouvaient être distinguées des cultures naturellement dérivées, et donc si elle pouvait être maintenue.

En l’absence de tout moyen de distinguer les organismes issus de l’édition génétique des variétés sélectionnées de manière conventionnelle, les pays de l’UE n’ont jusqu’à présent pas été en mesure de tester leurs importations pour détecter la présence de cultures issues de l’édition génétique, malgré les appels à des processus de contrôle plus stricts.

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Interrogé sur les implications de cette nouvelle évolution pour l’avenir de la technologie des OGM dans l’UE, un porte-parole de la Commission a déclaré à EURACTIV que l’institution était « au courant de cette publication » mais qu’elle « examinait et analysait actuellement les détails » de l’étude.

Les défenseurs de l’environnement affirment aujourd’hui que ces recherches démontrent que c’est effectivement possible, et que cela s’applique également à d’autres variétés de cultures.

Le Dr John Fagan, scientifique principal de l’Institut de recherche sur la santé de l’Iowa, aux États-Unis, a déclaré que la méthode mise au point permettait de détecter « ce qui [était] probablement le type de modification génétique le plus difficile à repérer – une modification d’une seule lettre dans le schéma génétique ».

« Étant donné que la communauté scientifique utilise des approches similaires depuis deux décennies pour détecter des OGM plus complexes, il est probable que cette approche puisse être utilisée pour développer des méthodes de détection pour la plupart, sinon la totalité, des cultures issues de l’édition génétique », a-t-il souligné, ajoutant qu’elle recourait également à des procédures et à des équipements « semblables à ceux que les laboratoires réglementaires et commerciaux connaissent déjà ».

Frank Narendja, chef du laboratoire d’analyse des OGM du département de l’utilisation des terres et de la biosécurité de l’agence autrichienne pour l’environnement, a déclaré que l’agence avait testé la méthode et constaté qu’elle répondait « à toutes les exigences analytiques pour une méthode fiable de détection des OGM ».

« C’est un pas important vers des contrôles efficaces », a-t-il ajouté.

La nouvelle méthode de détection a été saluée comme « une étape importante dans la protection des consommateurs et des entreprises de l’UE » par Heike Moldenhauer, conseillère en politique européenne auprès de l’association allemande « Food without Genetic Engineering » (nourriture sans manipulations génétiques).

« Les autorités peuvent désormais commencer à identifier les cultures génétiquement modifiées non autorisées. Cela aide les apiculteurs, les agriculteurs, les éleveurs, les transformateurs d’aliments pour animaux et de denrées alimentaires, ainsi que les détaillants à maintenir ces nouveaux OGM en dehors de leurs chaînes d’approvisionnement et à répondre à la demande des consommateurs pour des aliments sans OGM », a-t-elle déclaré.

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Franziska Achterberg, directrice de la politique alimentaire de Greenpeace pour l’UE, a ajouté que l’étude démontrait que « les cultures génétiquement modifiées créées en faisant appel à l’édition de gènes [pouvaient] être détectées ». Elle a souligné qu’il n’y avait « plus d’excuses pour ne pas appliquer les règles existantes en matière de sécurité et d’étiquetage des OGM à ces nouveaux OGM ».

« La Commission européenne et les gouvernements doivent s’appuyer sur ce succès et développer des procédures de dépistage qui permettent d’identifier les produits issus de l’édition de gènes », a-t-elle souligné.

Euroseeds, le syndicat européen des semenciers, a cependant déclaré à EURACTIV que l’étude ne démontrait « rien de nouveau », en soulignant qu’il n’y a jamais eu de doute scientifique sur le fait que ces changements génétiques puissent être détectés. L’incertitude portait plutôt sur la capacité à déterminer si le changement était d’origine naturelle ou s’il était une conséquence de l’édition génétique.

« Il n’est donc toujours pas possible de déterminer comment la mutation ponctuelle a été générée et, par conséquent, si la plante résultante est considérée comme un OGM réglementé dans l’Union européenne », a déclaré Petra Jorasch, responsable de la défense de l’innovation en matière de sélection végétale chez Euroseeds.

Elle a déclaré que l’étude n’apportait aucune solution permettant la différenciation des produits de mutagénèse par modification du génome « en vue [d’établir] leur statut réglementaire dans le monde ».

« Cela signifie que si les produits respectifs sont mis sur le marché dans ces pays, ni une méthode de détection validée ni des informations sur le changement génétique ne pourraient être disponibles », a-t-elle poursuivi, en soulignant la position d’Euroseeds selon laquelle les cultures issues de l’édition génétique ne devraient pas être réglementées comme des organismes génétiquement modifiés (OGM) classiques.

Euroseeds a ajouté que Cibus, l’entreprise qui a développé la variété de colza en question, avait analysé la publication et confirmé à Euroseeds que les variétés avaient en fait été développées à partir d’une « variation somaclonale spontanée », c’est-à-dire une occurrence naturelle, plutôt que génétiquement modifiées.

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