Une députée européenne française appelle au « réalisme » dans la stratégie européenne « de la ferme à la table »

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Innovation, PAC et Green Deal : une équation difficile ?.

Le volet protection des végétaux de la prochaine stratégie « de la ferme à la table » devrait adopter une approche réaliste et scientifique qui permette aux agriculteurs « d’explorer toutes les solutions possibles », a déclaré Anne Sander, députée européenne conservatrice.

Si nous voulons être ambitieux, a ajouté la députée européenne des Républicains (LR), un parti politique français de droite, nous « ne pouvons pas laisser de côté les nouvelles technologies, telles que l’agriculture de précision et l’agriculture intelligente, qui ne sont pas suffisamment exploitées aujourd’hui et qui pourraient être prometteuses pour nos cultures, tant sur le plan économique que celui de la durabilité ».

En référence à l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de juillet 2018 selon lequel les nouvelles techniques de sélection végétale (NBT) entrent, en principe, dans le champ d’application de la directive OGM, Mme Sander a déclaré qu’il « [devait] être analysé en détail et faire l’objet d’un débat approfondi et sérieux au Parlement européen ».

« Les nouvelles technologies existent et nous ne pouvons pas les ignorer, car cela serait contre-productif, d’autant plus que si nous ne saisissons pas ces opportunités, d’autres le feront à notre place. Si nous voulons rester compétitifs, nous devons aller de l’avant et explorer toutes les voies qui s’offrent à nous ».

Toutefois, la députée européenne souligne que ces technologies coutent cher sur le plan du capital financier et humain, et que ce besoin d’investissement et de formation pour nos agriculteurs doit être pris en compte dans la stratégie de la Commission européenne.

Le chef de l'agriculture américaine demande à l'UE d'écouter la science et non les ONG qui suscitent la peur

En matière d’alimentation, les décideurs politiques européens doivent prendre des décisions fondées sur des données scientifiques s’ils veulent aider les agriculteurs européens à répondre aux « préoccupations légitimes » en matière de durabilité, a déclaré lundi 27 janvier le secrétaire d’État américain à l’agriculture, Sonny Perdue.

Alors que l’exécutif européen s’apprête à présenter sa stratégie « de la ferme à la table » au printemps, le débat s’enflamme sur la manière dont l’agriculture européenne atteindra les nouveaux objectifs environnementaux.

S’exprimant lors d’un récent événement sur la lutte intégrée contre les nuisibles et la protection des végétaux, Céline Duroc, directrice générale de l’association générale des producteurs de maïs (AGPM), a indiqué que l’Europe allait bientôt se trouver dans une « impasse technologique en matière d’agriculture » qui nécessitera toutes les solutions innovantes dont nous disposons, y compris les nouvelles techniques de sélection végétale.

Selon cette dernière, la réglementation relative aux NBT est « vague et inappropriée » pour la « transition technologique et écologique nécessaire » dans le secteur agricole, ce qui crée un climat d’incertitude parmi les agriculteurs.

L’événement a rassemblé des experts du secteur du maïs et de la betterave sucrière pour discuter des bonnes pratiques et des développements innovants afin de préparer les objectifs ambitieux fixés dans le Pacte vert pour l’Europe et la prochaine stratégie « de la ferme à la table ».

Les intervenants ont souligné l’importance de solutions innovantes et fondées sur la science pour l’avenir du secteur européen agricole, mais ils ont également insisté sur la nécessité d’un cadre réglementaire clair et solide tenant compte de la réalité et des pratiques agricoles.

Pour Alexander Krick, directeur adjoint de la Confédération internationale des betteraviers européens (CIBE), la boîte à outils des betteraviers « s’épuise trop rapidement » et sans outils innovants, les agriculteurs seraient « exposés et vulnérables aux parasites et aux maladies ».

Il a mis en exergue l’importance de la sélection végétale et a déclaré son « soutien sans équivoque » aux NTB, ajoutant que les nouvelles techniques de sélection pourraient réduire jusqu’à 3-4 ans du délai moyen de 10 ans pour la sélection d’une nouvelle variété de betterave.

Les avis des membres du panel font écho à ceux de l’industrie agroalimentaire et des agriculteurs de l’UE, qui ont demandé de la clarté et des solutions scientifiques pour atteindre leurs objectifs dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe.

Interrogé sur la prochaine stratégie « de la ferme à la table », Pekka Pesonen, secrétaire général de la Copa-Cogeca, l’association européenne des agriculteurs et coopératives agricoles, a indiqué qu’elle n’était actuellement pas « très précise sur ses objectifs » et qu’il ne souhaitait donc pas s’étendre davantage sur ses spécificités.

Concernant les produits phytopharmaceutiques, il a ajouté que les agriculteurs demandaient d’autres solutions à la Commission européenne, mais que Bruxelles « n’a pas fait un très bon travail afin de nous fournir des alternatives dans d’autres domaines, tels que les mesures de biocontrôle ou les nouvelles techniques de sélection, pour améliorer le matériel génétique des cultures agricoles ».

Cependant, la modification génétique reste un sujet controversé et fortement contesté dans l’UE, les ONG et les groupes de militants anti-OGM exprimant leur inquiétude quant aux effets imprévus de cette technologie.

En décembre, Martin Sommer, coordinateur de la politique sur les OGM, les brevets et les semences à l’IFOAM EU, l’association européenne d’agriculture biologique, avançait que l’édition génomique « [allait] au-delà de ce que la sélection conventionnelle [avait] fait en toute sécurité pendant des décennies », ajoutant que « des résultats inattendus [pouvaient] arriver ».

Il a donc soutenu que les procédures d’évaluation des risques devraient « prendre en compte les risques spécifiques qui sont associés aux nouvelles techniques ».

« L’UE est un leader mondial avec sa réglementation sophistiquée, et les produits certifiés sans OGM sont demandés par les consommateurs. Copier des systèmes agricoles de l’étranger, comme la Chine et les États-Unis, n’est manifestement pas un bon modèle pour l’Europe. Il vaudrait peut-être mieux être prudent ».

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